Pour Noel

Jeunesse
Superbe livre à offrir aux enfants de plus de 8 ans ou aux adultes, Origami propose 34 figurines (fleurs, animaux, objets traditionnels) à recréer à partir de reproductions de maïtres japonais tels que Hiroshige, Utamaro, Hokusai… exposées au Metropolitan Museum of Art de New-York. 48 feuilles de papier sont inclus afin que chacun puisse profiter immédiatement des explications du livre.
Origami inspiré d’estampes japonaises du Metropolitan Museum of Art, Steve et Megumi Biddle, Gautier-Languereau, 2000, 96p., 149FF.

Essai
La décennie 90 restera pour le Japon, après 1868 et la période 45/47, une période de transition majeure. C’est ce qu’il ressort de l’ouvrage que viennent de publier P.-A. Donnet et A. Garrigue.
Dans un premier chapitre d’une quarantaine de pages, les auteurs font un retour historique qui permet de mieux comprendre le présent et d’insister sur le fait que le Japon moderne ne naquit brusquement au XIXe siècle de la simple imitation de l’Occident mais que dès le XVIIIe une économie de marché s’y était développée. Un autre élément didactique très appréciable a été de reprendre certains articles de Robert Guillain et Philippe Pons correspondants du journal Le Monde, rendant plus compréhensif et plus proche de nous le vécu des Japonais durant ces cinquante dernières années.
Avec un PIB qui est trois fois celui de la France, il est judicieux de se demander si le système financier japonais va s’orienter vers un capitalisme de marché à l’américaine alors que les fusions successives ont ouvert la voie à des nouvelles alliances entre groupes autrefois rivaux. Et n’oubliant pas que le Japon reste le premier pays créditeur mondial et qu’il détient le tiers de l’épargne mondiale, tout soubresaut pourrait indirectement avoir des conséquences en Europe même si malgré ses profonds bouleversements, la cohésion sociale demeure par l’intermédiaire de mouvements des citoyens très actifs.
Voilà un état des lieux limpide d’un Japon en pleine mutation et qui nous questionne sur un tournant.
Le Japon : la fin d’une économie, Pierre Antoine Donnet & Anne Garrigue
Folio/Le Monde oct. 2000, 285p, 45F

Littérature

Ce roman dense de Nakagami Kenji (1946-1989), figure singulière de la littérature japonaise contemporaine, est le dernier volet d’une trilogie, après Le Cap, qui lui vaut le célèbre prix Akutagawa en 1975, et La Mer aux arbres morts. Il nous relate le destin d’un jeune homme, Takehara Akiyuki. Tout juste libéré de prison (pour le meurtre de son demi-frère trois ans auparavant), Akiyuki revient sans prévenir dans sa ville natale, située dans la région côtière de Kumano, au sud-est d’Ôsaka. Il y retrouve tout l’univers de son enfance au milieu des chantiers de construction, et il réalise alors l’ampleur des changements qui s’y sont produits durant son absence. Le site des «Ruelles» — terme qui désigne le quartier des exclus — et la colline à proximité de chez lui ont ainsi été rasés par les machines, et sont en passe d’être envahi par des immeubles modernes, mettant à mal toute la communauté environnante mais aussi la ville elle-même. Comprenant la part que sa famille a eu dans l’extinction du quartier et le profit qu’elle en a tiré, Akiyuki décide de garder son indépendance vis-à-vis d’elle. Il choisit alors de s’installer à l’écart, dans la cabane où vivait son arrière-grand-père, et de devenir forestier pour travailler au côté de son père, Hamamura Ryûzô.
L’atmosphère qui règne dans cet ouvrage est emblématique de celui du Japon des années 1970 : agitation déroutante due aux entreprises industrielles et commerciales, et coexistence parfois difficile de la tradition et du modernisme. À noter la remarquable traduction de Jacques Lalloz, qui est parvenu à restituer les subtilités du dialecte régional et de l’argot si fréquemment utilisés par l’auteur.
Clément Bonnier

Le bout du monde, moment suprême
NAKAGAMI Kenji, Fayard, Paris, 2000, 473 p., 150 FF.
(traduit du japonais par Jacques Lalloz)