CINEMA : C’est beau une capitale la nuit

Tokyo fascine de plus en plus de réalisateurs étrangers. Depuis que Sofia Coppola y a réalisé avec succès Lost in Translation (2003), la capitale japonaise est devenue le décor de nombreux films rendant grâce à sa beauté cinégénique. Dans Café Lumière (2004) de Hou Hsiao Hsien, on avait pu découvrir Minowa-bashi, un des quartiers résidentiels animés de Tokyo. Tourné en grande partie le jour, le film offrait une merveilleuse vision de cette cité grouillante pleine de vie et d’espoir. Avec Carte des sons de Tokyo, la réalisatrice espagnole Isabel Coixet a choisi de traiter la ville d’un point de vue radicalement différent, mettant l’accent sur son côté sombre et dérangeant. A la différence de Tokyo ! (2008), film à sketchs réalisé par Michel Gondry, Léos Carax et Bong Joon-ho, qui n’utilisait pas la première ville du Japon comme un élément déterminant des trois histoires racontées, le long métrage d’Isabel Coixet fait de Tokyo un élément central de son récit cinématographique. Sans l’atmosphère des quartiers choisis, sans la présence de cette ville charmeuse mais aussi inquiétante par certains côtés, son film aurait perdu toute sa saveur. La complexité des rapports qui se nouent entre les principaux personnages reflète le poids que semble faire peser la capitale sur chacun d’entre eux.
Dans Carte des sons de Tokyo, la réalisatrice espagnole illustre aussi le choc culturel que la capitale du Japon peut provoquer chez les étrangers qui y débarquent. Il n’est donc pas étonnant que Ryû, l’héroïne japonaise de son film interprétée par la désormais incontournable Kikuchi Rinko, travaille à Tsukiji, le marché aux poissons, lieu on ne peut plus japonais, tandis que David l’Espagnol incarné avec un certain brio par Sergi López possède un magasin de vins dans un de ces nombreux quartiers cosmopolites et chics que l’on retrouve dans toutes les grandes capitales. La rencontre entre ces deux êtres est liée à la disparition de Midori, la fiancée de David, qui s’est suicidée. Le père de cette dernière, un homme d’affaires respecté, décide d’éliminer David qu’il rend responsable du suicide de sa fille. Pour arriver à ses fins, il demande à son secrétaire de faire appel à un tueur à gages qui n’est autre que Ryû. Sous ses airs effacés et tranquilles, la jeune femme qui découpe du poisson et transporte des caisses pour “ne pas avoir à réfléchir” est donc une redoutable exécutrice. Isabel Coixet met la distance nécessaire entre le personnage et son quotidien d’employée modèle pour le rendre tout à fait crédible.
Ryû va donc se mettre en chasse de sa nouvelle cible avec la froideur  propre à son métier. Il n’est pas question de faire du sentiment. Pourtant, elle va rapidement tomber sous le charme de cet Espagnol expatrié qui va susciter en elle une passion dont elle ne pourra pas se débarrasser. La première rencontre entre les deux personnages a lieu dans la boutique de David, dans la partie “occidentalisée” de la capitale. L’homme invite ensuite la jeune femme à dîner dans un restaurant de râmen, en territoire “japonais”. C’est l’occasion de comprendre que David, qui mange ses nouilles sans faire de bruit, n’a pas vraiment réussi à se fondre dans le quotidien japonais. Enfin leur rencontre intime a lieu le même soir dans un love hotel, le Bastille, parfait compromis entre un concept japonais (nulle part ailleurs que dans l’archipel on rencontre ce genre d’endroit) et un décor à l’occidental (la chambre choisie par le couple ressemble à l’intérieur d’une rame du métro parisien). C’est d’ailleurs dans cet endroit mixte que Ryû et David parviennent le mieux à s’exprimer. Ailleurs, dans la ville, c’est souvent le silence qui prédomine dans leurs rapports. Dans ces moments-là, ce sont les “sons” de la ville qui se substituent à l’absence de dialogues. Il y a les bruits liés à l’activité du plus grand marché aux poissons du monde, il y a bien sûr les bruits des trains omniprésents dans la capitale et tous les autres sons que l’on rencontre à Tokyo. Mais la relation amoureuse entre Ryû et David ne peut pas durer. En ne respectant pas son contrat, la jeune femme se met en danger et elle meurt sous les balles de son commanditaire qui la tue à Tsukiji. David quitte alors le Japon. Chacun chez soi en définitive, car Tokyo ne semble tolérer l’amour qu’en territoire neutre.  
Gabriel Bernard

Carte des sons de Tokyo de Isabel Coixet avec Rinko Kikuchi et Sergi López. www.cartedessonsdetokyo-lefilm.com


 

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