Exposition : Victimes de la mode

Vous êtes ce que vous achetez !” Cette remarque de Tsuzuki Kyôichi, introduit à la lecture des textes accompagnant les photographies des Happy victims présentées au Centre national de la Photographie. Bien que se défendant d’être un artiste, Tsuzuki Kyôichi nous amuït de contemplation par la taille et la qualité picturale de ses photos. Chacune d’elles est une invitation à la perte, tant les détails y excellent. Le cadrage et la mise en scène de certaines photos, évoquent avec poésie tant par la joute chromatique, par la composition que par la suavité des présences humaines, la force attrayante de l’estampe japonaise.
Né en 1956, photographe et éditeur, Tsuzuki Kyôichi commence sa carrière dans les années 1970 en tant que rédacteur en chef. De 1976 à 1986, il collabore aux revues Popeye et Brutus principalement axés sur l’art contemporain, l’architecture, le design et la vie urbaine de Tokyo. C’est après avoir publié au début des années 90, un ensemble de 102 monographies consacrées à l’art des années 80 dans le monde qu’il publie en 1993 Tokyo Style dans lequel il dévoile alors son vaste projet de photo documentaire sur la vie des habitants de Tokyo. Mais c’est en 1996 après trois ans de travail au sein du magazine SPA où il tient une rubrique photographique, que l’ensemble de ce travail est édité sous le titre de Roadside Japan pour lequel il reçoit le 23e Prix Kimura Ihei de la Photo. C’est dans un florilège de plusieurs années de travail et de publications que sort en 2001 Universe for Rent auquel il intègre le projet des Happy victims. Par cette œuvre, il montre le visage d’un Japon fou de mode et d’accessoires. Un fétichisme exacerbé à une impitoyable soif de posséder, de collectionner, d’arborer de la marque.
Des victimes de la mode préférant vivre dans un appartement exigu et débourser pour acquérir la perle des collections de mode, transformant ainsi leur intérieur en véritable musée du vêtement – une transhumance de soi dans l’achat. C’est ce que Tsuzuki Kyôichi dépeint de manière éloquente dans cette œuvre à découvrir et ressentir, dans le cadre de cette exposition.
Fabrice Lindor


11 rue Berryer 75008 Paris.
Jusqu’au 1er juin 2003