Special Enleves par la Coree du Nord



Politique : UNE MAUVAISE PASSE DIPLOMATIQUE POUR LE JAPON
Le Premier ministre Abe Shinzô joue la carte de la fermeté face à la Corée du Nord dans le dossier des Japonais enlévés par Pyongyang.
Début mars, le Premier ministre Abe Shinzô a déclaré que les femmes de réconfort (ianfu), esclaves sexuelles au service de l’armée impériale pendant la Seconde Guerre mondiale, n’avaient en aucun cas subi de contraintes de la part des autorités japonaises pour être enrôlées dans les bordels de campagne nippons. Cette déclaration a suscité un tollé général en Asie et encouragé certains parlementaires américains parmi lesquels le démocrate Mike Honda à poursuivre leur combat pour que les Représentants adoptent la résolution demandant au Japon de présenter des excuses officielles concernant le traitement de ces femmes pendant la guerre. Pour ces femmes originaires principalement de Chine et de Corée, les propos du Premier ministre ont une nouvelle fois démontré les difficultés que le Japon a à accepter son passé militariste. Pour plusieurs Japonais, notamment les familles des personnes enlevées par la Corée du Nord, la déclaration de M. Abe n’est pas de nature à les aider dans leur combat, car il est bien difficile de susciter l’intérêt pour leur cause quand le chef du gouvernement semble refuser de reconnaître un comportement tout aussi condamnable que les pratiques du régime nord-coréen.
Pourtant, M. Abe est un allié de choix dans le combat qu’elles livrent depuis plusieurs années pour retrouver et ramener leurs enfants sur le territoire national. Il s’est en effet montré inflexible vis-à-vis de Pyongyang lors des négociations du groupe des six concernant le nucléaire nord-coréen. Il n’était pas question pour lui de lever les sanctions sans que le problème des enlevés soit réglé et le Japon s’est ainsi retrouvé isolé au moment où les Etats-Unis, la Chine parvenaient à un compromis avec la Corée du Nord. Si l’intransigeance à l’égard du régime nord-coréen peut se justifier au regard du délicat sujet des personnes kidnappées, elle ne s’explique pas seulement par le seul intérêt de M. Abe pour le sort des citoyens japonais victimes du régime nord-coréen. Elle traduit avant tout le désir du gouvernement japonais de prendre ses distances avec les Etats-Unis. Sous l’influence de Taniuchi Shôtarô, sous-secrétaire aux Affaires étrangères, qui défend une plus grande indépendance de Tokyo vis-à-vis de Washington, M. Abe a multiplié les gestes illustrant cette orientation. Plutôt que de se rendre aux Etats-Unis, il a effectué des voyages en Chine, en Corée du Sud et en Europe où il a notamment rappelé le désir du Japon de se rapprocher de la défense européenne. Reste que ce désir d’indépendance, aussi louable soit-il, n’est pas de nature à favoriser le règlement de la question des enlevés surtout si les déclarations concernant les femmes de réconfort viennent renforcer l’isolement de la diplomatie japonaise. Le gouvernement devrait donc faire preuve d’un peu plus de subtilité.
Claude Leblanc

Destin : MOI YOKOTA MEGUMI, 13 ANS, KIDNAPPÉE PAR LA CORÉE DU NORD
Le 15 novembre 1977, alors qu’elle rentrait de l’école, la jeune collégienne Yokota Megumi disparaît. Malgré les recherches de la police, on ne retrouve aucune de la jeune fille âgée de 13 ans. Toutes les hypothèses sont envisagées. On parle d’une fugue. On évoque la possibilité d’un rapt crapuleux. Mais ni Megumi ni les ravisseurs supposés ne se manifestent, laissant ses parents dans le plus grand désarroi. Pendant vingt ans, ces derniers ne vont pas renoncer à retrouver leur enfant même s’ils n’ont aucune idée de l’endroit où elle peut se trouver. Il leur faudra attendre le mois de janvier 1997 et la visite d’un journaliste d’investigation Ishidaka Kenji pour qu’ils apprennent l’horrible vérité : leur fille a été enlevée par des agents nord-coréens et envoyée en Corée du Nord. L’hypothèse avait été déjà évoquée quelques années auparavant par un autre journaliste qui avait enquêté sur de mystérieuses disparitions de couples le long de la côte de la Mer du Japon. Les parents de Megumi avaient même pris contact avec le journal auquel appartenait le reporter, mais on leur avait alors répondu que les personnes enlevées étaient toutes adultes et qu’elles avaient disparu à d’autres moments de l’année. Dès lors qu’ils sont informés du rapt de leur fille par la Corée du Nord, Yokota Sakie et Shigeru vont se lancer dans un très long combat pour que les autorités japonaises s’intéressent à cette question et ramènent leur enfant ainsi que les autres personnes enlevées sur le territoire japonais. Patty Kim et Chris Sheridan, deux cinéastes canadiens, ont réalisé en 2006 un documentaire Abduction, The Megumi Yokota Story (Enlèvement, l’histoire de Megumi Yokota) produit par Jane Campion, qui retrace l’histoire de la disparition de Megumi et la bataille menée par ses parents pour la retrouver et la faire revenir au Japon. “Il s’agit moins d’une bataille contre la Corée du Nord que de la lutte d’une famille pour se faire entendre auprès du gouvernement japonais”, rappelle Chris Sheridan qui a voulu montrer dans son film que l’un des principaux obstacles au règlement de cette question avait été pendant longtemps l’absence de réaction de la part des responsables politiques japonais. Quand le gouvernement s’est enfin intéressé au sujet et qu’il a profité d’une situation favorable – la famine en Corée du Nord – pour exiger des Nord-Coréens des explications, cela n’a pas empêché Pyongyang de donner de fausses informations. Ayant reconnu, en 2002, l’enlèvement de treize citoyens japonais parmi lesquels figuraient Megumi, les Nord-Coréens ont toutefois prétendu qu’elle était décédée. Or les restes rendus à la famille ont été analysés et il s’est avéré qu’il ne s’agissait pas de Megumi. L’histoire de cette jeune fille, le combat de ses parents et celui des autres familles concernées comme celle de Masumoto Teruaki (voir son interview) et le documentaire de Patty Kim et Chris Sheridan ont finalement eu raison d’une certaine indifférence dans l’Archipel. Aujourd’hui les Japonais se montrent plus attentifs à ce sujet et le gouvernement l’a placé parmi ses priorités. C’est une des raisons pour lesquelles le film a été projeté dans la plupart des ambassades du Japon à des diplomates et des journalistes pour qu’ils relaient l’affaire dans leurs pays. Pour Yokota Sakie et Shigeru ainsi que les autres familles, le chemin vers la vérité est donc loin d’être terminé.


Affiche originale du film de Patty Kim et Chris Sheridan produit par Jane Campion

C. L.


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Entretien : MASUMOTO TERUAKI, RESPONSABLE DE L’ASSOCIATION DES FAMILLES DES ENLEVÉS
Depuis des années, il remue ciel et terre pour ramener sur le sol japonais
les victimes des enlèvements nord-coréens.

Pouvez-vous nous rappeler les conditions de l’enlèvement de votre sœur Rumiko ?
M.
T. : Le 12 août 1998, ma sœur et son petit ami, Ichikawa Shûichi, sont
partis en voiture pour se rendre à la plage de Fukiage située à deux
heures environ de Kagoshima. Ça faisait peu de temps qu’ils se
fréquentaient. Je pense d’ailleurs que c’était leur premier rendez-vous
en amoureux. “On va voir le coucher du soleil”, m’a-t-elle dit. Je lui
ai répondu de ne pas rentrer trop tard à la maison. C’est la dernière
fois que je l’ai vue. Le lendemain, nous nous sommes rendus sur la
plage de Fukiage où nous avons trouvé la voiture d’Ichikawa sur le
parking. Les portes du véhicule étaient vérouillées. Il y avait un
appareil photo et un petit sac appartenant à ma sœur. La police a
entrepris des recherches autour de l’endroit de leur disparition. Elle
n’a trouvé qu’une sandale, propriété d’Ichikawa, dans un bosquet non
loin d’un sentier partant de la plage. Malgré les efforts de la police,
nous n’avons retrouvé aucune autre trace de ma sœur et de son petit
ami.

Quelle a été votre réaction en apprenant que la Corée du Nord pouvait être derrière leur rapt ?
M.
T. : Cela faisait à peu près dix huit mois que ma sœur avait disparu
lorsqu’un journaliste du quotidien Sankei Shimbun a laissé entendre que
la Corée du Nord pouvait être responsable de l’enlèvement de couples au
Japon. A vrai dire, j’étais plutôt sceptique. Mais pour les familles,
il était plus facile de croire à la responsabilité des Nord-Coréens car
il y avait de grandes chances que leurs enfants soient encore en vie
plutôt que morts.

L’Association des familles des personnes enlevées (kazokukai) a été créée. En quoi ont consisté ses activités ?
M.
T. : Dans un premier temps, nous avons lancé une campagne visant à
récolter des signatures de la part de la population. C’était pour nous
le moyen de faire pression sur les autorités japonaises. Nous avons
réuni quelque 300 000 signatures que nous avons cherchées à remettre au
gouvernement.

Quelles sont vos revendications à l’égard du gouvernement japonais ?
M.
T. : La principale, c’est qu’il ramène les kidnappés sur le territoire
japonais. Et s’il n’y parvient pas, nous souhaitons qu’il adresse un
appel à la communauté internationale en faveur d’un renforcement des
sanctions vis-à-vis de la Corée du Nord.

Déçu par le gouvernement, vous vous êtes présenté aux élections. Qu’avez-vous retiré de cette expérience ?
M.
T. : On n’arrive à rien si on ne doit compter que sur ses propres
forces et sa seule volonté. Mais lorsqu’on se lance dans une campagne
électorale, on a la possibilité de toucher le cœur des Japonais et de
partager les mêmes idées avec beaucoup de gens.

Selon vous, que faut-il faire pour résoudre la question des enlèvements ?
M.
T. : Le problème sera définitivement réglé le jour où toutes les
personnes enlevées seront rentrées au Japon et que les responsables des
enlèvements seront jugés. Et par responsable, j’entends Kim Jong-il, le
leader nord-coréen, qui a ordonné les rapts.

Avez-vous un message à adresser aux lecteurs français ?
M.
T. : Les Japonais et les Sud-Coréens ne sont pas les seules victimes
des rapts. Douze autres nationalités sont concernées. Nous avons la
preuve qu’une Française a été enlevée et qu’elle a été emmenée en Corée
du Nord. Voilà pourquoi il est important que les autorités françaises
se mobilisent pour la sauver ainsi que tous les autres.

Propos recueillis par Claude Leblanc


 


 

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