EXPOSITION : YOKOO TADANORI A LA FONDATION CARTIER

Le premier souvenir que j’ai de Yokoo Tadanori date de 1968 lorsqu’il interprétait le rôle principal du film Journal du voleur de Shinjuku (Shinjuku dorobô nikki) d’Oshima Nagisa. Il y avait quelque chose de déconcertant dans son personnage. Il s’agissait d’un jeune homme dérobant des ouvrages dans une librairie qui part en compagnie d’une jeune fille “à la recherche du moment où il leur sera possible de connaître l’extase sexuelle”, écrivait Oshima dans le dossier de presse du film. Même si cette quête spécifique ne se retrouve pas dans les œuvres exposées à la Fondation Cartier, ces dernières montrent néanmoins que le peintre et illustrateur continue de chercher en explorant de nouveaux thèmes liés à la mort, la spiritualité, l’enfance ou la ville. C’est en effet une sélection importante de toiles issues de la série rouge qui est présentée ici, mettant ainsi l’accent sur l’unité stylistique procurée par la couleur dominante. Le plus intéressant néanmoins est la mise en perspective de ce travail récent avec des œuvres beaucoup plus anciennes qui traduisent sans doute mieux l’esprit d’une époque des plus agitées au Japon : les années 1960. On appréciera notamment les Pink Girls qui rappellent que cette époque a été très importante dans l’expression charnelle de l’amour. C’est l’époque où le pays du Soleil-levant s’emballe pour les Pink eiga, ces longs métrages érotiques qui montrent de manière plutôt crue le sexe. Yokoo Tadanori a accompagné cette révolution sexuelle. Autre visage de l’artiste présent dans cette exposition très bien agencée, sa force créatrice d’images fortes, produits d’instants vécus qui donnent encore plus de poids à ses œuvres. On comprend l’influence que ce personnage hors du commun a pu avoir sur toute une génération de créateurs au Japon, y compris dans le monde du manga. On peut donc saluer le travail de la Fondation Cartier qui permet au public parisien de découvrir une partie non négligeable de son travail.
Pour les résidants au Japon, il est à noter que le Musée d’art contemporain de la ville de Tokyo (MOT) consacre la totalité de ses espaces d’exposition aux chefs-d’œuvre de la collection Cartier du 22 avril au 2 juillet 2006. Ce sera l’occasion notamment pour ceux qui ne la connaissent pas de découvrir le travail de l’inclassable Kawauchi Rinko.
Claude Leblanc


Yokoo Tadanori. Jusqu’au 21 mai 2006
Fondation Cartier pour l’art contemporain
261, boulevard Raspail, 75014 Paris
Tél.: 01 42 18 56 50
http://fondation.cartier.com
Catalogue coédité avec Actes Sud, Arles, 30euros.