POUPEES, ROBOTS – La culture pop japonaise

Le Japon n’a pas fini de nous étonner. Ce n’est plus sa réussite économique qui nous fascine, mais sa culture. Le succès des mangas (40% du chiffre d’affaire du marché de l’édition, presse incluse) et des robots (les Japonais, selon le LA Times, comptent désormais sur eux plus que sur la police pour leur sécurité) nous laisse pantois. Jamais en reste, la Fondation Cartier consacre d’ailleurs deux expositions à Murakami Takashi.
L’ouvrage dirigé par A.Gomarasca commence précisément par s’intéresser à la pénétration de la culture pop japonaise dans l’imaginaire occidental. Blade Runner (1982), déjà, représentait un univers urbain orientaliste. Candy, Heidi, et Goldorak ont bercé l’enfance de la génération des 1970’s. Les années 1990, avec Dragon Ball, Akira ou Perfect Blue, marquent une étape nouvelle. Grâce aux tamagochi et aux pokemon (exportés à la fin de la décennie 1990), le triomphe est avéré. Le Japon, puissance économique, exerce désormais une influence culturelle ; la culture pop japonaise avait acquis ses lettres de noblesse.
Les universitaires européens et américains, auteurs de cet ouvrage collectif, s’attardent sur le bouleversement des relations hommes-femmes que révèle selon eux l’animation japonaise. Alors que l’espace féminin était traditionnellement celui de l’intérieur, il semble qu’une inversion s’opère (des études japonaises confortent ces analyses) : les filles assiègent la rue et communiquent sans cesse au moyen de leurs portables, tandis que les garçons s’enferment chez eux (phénomène de l’otaku) – et lisent des mangas pour filles. Les filles deviennent ainsi des «prescripteurs» de modes. Témoin de cette évolution, le boom multimédia de l’horreur (genre qui, au Japon, plaît aux femmes) et le relatif déclin de la science-fiction (plus masculine). Les filles se seraient ainsi substituées aux «motards» des années 1970.
De fait, les adolescentes japonaises ont transformé leur «condition» en phénomène de société. L’adolescence, magnétique, a englouti la tranche d’âge supérieure (celle des jeunes femmes de 25 à 30 ans). Si «L’irruption de l’adolescente au centre de l’imaginaire contemporain est un phénomène global» (A.Gomarasca), il atteint son paroxysme au Japon, où la shôjo («jeune fille»), valorisée par les femmes comme par les hommes, révèle un décalage et une incompréhension mutuels. Chez les femmes, ce «culte» se traduit par des modes vestimentaires «extrêmes» (entendez, «extrêmement curieuses») par lesquelles elles entendent rejeter les attentes que la société place sur elles : «Souvent ce jeu se transforme en provocation, mais rarement il s’organise en manifestes féministes». Côté hommes, les mangas rorikon (de Lolita complex) révèlent une volonté de «désarmer» ces femmes indépendantes et fortes en les infantilisant ou en les annihilant parfois sauvagement.
Les auteurs de ce recueil de sept articles se penchent sur les marges de la société japonaise (passent-ils par-dessus bord ?) dont ils mettent en évidence une facette malsaine, voire violente. Si l’ensemble manque de cohésion, il s’en dégage d’intéressantes perspectives. Ainsi, selon A. Gomarasca: «Une nouvelle représentation fantasmagorique se profile ; celle qui voit le Japon s’imposer comme le prototype de la société de consommation post-industrielle». Cette vision du Japon s’avèrera-t-elle aussi chimérique que celle à laquelle on la compare ?
Guibourg DELAMOTTE

POUPEES, ROBOTS
La culture pop japonaise,
dir. Alessandro Gomarasca, col. Mutations,
Autrement, 2002 14,95

KAMISHIBAI

Précurseur de la télévision, le kamishibaï, (théâtre de papier) était au début du 20ème siècle, un spectacle donné à la sortie des écoles, sur les places et dans les jardins publics.
Un conteur, en réalité marchand de sucreries, présentait une histoire illustrée sur une quinzaine de planches qu’il faisait coulisser dans un cadre au rythme de la narration.
Ce moyen d’expression reste encore très vivant et sera l’objet d’un stage de formation destiné à l’ensemble des acteurs du livre pour enfants ( bibliothécaires, illustrateurs et éditeurs) du 7 au 9 octobre.
Les membres d’IKAJA venus tout spécialement du Japon présenteront une histoire et une approche théorique de ce type d’animation.

Inscription préalable indispensable:
Laissez-les lire. Mme Delmas au 01 46 57 08 76
Médiathèque Louis-Aragon 92200 Bagneux