UNE FEMME A LA TETE D’OSAKA

Dimanche 6 février, la préfecture d’Osaka a élu pour la première fois de l’histoire du Japon une femme gouverneur. Ota Fusae remplace donc l’ancien comédien Yokoyama “Knock”, emporté par une affaire de harcèlement sexuel, à la tête de la seconde ville du Japon. En choississant une femme comme candidate, le PLD est parvenu à séduire à la fois l’électorat féminin et l’establishment local, très sensible aux relations qu’entretient cette ancienne haut fonctionnaire du ministère du Commerce international et de l’Industrie avec Tokyo. La victoire est à partager avec le Kômeito, parti émanant de la secte Sôka Gakkai, qui a pour sa part su convaincre les couches urbaines défavorisées. La préfecture d’Osaka est en effet particulièrement touchée par la crise économique actuelle, avec un taux de chômage plus élevé que dans la capitale. L’élection de Ota Fusae, conjuguée à celle du maire conservateur sortant à Kyoto, donne, comme le fait remarquer Philippe Pons dans Le Monde, “une marge de manuvre au premier ministre pour affronter la crise du Parlement, où l’opposition boycotte le débat sur le budget”. Il faut cependant noter que le taux de participation à cette élection a été le plus faible de l’histoire de la ville (44,6%).
Philippe Pons, “Scrutin crucial pour Keizo Obuchi à Osaka, sur fond de crise politique”, Le Monde, 06-07/02/00.
Philippe Pons, “Une femme, Fusae Ota, devient gouverneur d’Osaka, moteur grippé de l’économie japonaise”, Le Monde, 08/02/00.
UN NOUVEAU GADGET
Le nouveau gadget électronique à la mode au Japon est un téléphone portable qui répond au nom évocateur de “i-mode”. Lancé par NTT DoCoMo en février 1999, il permet de se connecter à internet et de consulter ainsi directement quelque 5000 sites. Le modèle bas de gamme coûte moins de 500F et l’abonnement de base au service internet environ 15F par mois. Comme en plus les i-mode sont très faciles à utiliser (même pour ceux qui n’ont jamais surfé sur internet), il n’est pas étonnant que près de 4 millions de Japonais en possèdent déjà un. Très pratiques pour consulter les horaires de train, gérer son compte en banque, acheter un livre ou envoyer des messages, leurs capacités sont tout de même assez limitées. Il se pourrait donc qu’ils soient bien vite délaissés, d’autant qu’on attend pour l’année prochaine la sortie de la “troisième génération de portables”, qui devrait permettre également de transmettre des images, de regarder des vidéos et d’écouter de la musique.
Frédérique Amaoua, “Au Japon, le portable a apprivoisé Internet”, Libération, 03/02/00.
Brice Pedroletti, “Le mobile à la “i-mode””, Le Monde, 16/02/00.
Brice Pedroletti, “Au Japon, le micro Web pour téléphone portable a un succès fou”, Le Monde, 22/02/00.
UNE INITIATIVE CONTROVERSEE
Au Japon comme en France beaucoup de voies s’élèvent lorsque certains tentent d’imposer la prédominance de l’anglais sur la langue nationale. La volonté du gouvernement nippon de faire carrément de la langue de Shakespeare la “seconde langue officielle” du pays a déclenché les critiques de Kato Shuichi, écrivain et critique, dans l’Asahi Shimbun. Suivant les recommandations d’une commission consultative, le gouver- nement de Obuchi Keizo espère pouvoir remédier ainsi au manque de maîtrise de la langue anglaise par la plupart de ses concitoyens, à une époque où la globalisation et internet imposent précisemment cette maîtrise. Pour l’écrivain, améliorer l’enseignement de l’anglais et le proposer dès l’école primaire sont de bonnes initiatives, mais que l’anglais devienne obligatoire ne serait pas une bonne chose. Il argumente que le fait qu’une minorité en ait besoin ne devrait pas en faire une obligation pour tous, et qu’apprendre une langue implique que l’on en ait envie. D’autre part, une langue ne pouvant être maîtrisée que si elle est pratiquée, l’ambition du gouvernement conduirait selon Kato Shuichi à “accentuer l’écart entre une élite intellectuelle -qui pourrait la pratiquer- et la majorité -qui ne le pourrait pas-“. Enfin, l’écrivain craint qu’en imposant l’anglais comme langue universelle on ne gomme les identités culturelles et historiques. Il conviendrait plutôt à ses yeux de “renforcer les cultures nationales et donc les langues qui en sont le véhicule -car- sans connaître sa propre culture on ne peut pas comprendre celle des autres”.
A suivre…
Philippe Pons, “Controverse au Japon sur la place de l’anglais à l’école”, Le Monde, 22/02/00.
Clotilde Leroy