ANNIVERSAIRE ; LE DIT DU GENJI, ON N’A PAS TOUS LES JOURS 1000 ANS

En 1473, il y a 535 ans, Ichijô Kaneyoshi, régent et Grand Chancelier, écrivait que “de tous les trésors du Japon, Le Dit du Genji (Genji monogatari) est de loin le plus précieux”. Cet homme d’Etat est aussi l’auteur du Kachô yosei, commentaire exhaustif en trente livres de ce monument de la littérature japonaise dont l’empereur Juntoku, qui régna de 1211 à 1222, dit qu’il était “une chose inexplicable. Il ne peut être l’ouvrage d’une personne ordinaire”. Ces deux jugements peuvent sembler excessifs au premier abord, mais les œuvres de cette qualité sont tellement rares dans le monde des lettres que l’on aurait finalement bien du mal à remettre en cause les opinions de deux personnages aussi instruits que ceux-là. Œuvre de fiction, ce roman a eu un tel impact dans la société japonaise que mille ans après sa composition il continue aujourd’hui à faire rêver et à alimenter des légendes. A Kyoto, on peut ainsi voir la tombe de la “belle-du-soir” qui mourut un soir entre les bras du héros. En France, c’est à feu René Sieffert que l’on doit la traduction de ce merveilleux livre paru en 1988 aux Publications orientalistes de France (POF). Ce travail de longue haleine a trouvé une seconde jeunesse grâce à un éditeur hors du commun : Diane de Selliers. Il s’agissait pour cette maison d’édition de donner au Dit du Genji un cadre esthétique aussi impressionnant que le texte lui-même. Après une recherche iconographique qui a duré près de sept années au cours desquelles des milliers de peintures ont été examinées, Estelle Leggeri-Bauer, maître de conférence à l’INALCO, spécialiste de la peinture narrative japonaise, a arrêté son choix sur 520 œuvres du XIIe au XVIIe siècles qui mettent en relief le texte fondateur du roman japonais écrit en 1008. Après une première édition en grand format s’adressant avant tout à un public de collectionneur compte tenu de son prix élevé (460€), Diane de Selliers vient de sortir le même ouvrage dans un format plus petit mais plus abordable (150€). Cela peut sembler cher, mais l’ouvrage vaut largement cet investissement. On n’a pas tous les jours mille ans. Et comme il n’est pas toujours aisé de trouver la première édition du Dit du Genji parue aux POF, n’hésitez pas à vous procurer la version de luxe proposée par Diane de Selliers. Vous ne le regretterez pas.    C. L.

Le Dit du Genji de Murasaki-shikibu illustré par la peinture traditionnelle japonaise, trad. par René Sieffert, éd. Diane de Selliers, 3 vol., 2008, 150€.

Le Genji observe à son insu Mue-de-la-Cigale jouant au go, Tosa Mitsuyoshi et atelier.
Détail d’une feuille d’un album, couleurs et or sur papier, 25,7 X 22,7 cm,
époque d’Edo, début du XVIIe siècle. Musée national de Kyôto.

Au théâtre ce soir
Le Théâtre de l’Odéon propose pour une seule représentation, le 29 octobre à 20h, une pièce adaptée du Dit du Genji à l’intérieur de laquelle les artistes vont y ajouter du koto, des chants de nagauta accompagnés de shamisen, danse traditionnelle et nô. Ce spectacle unique devrait être l’occasion de découvrir cette œuvre magistrale sous un jour tout à fait inattendu.
Réservations : 01 44  85 40 40
Internet : www.theatre-odeon.fr