Le cinema japonais a l’honneur

    L’année du Japon en France a suscité un regain d’intéret pour le cinéma japonais y compris dans l’édition. Sans revenir sur l’Introduction au Cinéma japonais de… Max Tessier parue chez Nathan 128, il faut signaler la parution récente de deux ouvrages de conception totalement différente abordant les généralités et un auteur incontournable de ce cinéma: l’imposant ouvrage de Sato Tadao, Le Cinéma japonais (2 tomes) publié par les éditions du Centre Pompidou et le Ozu Yasujirô par Hasumi Shiguéhiko, paru aux Cahiers du Cinéma, les deux ouvrages n’ayant en fait qu’un point commun, d’être des traductions en français de livres publiés il y a quelques années au Japon.
    Le livre de Sato est une adaptation raccourcie de son Nihon Eiga Shi publié en 4 volumes par Iwanami Shoten en 1995 et n’est autre qu’une vaste histoire du cinéma nippon. Irremplaçable par le foison-nement d’informations, souvent détaillées, l’ou-vrage pêche cependant par un manque de point de vue personnel et de sens analytique, y compris pour certains films importants comme Rashômon.
    Face à ce monument, le subjectivisme cultivé du professeur Hasumi, accueilli par des dithyrambes d’une partie de la critique (qui stigmatise tout ce qui a été publié en occident sur Ozu auparavant), se présente comme un antidote radical à l’objectivité un peu neutre de Sato. Prenant systématiquement le contrepied de la critique occidentale (notamment Donald Richie et Paul Schrader) qui procéde par négations, Hasumi propose une lecture hautement personnelle de l’uvre d’Ozu qui apparait comme un conflit permanent des goûts de la cuisine japonaise notamment entre le tôfu et le tonkatsu (porc pané) tout en soulignant que son cinéma est d’une telle richesse expressive qu’il dépasse dans la réalité l’opposition qui existe entre porc pané et tôfu (p.37), réhabilitant les uvres de jeunesse d’Ozu (souvent négligées par ses éxégètes occidentaux au profit de l’Ozu “zen” des années 50-60). Hasumi fournit un trousseau de clés interessant mais auquel il manque parfois certaines portes.
    Enfin côté pratique signalons la récente parution en Angleterre de l’Asian Film Library reference to Japanese film 1998. Un énorme travail de Stephen Cremin qui permet d’avoir accés à une mine d’informations brutes sur plusieurs milliers de films et de personnalités rarement cités dans les histoires du cinéma japonais.

    Max Tessier

    Le Cinéma japonais, T. Sato (2 tomes), Ed. du Centre Pompidou 1997 (180F, le volume)
    Ozu Yasujiro, Shiguéhiko Hasumi, Ed. Cahiers du Cinéma, 1998 (150F)
    The Asian Film Library reference to Japanese Film 1998, edited and compiled by Stephen Cremin, London 1998.