THOMAS SIRDEY

Thomas Sirdey est l’un des trois cofondateurs de Japan Expo. Il en est aujourd’hui le vice-président. Après les 165 000 visiteurs en 2009, il espère dépasser la barre des 180 000 cette année du 1er au 4 juillet.

Le manga a été le moteur du lancement de Japan Expo. Il reste aujourd’hui au cœur de l’événement. Mais que cherchez-vous aujourd’hui à apporter de différent ?
Thomas Sirdey : Actuellement, nous avons quatre pôles principaux. Il y a d’abord Culture manga qui comprend la bande dessinée, l’animation et les produits dérivés. On y a aussi rattaché les arts martiaux parce que c’est une des premières passerelles qui s’est créée avec les manga d’action. Il y a un pôle Culture moderne qui va représenter tout ce qui est industrie des hautes technologies, le tourisme, les institutions ou encore les écoles. On a le pôle Pop culture qui réunit le cinéma, les jeux vidéo et la mode. Enfin, il y a le pôle Culture & Traditions qui est historiquement notre première incartade hors manga où l’on essaie de présenter la littérature, la cuisine et les arts traditionnels.

Comment le public de Japan Expo a-t-il évolué ?
T. S. : Il a beaucoup changé. On se rend compte que la mode et la musique concentrent désormais une grande partie de l’intérêt du public. Par ailleurs, du fait de nos efforts, les visiteurs sont en contact avec la culture traditionnelle, secteur vers lequel ils ne seraient pas allés seuls. C’est d’ailleurs l’une de nos principales missions que de leur permettre d’avoir accès à cet aspect de la culture japonaise. C’est pourquoi nous organisons des concerts de shamisen ou de koto. Mais à chaque fois, ces représentations sont accompagnées d’explications de telle sorte que le visiteur se divertit et apprend en même temps. Nous sommes très attentifs à cette formule. Nous voulons aussi que ce soit interactif, en faisant participer le public aux activités. Cette année, nous allons ainsi introduire le tir à l’arc traditionnel (kyûdô). Les gens vont ainsi pouvoir s’initier et apprécier cette activité sans intermédiaire. Avec le pliage de papier (origami), on a la même approche. Nous participons à l’opération Mille grues pour Hiroshima. Pendant Japan Expo, les gens réalisent des grues que nous envoyons ensuite à Hiroshima comme symbole de la paix. Pendant les séances, nous sensibilisons le public de cette manière.

Y a-t-il un profil type du visiteur ?
T. S. : Il a entre 15 et 25 ans. Il y a parité entre les garçons et les filles, ce qui n’était pas le cas auparavant. Le visiteur a une culture de consommation qui est assez proche de celle du Japon et il l’assume bien. Quand on demande au visiteur pourquoi il se rend à Japan Expo, il répond d’abord que c’est pour se retrouver dans sa communauté et la deuxième réponse, c’est acheter. Toutefois, il veut aussi des activités. Il ne conçoit pas son passage à Japan Expo comme une simple sortie pour faire des achats.
Est-ce que le public n’a pas tendance à vieillir ?
T. S. : Les 15-25 ans restent très majoritaires. Ils représentent 64 % du public. Le reste est partagé de façon équilibrée entre les plus jeunes et les plus vieux. Ça veut dire que les parents ont sans doute eux-mêmes participé aux premières éditions de Japan Expo par le passé et qu’ils y viennent aujourd’hui accompagnés de leurs jeunes enfants. Ce qui nous a obligé à mettre en place des nurseries, choses auxquelles on n’avait pas pensé initialement. Nous avons désormais deux nurseries. Nous avons créé un espace pour les enfants qui permet aux parents d’aller tranquillement profiter de Japan Expo et nous avons développé et renforcé la partie bien-être à la japonaise. L’augmentation de cette frange de visiteurs est notable depuis deux ans.
Quelle est leur perception du Japon ?
T. S. : Les plus âgés y sont déjà allés. Les plus jeunes entretiennent le rêve de s’y installer. C’est un mythe pour eux. C’est la raison pour laquelle on organise dans le cadre de Japan Expo des conférences sur travailler au Japon, vivre au Japon, étudier au Japon pour essayer de les éclairer sur les réalités japonaises. Ils ont une vision souvent idéalisée du Japon. Mais c’est ce qui fait la magie de la culture.

Propos recueillis par Odaira Namihei