YUKI & NINA OU L’ART D’ABOLIR LES DISTANCES

Magique. Le film signé Suwa Nobuhiro et Hippolyte Girardot est magique. Car d’une histoire simple et banale, la séparation d’un couple mal vécue par un enfant, les deux réalisateurs sont parvenus à nous donner une œuvre touchante et hautement symbolique. Réalisation franco-japonaise s’intéressant au désamour entre un Français et une Japonaise, Yuki & Nina aurait pu aussi bien s’intituler Distance, tant cette notion est omniprésente dans ce long métrage. Ce qui la rend intéressante, c’est que cette réalisation franco-japonaise permet de saisir la différence entre l’expression japonaise et l’expression occidentale de la distance. Au Japon, le temps et l’espace sont unis dans un seul concept traduit par le mot Ma (間). En France et en Occident de façon générale, ils ont chacun leur existence propre. Tout au long du film, on assiste alternativement à la mise en avant de ces conceptions si différentes, ce qui donne au film une grâce envoûtante.
La distance entre le mari et la femme perceptible dès les premières scènes et les premiers dialogues tranche avec la complicité qui existe entre les deux amies Yuki (Noë Sampy) et Nina (Arielle Moutel). Il y a aussi la distance entre Yuki et ses parents. Elle ne sait pas comment réagir à la séparation de ses parents qui a pour conséquence son départ pour le Japon. Elle laisse à sa camarade Nina le soin d’imaginer les moyens de combler le fossé qui existe entre son père français (Hippolyte Girardot) et sa mère japonaise (Tsuyu). Leur ultime “moyen de pression”, c’est la fugue. Une prise de distance concrète avec des adultes. Elles partent dans la maison de campagne du père de Nina, mais finissent dans une forêt où les notions de distance spatiale et temporelle n’ont plus cours. Et c’est là que la magie opère. Quand elle sort de la forêt, Yuki n’est plus en France, elle est au Japon. Le plan où l’on voit la petite fille émergeant du sentier forestier est très fort. C’est un peu comme une seconde naissance. Entre deux grands arbres et face à une rizière où la couleur verte domine, elle est un petit point blanc au centre. Elle fait partie intégrante du paysage. Il n’y a plus de distance entre les éléments qui le composent.
Cet instant résume très bien le concept de Ma, d’union du temps et de l’espace qui donne au film une dimension philosophique très forte. On le retrouve également dans la maison traditionnelle où Yuki retrouve ses nouvelles amies japonaises. Ma en tant que lieu dans lequel il y a vie et existence. Une pièce recouverte de tatamis que les occupants marquent de leur empreinte en fonction du moment. La présence de la grand-mère au milieu des enfants renforce cette idée d’unité entre le temps et l’espace. La spontanéité des deux jeunes actrices apporte aussi beaucoup à ce film qui se termine sur une note positive. Malgré les milliers de kilomètres qui séparent Yuki de son amie Nina et de son père, ils se rapprochent tous. Un nouvel équilibre a été trouvé entre tous les protagonistes.
“Yuki ? Tu es contente d’être ici [au Japon] ?”, demande la mère. “Oui”, répond simplement Yuki. Elles sont au milieu de la nature, très proches l’une de l’autre. Plus rien ne les sépare.
Claude Leblanc

Photo : Yuki (Noë Sampy) sort de la forêt pour découvrir une nouvelle vie

Yuki & Nina, 1h32, Scénario et Réalisation de Suwa Nobuhiro et Hippolyte Girardot. Sortie le 9 décembre 2009.