DU FANTASTIQUE A L’ANIMATION

RETOUR AUX GENRES
C’était prévisible: le succès de Ring atteint la France. Ce phénoménal hit du box-office nippon, qui en est maintenant à son troisième épisode, et qui a été vu dans plusieurs autres pays, atterrira enfin sur les écrans français le 11 avril, dans une capacité de salles plus large que la “normale” pour un film japonais.
A l’origine de ce “kaidan-eiga” (film de fantômes) moderne se trouve un roman de Suzuki Kôji, du même titre, que le très actif producteur Sento Takenori a fait lire à Nakata Hideo, parce qu’il avait déjà réalisé en 1992 des épisodes d’une série télé intitulée “Les histoires d’horreur qui ont vraiment eu lieu”. Tourné en 1998, le premier Ring (ou “Ringu” en japonais…) met en scène des lycéennes qui colportent la rumeur d’une “cassette maudite” dont les images apparaissent subrepticement sur une chaîne locale d’Izu (sic), en annonçant la mort de ceux qui la regardent dans un délai de 7 jours… Après quelques morts horribles annoncées, la journaliste Asakawa (Matsushima Nanako) commence une dangereuse enquête, avec l’appui de son ex-mari (Sanada Hiroyuki). D’une sorte d’effroi insidieux et quasi-virtuel, le film passe rapidement au vrai film de fantôme et d’épouvante, en passant par quelques flash-backs exorcistes sur d’anciennes activités meurtrières du côté de l’île d’Oshima, le tout souligné par des effets musicaux hyper-travaillés (violon cassé, synthétiseur, effets sonores divers, etc) par le compositeur Kawai Kenji, qui avait déjà écrit la musique de Ghost in the shell, d’Oshii Mamoru. En fait, au-delà de son approche moderne de phénomènes extra-sensoriels mis en scène assez rigoureusement par Nakata Hideo (né en 1961), qui se rapproche très nettement de son collègue Kurosawa Kiyoshi (notam-ment dans son dernier film, Kairo / Circuit, qui met ses personnages en présence de fantômes surgis d’Internet…), Ring s’inscrit très bien dans la séculaire tradition des O-bake, yûrei et autres kaidan qui ont hanté le cinéma japonais depuis des décennies, et dont se réclame d’ailleurs Nakata, en bon cinéphile. En attendant (sans doute) la sortie de Ring 2 (1999) et de Ring 0 – Birthday, réalisé par Tsuruta Norio, sur un scénario de Takahashi H..

Des nouvelles de “l’Animë”
D’un autre côté, l’animation japonaise, tellement à la mode actuellement, nous apporte un “ovni” (pardon!) avec le nouvel opus de Takahata Isao, l’auteur de l’excellent Pompoko, et du célèbre Tombeau des lucioles (Hotaru no haka), Mes Voisins les Yamada (Tonari no Yamada-kun). Cette transposition animée du fameux manga de Ishii Hisaichi (qu’on pourrait comparer aux Peanuts américains) se signale par le fait que c’est pratiquement le manga nature qui est porté à l’écran, sans aucune déformation graphique. Takahata, toujours avide d’expérimentations, n’a fait que “mettre en scène” les dessins originaux, recréés par ordinateur et animés par Momose Yoshiyuki. Résultat, une suite de saynètes parfois drôles, parfois tristes, parfois longuettes, réunies par le graphisme original et l’humour d’Ishii. Il semble que le distributeur (Océan Films) vise aussi un public enfantin, ce qui me parait être une relative erreur, car nos chers gamins sont fascinés par le style d’Oshii ou de Miyazaki, mais peuvent ne pas apprécier une longue bande dessinée sans le rythme soutenu des autres “animés”. Il semble que Yamada-Kun s’adresse essentiellement à un public adulte et cinéphile.

Profitons-en pour rappeler aux fans d’animation l’existence de la belle revue “AnimeLand”, qui en est à son 69ème numéro, et qui traite essentiellement (mais pas seulement) de tous les aspects de l’animé nippon (dans le dernier numéro, Sakura Taisen, par exemple).
Signalons également la sortie en DVD, chez Kaze, des Chroniques de la guerre de Lodoss, en trois volumes, de Nagaoka Akinori, d’après l’œuvre de Mizuno Ryô et Yasuda Hitoshi. Très bien pour vous remettre de Pokemon 3, dont la sortie est annoncée chez Warner… Et en attendant surtout la sortie, prévue cet été au Japon, du nouveau film de Miyazaki Hayao, Sen to Chihiro no kamikakushi (“Les dieux cachés de Sen et Chihiro”).

Sore ja, mata

Max Tessier



SORTIES:
Ring, de Nakata Hideo (1998),
avec Matsushima Nanako, Nakatani Miki,
Sanada Hiroyuki (96’), le 11 avril.

Mes Voisins, les Yamada (Tonari no Yamada-Kun), dessin animé de Takahata Isao (104’), le 4 avril.
Pour en savoir plus sur le film
(extraits, jeu concours, etc…) http://www.premiere.fr