A LA DECOUVERTE DE GOSHA L’INCONNU

Moins connu ici que son confrère Fukasaku Kinji, Gosha Hideo (1929-1992) est pourtant l’un des cinéastes les plus importants spécialisés dans les films de yakuza, notamment à la Tôei. Toujours à la recherche du rare et de l’inédit, Wild Side Vidéo propose pas moins de six films de ce cinéaste longtemps sous-estimé, dont le mythique Hitokiri (Le Châtiment, 1969), film de sabre (chambara) étonnant, dont l’un des acteurs-vedettes n’est autre que l’écrivain Mishima Yukio, un an avant son spectaculaire suicide. Le film, brillamment mis en scène, raconte l’histoire (signée Hashimoto Shinobu) d’un rônin pris dans un engrenage de complots et de violences, pour se tirer d’une situation financière délicate.
Après avoir connu une période difficile sur le plan personnel et professionnel, Gosha Hideo est rattrapé par le cinéma, et tournera plusieurs films très populaires produits par Haiyû-Za et la Tôei, des années 1980 à sa mort en 1992. Wild Side nous offre donc cinq films de cette période, dont une trilogie adaptée des œuvres de Tomio Miyako, inspirées par le milieu des geisha et de la pègre dans les années 1920-1930. Dans l’ombre du loup (Kiryuin Hanako no shôgai, alias Onimasa, 1982), Yôkirô (Le Royaume des geisha, 1983) et La Proie de l’homme (Kai, 1985). Trois grosses productions où Gosha a recréé avec brio l’univers scintillant, mais aussi peu reluisant par certains côtés, des maisons de geisha d’avant-guerre, avec un sens solide de la mise en scène et de l’historique. Plus récent, Femmes de Yakuza (Gokudoo no onnatachi, 1986) met en lumière une femme qui dirige un clan de centaines de yakuza. Le succès du film entraînera plusieurs séquelles, y compris à la télévision. Enfin, Tokyo Bordello (Yoshiwara Enjô, 1987) adapté d’un roman de Saitô Shinichirô revient sur la vie trépidante du plus grand quartier historique de plaisirs de Tokyo, théâtre de tant de films et de romans, dans une reconstitution assez flamboyante, traversée d’éclairs de violence, comme à l’accoutumée.
Bien sûr, tous ces DVD offrent des bonus, notamment des entretiens avec  les techniciens survivants de l’équipe de Gosha ainsi qu’avec la fille du cinéaste, Gosha Tomoe. A vous donc de découvrir ces films de genre passionnants et assez fluctuants dont la maîtrise et les séductions esthétiques paraissent déjà d’un autre âge, face au jeune cinéma d’auteur si souvent intimiste et statique d’aujourd’hui. Aah, nostalgie !
Max Tessier

Chaque DVD est vendu 14,99€.