UN CUISANT REVERS


Beaucoup se demandaient si la coalition au pouvoir au Japon remporterait les élections législatives du 25 juin, malgré la cote de popularité pitoyable du premier ministre (voir OVNI n°460). Et bien oui, le parti libéral démocrate a une nouvelle fois sauvé la donne, grâce à ses alliés politiques, et MORI Yoshiro s’est succédé à lui-même. Comme le fait remarquer Brice Pedroletti dans l’Express “la peur de l’inconnu, la frilosité et l’indifférence ont largement prévalu sur le désir de changement”. On remarque tout de même que le PLD obtient 233 sièges contre 271 en octobre 96 et que la coalition au pouvoir recule de 66,3% des sièges dans l’assemblée sortante à 56,5%. Une victoire au goût amer donc, d’autant que le PLD ne dispose plus à lui seul de la majorité, ce qui signifie qu’il sera encore plus dépendant de ses alliés du Parti conservateur (7 sièges) mais aussi et surtout du Komeito (31 sièges), parti soutenu par la secte Soka gakkai. Dans les rangs de l’opposition le Parti démocrate, le Parti libéral et le Parti social-démocrate enregistrent une progression, respectivement de 95 à 127, de 18 à 22 et de 14 à 19 sièges, tandis que le nombre de députés communistes recule de 26 à 20. Il est donc probable que la politique économique actuelle sera reconduite. Mais de toute façon aucun des partis en lice n’avait de programme novateur pour sortir le pays du marasme dans lequel il se trouve. C’est sans doute pourquoi les électeurs, principalement concernés par les questions d’ordre économique, ne se sont pas précipités aux urnes. Si 62,5% d’entre eux ont participé au vote, les 37,5 autres % ont semble-t-il écouté le conseil peu orthodoxe de leur premier ministre “Ceux qui ne sont pas intéressés par ce vote peuvent rester au lit dimanche”….
Brice Pedroletti, “Japon : on prend les mêmes?”, L’Express, 22/06/00.
Philippe Pons, “Le clientélisme politique étouffe la reprise de l’économie au Japon”, Le Monde, 24/06/00.
Philippe Pons, “Le Parti libéral démocrate semble assuré de conserver la majorité”,
Le Monde, 24/06/00.
Philippe Pons, “Un début de rebellion citoyenne contre les députés “indignes””, Le Monde, 24/06/00.
Yves Bougon et Michel Temman, “L’hégémonie conservatrice s’effrite lentement au Japon”, Libération, 25/06/00.
J-M. A., “Elections sanction au Japon”, Libération, 26/065/00.
Philippe Pons, “Au Japon, le Partie libéral démocrate subit un revers mais conserve la majorité grâce à ses alliés”, Le Monde, 27/06/00.
Philippe Pons, “Une classe politique incapable de faire face à la crise du pays”, Le Monde, 27/06/00.
Brice Pedroletti, “Japon : amère victoire”, L’Express, 29/06/00.
Arnaud Rodier, “Japon : en attendant le G8…”, Le Figaro, 05/07/00.
RUBRIQUE NECROLOGIQUE

Le Monde s’est fait l’écho de la disparition de deux personnes qui auront marqué l’histoire japonaise du 20ème siècle, chacune à leur manière : l’impératrice Nagako, et TAKESHITA Noboru.
L’impératrice douairière Nagako est décédée le 16 juin dernier à l’âge de 97 ans. La veuve de l’empereur Showa (Hirohito de son vivant) s’était mariée en 1924 et était devenue impératrice en 1926, à la mort de l’empereur Taisho. Elle a eu 7 enfants, parmi lesquels Akihito, devenu empereur en janvier 1989.
TAKESHITA Noboru, ministre des finances à plusieurs reprises puis premier ministre d’octobre 1987 à juin 1989, est décédé le 19 juin à l’âge de 76 ans. On se souviendra sans doute de lui comme étant l’homme du scandale Recruit, délit d’initié qui l’a contraint à la démission. Ce scandale ne l’a toutefois pas empéché de continuer à “tirer les ficelles” au sein de son parti par l’intermédiaire de son clan. Créé en 1987, ce clan est le plus important du Parti libéral démocrate. Il a encore récemment pesé dans la désignation de MORI Yoshio comme premier ministre. TAKESHITA Noboru venait à peine d’annoncer son retrait de la politique au mois de mai.

Clotilde Leroy

Philippe Pons, “Nagako, La veuve de l’empereur Hirohito”, Le Monde, 18-19/06/00.
Philippe Pons, “Noboru Takeshita, Le dernier “shogun de l’ombre””, Le Monde, 20/06/00.