M/OTHER: une radiographie du couple

Dans la cohorte de jeunes cinéastes japonais qui attirent l’attention de la critique (et d’un public “pointu”, et encore très marginal), Suwa Nobuhiro (40 ans) fait figure d’outsider.
Découvert en 1997 avec son premier long-métrage, 2/DUO, après s’être formé au documentaire et à la télévision, Suwa récidive aujourd’hui avec M/OTHER (jeu sémantique sur Mother et “other”, comme la barre l’indique…), dont la première mondiale eut lieu à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes 99. Ce film assez “radical”, de près de 2h30, fait partie de toute une série de films d’auteurs à petit budget, produits en toute liberté par le jeune Sento Takenori.
La conception même de M/OTHER est délibérément anti-conventionnelle: réalisé sans scénario, le film est basé sur une série de conversations improvisées par les acteurs et le réalisateur, enregistrées avant chaque scène. Plutôt que l’histoire d’un couple “moderne”, le film s’articule sur ses cassures et ses dissensions, à partir d’un canevas volé au quotidien: une femme, Aki (Watanabe Makiko), qui vit avec un propriétaire de restaurant, Tetsuro (Miura Tomokazu), voit sa relation brusquement modifiée par l’irruption du fils de Tetsuro, Shun (Takahashi Ryudai), à la suite d’un accident survenu à sa mère, l’ex-femme de Tetsuro. Des tensions parfois insupportables vont marquer le couple, au bord de la rupture lorsque Shun fuit sa nouvelle demeure, et qu’Aki cherche à s’installer ailleurs. En fait, l’enfant est le catalyseur qui révèle le couple à lui-même et accentue sa désunion.
Le film, “déstructuré” au possible (Suwa a été très impressionné par les films d’avant-garde américains, du type Jonas Mekas, qu’il a vus dans sa jeunesse) est une suite assez lache de scènes parfois très fortes (surtout les crises du couple), parfois étirées au delà du possible, et sa durée excessive est loin d’être maitrisée, Suwa refusant de couper, là où d’autres cinéastes utiliseraient les ressources du montage.
Si vous trouvez que le film est “cassavetesien” (ce qu’il est au cours de certaines scènes, mais sans l’aisance de l’américain), peut-être serez-vous sous influence. Sinon, l’exaspération et l’ennui peuvent rapidement vous gagner: M/OTHER est un film qui réclame la participation du spectateur, et sa patience constructive…
Suwa sera-t-il un des grands cinéastes japonais des années 2000, ou un engoûment critique passager? On le saura dès son prochain film, mais une chose est sûre, il ne laisse pas indifférent. On peut tout de même préférer Kitano, Kurosawa Kiyoshi ou Tsukamoto Shinya…
Sore ja mata,
Max Tessier
* M/OTHER, film de SUWANobuhiro
(2h27).Sortie à Paris le 15 mars.