DES FILMS JAPONAIS SUR LA CROISETTE

La cuvée cannoise 2003 (jusqu’au 25 mai) est marquée par une relativement faible participation japonaise en quantité, mais assez haute en qualité, semble-t-il. Fait assez rare, deux films sont projetés en compétition : Shara, de Kawase Naomi, et Bright Future (Akarui Mirai), de Kurosawa Kiyoshi. Le premier marque le retour inattendu de la cinéaste Kawase Naomi (ex-Mme Sento Takenori), qui avait remporté la caméra d’or en 1996 pour Moe no suzaku, et n’avait donné depuis lors que des œuvres certes très personnelles, mais souvent brouillonnes et inachevées, comme Hotaru. Tourné à Nara, ville natale de l’auteur, Shara inscrit son sujet dans les vieux quartiers de la ville, où habitent et travaillent encore des artisans traditionnels. C’est à partir de là que la réalisatrice filme la disparition d’un enfant et le secret d’une naissance, dans le contexte du Jizo matsuri, la fête des Jizo, ces dieux protecteurs des enfants, des femmes enceintes, et des voyageurs…
De son côté, Kurosawa Kiyoshi (Cure, Charisma, Kairo) revient avec Bright Future, un film qui suit le destin de Yuji (Odagiri Joe), un jeune homme instable, dont l’ami Mamoru (Asano Tadanobu) a tué son patron. Yuji qui doit alors garder sa méduse, se lie d’amitié avec le père de Mamoru, et commence à découvrir la réalité. Film en demi-teintes, ni “brillant” ni “sombre”, Bright Future, sur un scénario original du réalisateur, confirme son goût pour les situations troubles et mystérieuses. A noter le retour à l’écran de Fuji Tatsuya, l’acteur mythique de l’Empire des Sens, dans le rôle de Shin-ichiro. Kurosawa a également tourné un autre film, Doppel Ganger, que nous verrons sans doute dans un autre festival cette année.
La Cinéfondation de Cannes, qui propose des films d’étudiants en cinéma, présente cette année encore une production japonaise, Hitogoroshi no ana (Le trou du meurtrier) réalisée par Ikeda Chihiro.
Enfin, la Quinzaine des réalisateurs nous propose aussi l’un des derniers nés du très prolifique (et souvent surestimé par la critique parisienne), Miike Takashi, auteur de six à sept films par an: Gozu, encore un film de yakuza à sa manière, alors qu’il avait changé de style dans le récent Shangri-La (2002), sorte de fable sociale sur les SDF japonais et la crise économique. A voir pour vérifier si ce nouveau film mérite bien une sélection à Cannes, ou si ce n’est qu’un effet de mode plus… Plus intrigante est la présentation de deux “animés” à la Quinzaine : Nasu – Andarushia no natsu (Un été en Andalousie), un moyen-métrage de 46 minutes de Kosaka Kitaro, et Interstella 5555, the story of the secret star syste, animation musicale de Daft Punk et Matsumoto Reiji (1h07), qui ne manqueront pas d’attirer les amateurs du genre.
Sélection donc assez curieuse, qui témoigne de l’intérêt permanent de Cannes pour le Japon, au-delà des modes passagères.
Soreja, mata
Max Tessier

Bright Future (Akarui Mirai) de Kurosawa Kiyoshi