KUMASHIRO Tatsumi (2)

Si vous avez manqué les deux “romans-pornos” de Kumashiro sortis en avril dernier (Cf. OVNI du 15/04), ne vous chagrinez pas: trois autres films du (petit) “maître de l’érotisme japonais” vont à nouveau éclabousser les écrans d’Action le 28 juin, toujours distribués par Action Christine et Mediatopia. Pour ceux (dont je fais partie) qui les auraient vus dans les salles Nikkatsu au cours des années 70, ils offrent un petit côté “rétro” et libération sexuelle qui n’est pas sans charme à l’heure du déferlement du “hard” dans les films d’auteur en France (Romance X, Baise-moi, Presque rien…).

Chez Kumashiro, l’amour se mange cru, au même titre que les sashimis, et tout baigne dans une ambiance … mouillée. D’où la série de titres de romans-pornos comportant le mot “nureta” (mouillé): Les amants mouillés (Koibitotachi wa nureta, 1973), Sayuri, strip-teaseuse/ Désir humide (Ichijô Sayuri/ Nureta yokujô, 1972), et bien d’autres films encore inédits. Dans La Femme aux cheveux rouges (Akai kami no onna, 1978), il pleut sans arrêt, et toutes sortes de coulées liquides nous rappellent, si besoin était, de quel genre de films il s’agit… Quant au “sexe cru”, il est aussi illustré par les dialogues, avec une mention spéciale du jury pour les sous-titres croustillants (de Dominique Palmé). Exemple? Tandis que son amant force un peu la “femme aux cheveux rouges” (Miyashita Junko, une des stars de la série), celle-ci l’avertit sans ambages: “Attention! Le tampon va me remonter dans le bide!”. Peut-on aller plus loin dans la poésie des sens?! Inspiré librement d’un roman de Nakagami Kenji, La Femme aux cheveux rouges est un conte populaire de désirs bruts, dans le monde ouvrier cher à l’écrivain, servi sans apprêts, et sur fond de chansons égrillardes (toujours superbement traduites).
Le rouge y est non seulement la couleur des cheveux ou de la robe de la femme en question, mais aussi celui du sang menstruel.
Vous voilà prévenus…
Quant à Sayuri, strip-teaseuse, il a sa petite histoire, car il fut tourné en 1972, à l’époque où la police opérait des raids dans les fameux “Osaka strippu” où se produisait entre autres Sayuri (ici dans son propre rôle, et juste avant la retraite) avec son fameux numéro de bougies dégoulinantes. La relève sera assurée par une jeune strip-teaseuse (Isayama Hiroko), qui lui voue une admiration éperdue, pendant que les assistants s’ébattent dans les coulisses, et que résonne off la “chanson du zizi”, Bras d’sus, bras d’sous….” Les hommes y sont des yakuzas sortis de prison, ou des maquereaux pas très reluisants. On retrouve les yakuzas dans Les amants mouillés, où un jeune homme passe allégrement d’une caissière de cinéma à une fille qu’il a vu faire l’amour avec l’un de ses anciens amis.

Magnifiquement photographiés en scope-couleurs par d’excellents opérateurs “maison”, dont Himeta Shinsaku, qui travailla avec Imamura à la Nikkatsu, ces trois films de Kumashiro (mort il y a quelques années) se signalent aussi par un montage original qui privilégie les inserts “poétiques” de la rue, où certaines scènes improvisées surprennent les passants, ou encore de l’enfance malheureuse. Ces scènes sont parfois les meilleures des films, celle de sexe étant souvent répétitives.
Avec les films de Tanaka Noboru , de Sone Chusei, et de quelques autres oubliés, les romans-pornos sont l’expression brute, parfois maladroite, de désirs de chair longtemps refoulés dans un Japon militarisé, puis trop moralement occidentalisé. A voir d’urgence, si vous voulez découvrir un autre Japon, qui n’est pas celui d’Ozu ou de Kurosawa (Akira). Sore ja mata,
Max Tessier

Trois “romans-pornos” de Kumashiro Tatsumi, le 28 juin, aux cinémas Action:
Films en VO sous-titrée, copies neuves

* Sayuri, Strip-teaseuse/ Désirs humides
(Ichijo Sayuri/ Nureta Yokujo 1972)
* Les Amants mouillés
( Koïbitotachi wa nureta, 1973 )
* La Femme aux cheveux rouges
(Akai kami no onna, 1978 )