CANNES 2001: UN “TSUNAMI” DE FILMS JAPONAIS!

Incroyable! Inimaginable! Du jamais vu! La sélection officielle du 54ème festival de Cannes (du 9 au 20 mai prochain), présentée le 19 avril, a annoncé pas moins de SEPT films japonais, ce qui effectivement, ne s’est jamais vu. On se pinçait pour y croire, tout en se demandant si ce n’était pas un peu “too much”…
Pour la première fois à Cannes, il y aura en effet trois films japonais en compétition, et trois à la section parallèle Un Certain Regard, sans compter un “film de minuit”, Avalon, du célèbre animateur Oshii Mamoru, film de science-fiction “live” tourné en Pologne avec force effets spéciaux spectaculaires, qui n’est pas si éloigné de l’univers de son précédent animé, A Ghost in the shell. La compétition présentera le dernier opus d’Imamura Shôhei, De l’eau tiède sous un pont rouge (Akai hashi no shita no nurui mizu), une comédie dramatique un peu sexe, avec de nouveau l’acteur Yakusho Koji (L’Anguille / Unagi), les actrices Shimizu Misa et Baisho Mitsuko, fidèles du cinéaste. L’ambitieux auteur d’Eureka (à Cannes 2000), Aoyama Shinji, sera de retour avec Desert Moon (Le désert de la lune / Tsuki no sabaku), très différent et surtout moins long (seulement 2h08!), et le jeune cinéaste talentueux Kore-Eda Hirokazu (Maboroshi, After life) sera pour la première fois à Cannes avec Distance, un film mystérieux qui aborde subtilement le problème des sectes au Japon à travers le pélerinage d’un groupe de jeunes sur les lieux d’une tragédie.
Côté Un Certain Regard, on trouve le nouveau film de Suwa Nobuhiro (M/other, H/story), variation très personnelle (et avec Béatrice Dalle!) sur la mémoire du film d’Alain Resnais, Hiroshima mon amour, et le dernier opus de Kurosawa Kiyoshi, Kairo (Circuit), où les fantômes des âmes errantes surgissent d’Internet pour terrifier les jeunes adeptes du web, avant une fin apocalyptique qui ne donne pas très envie d’aller habiter à Tokyo. L’effroi est plus insidieux et plastique que dans le Ring de Nakata, au scénario assez proche. Kairo sortira dans la foulée de Cannes, le 23 mai. Enfin, le jeune Kobayashi Masahiro (déjà présent deux fois à Cannes) est le troisième élu d’Un Certain Regard, avec L’Homme qui marche sur la neige (Aruku hito), film contemplatif sur une famille de Hokkaido, qui annonce peut-être un tournant dans le style d’un auteur mineur.
A ces sept films, il faut ajouter un premier film de Manda Kunitoshi (ancien assistant de K. Kurosawa), Unloved, sur une femme partagée entre deux hommes très différents (Semaine de la Critique), et Hush, sur les troubles sexuels de l’adolescence, par l’auteur de Grains de sable, Hashiguchi Ryosuke, à La Quinzaine des Réalisateurs (seul film japonais de la Quinzaine à l’heure où j’écris ces lignes, alors que la sélection n’est pas terminée).
Pourquoi cet engouement répété pour le cinéma japonais à Cannes? Il semble d’abord que ce soit surtout une bonne année pour la production de films d’auteurs, et que Cannes veuille reconnaître une nouvelle génération de cinéastes cinéphiles, aux côtés du vétéran Imamura. On verra bien si ce “tsunami” (ras de marée) renversera tout sur son passage au palmarès, ou si “le mieux est l’ennemi du bien” !…
Soreja mata, et rendez-vous sur la Croisette nippone!

Max TESSIER

Kairo de Kurosawa Kiyoshi