HOMMAGE A MISUMI KENJI

En dehors des sorties en désordre d’une multitude de films, le cinéma japonais nous rappelle aussi qu’il a une longue et belle histoire. Après avoir redécouvert des grands maîtres comme Naruse Mikio, ou des plus petits comme Kato Tai, la Cinémathèque Française, où le “cinéma-bis” est souvent à l’honneur pour le meilleur et pour le pire, consacre un cycle au cinéaste Misumi Kenji (1921 – 1975), dont plusieurs films avaient déjà été projetés au cours de la grande rétrospective du Centre Pompidou en 1997.
Durant tout le mois de mars, la Cinémathèque Française programmera environ 25 films de cet éminent maître du film de genre, et notamment du jidai-geki, et dont la marque est le respect des genres (que les critiques n’envisagent plus que “subvertis”), lié à une esthétique très formelle, parfois aux limites du “design”, grâce au talent de son chef-opérateur Makiura Chishi, qui parvient à transcender la banalité de certains sujets.
Aujourd’hui, certains critiques japonais ont redécouvert l’uvre de Misumi, dont le nom est souvent associé à la star (Daiei) Ichikawa Raizo, mort très jeune, et qui fait actuellement l’objet d’un véritable culte au Japon. C’est lui qui joue le sombre (anti)héros dans la série Nemuri Kyoshiro, se distinguant par sa cruauté, ou celui du Passage du Grand Bouddha (Daibosatsu tôge), dans la version de Misumi, en 1960. Misumi utilisa aussi les talents pervers de Katsu Shin(taro), dans plusieurs épisodes de la célèbre série Zatô-Ichi (dès 1962), et de son frère Wakayama Tomisaburo, héros de la non moins fameuse série Baby Cart (Kôzure Ookami, années 1970), tirée d’un manga populaire assez violent.
Misumi Kenji, cinéaste protéiforme et stylé, souvent fascinant, est également l’auteur de plusieurs films de fantômes (Yotsuya kaidan, etc), de films de monstres, telle la série des Majin, d’adaptations littéraires soignées, et du premier film japonais en 70mm, le très kitsch Bouddha (Shaka, 1962).
Nombre de ses films se réinscrivent dans l’esthétique du Kabuki ou d’autres formes de théâtre populaire, ce qu’avait eu tendance à fuir le cinéma réaliste des années cinquante.
Chez Misumi, le style, c’est le cinéaste.
Si vous êtes à Paris en mars, ne manquez pas cette rétrospective inespérée d’un véritable maître du jidai-geki et du chambara, digne héritier de son “Sensei”, Itoh Daisuke, lui aussi à ressusciter.
Rendez-vous au 15 mars, pour la sortie de Mother, film inclassable du jeune réalisateur Suwa Nobuhiro, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes en 1999.
Signalons à nos lecteurs cinéphiles que deux festivals (concurrents) du cinéma asiatique ont lieu au mois de mars, à quelques jours d’intervalle. D’abord, le plus ancien, le 6ème Festival du Film asiatique de Vesoul (du 7 au 14 mars), où seront projetés quelques films japonais dont plusieurs “animés” déjà sortis, tels que Perfect Blue ou Jin-Roh, ainsi qu’une avant-première d’un film d’Ishii Sogo, Le labyrinthe des rêves (Yume no ginga/1997), qui sortira en avril. Une quarantaine de films asiatiques (de la Turquie au Japon!) sera proposée par ce festival fondé par des passionnés de l’Asie et de son cinéma.
Plus jeune, mais aussi plus riche et médiatique, le 2ème Festival du Film asiatique de Deauville (17 au 19 mars) proposera quant à lui deux films japonais récents, Hakuchi (L’Innocent), de Tezuka Makoto (fils du célèbre animateur Tezuka Osamu), en compétition, et Messengers, de Baba Yasuo (1999). L’Asie et le Japon sont en vogue, et cela donne des maux de tête aux organisateurs de festivals et aux journalistes! Sore ja, mata.
Max TESSIER
Hommage à MISUMI Kenji. Du 1er au 26 mars,
Cinémathèque Française (Salle des Grands Boulevards).
Environ 25 films. Programme: 01 56 26 01 01.