UN MANGA QUI CASSE LA BARAQUE

Enfin. Telle a été ma première réaction, en apprenant la sortie en France de Ashita no Joe, classique parmi les classiques du manga. Glénat, à qui l’on doit cette excellente initiative nous avait déjà rempli de bonheur l’an dernier, en publiant Cyborg 009 d’Ishinomori Shôtarô. C’est donc dans la même collection Vintage la bien nommée que l’éditeur nous donne la possibilité de retrouver les aventures de Yabuki Joe imaginées par Chiba Tetsuya et Takamori Asao. Ce jeune voyou va s’imposer dans la boxe grâce à Tange Danpei, un ancien entraîneur devenu alcoolique, qui va lui apprendre à utiliser sa force pour être le roi des rings. Joe incarne le rêve japonais, c’est sans doute pour cette raison que ses aventures ont passionné toute une génération de Japonais. Ces derniers voulaient croire aux lendemains qui chantent. Ils avaient la conviction, en lisant chaque semaine dans Shônen Magazine la suite de son histoire, que leur propre vie serait plus belle. Le Japon venait juste d’accéder au rang de troisième puissance économique de la planète et il était donc permis de croire que la vie dans les quartiers pauvres, comme celui dans lequel débarque Joe au début de la série, ne durerait pas. Publié au moment où le pays connaît de très grandes transformations, Ashita no Joe donne à des millions de Japonais un héros auquel ils vont pouvoir s’identifier, à la différence d’Ultraman apparu à la même époque, mais qui n’a rien d’humain. Voilà la grande force de ce manga. Il place le lecteur au cœur de la société et l’amène à s’intéresser aux rapports entre les différents personnages. Il devient lui-même acteur de l’histoire. En 2009, pour marquer le 40ème anniversaire d’Ashita no Joe, l’hebdomadaire Gendai a republié le manga. Certains ont estimé qu’il s’agissait d’un coup éditorial destiné à séduire les nostalgiques des années 1960. D’autres ont pensé que les initiateurs de ce projet voulaient simplement rappeler que pour réussir dans la vie, il ne faut pas attendre les bras croisés et qu’il faut savoir se battre. Une leçon qui est aussi valable pour les lecteurs français.    
                    Claude Leblanc

Ashita no Joe, de Chiba Tetsuya (dessin) et Takamori Asao (scénario), trad. par Akiko Indei et Pierre Fernande, éd. Glénat, . Coll. Vintage. 10,55€.