LE JAPON VEUT DEVENIR LE PAYS DU SOLAIRE ET DU VENT


Longtemps décrié pour son peu d’intérêt pour l’environnement, le pays du Soleil-levant se pose aujourd’hui comme un pionnier dans ce domaine.
Si le Japon a retenu l’attention du monde entier pour son miracle économique qui lui a permis à la fin des années 1960 de se hisser au troisième rang mondial derrière les Etats-Unis et l’Union soviétique, il a également fait l’objet de l’intérêt de la communauté internationale pour ce que certains ont appelé la “débâcle environnementale”. Il ne fait aucun doute que la croissance économique du Japon a amélioré le standard de vie des Japonais, mais elle a aussi été responsable de nombreuses pollutions (Minamata, Yokkaichi, Tagonoura, etc.). En dépit des conséquences catastrophiques sur le plan humain et environnemental sans parler des nombreux procès qui en ont découlé, les autorités ont tardé à prendre conscience des dangers réels liés à la pollution. C’est donc sous la pression de mouvements de citoyens (shimin undô) que l’Etat finit par faire passer une loi sur le contrôle de la pollution, en août 1967. L’action conjuguée de ces mouvements et les critiques exprimées à l’étranger amènent les pouvoirs publics à renforcer au cours des années suivantes l’arsenal législatif en faveur de la protection de l’environnement, faisant du Japon l’un des modèles dans la lutte contre la pollution.
Depuis cette époque, le pays du Soleil-levant s’est employé à faire de la protection de l’environnement une de ses priorités. Les circonstances lui ont été favorables avec notamment le premier choc pétrolier et la nécessité de se tourner vers des industries moins dévoreuses de matières premières fossiles. Les industriels ont entrepris de restructurer certains secteurs, délocalisant vers l’Asie les plus gourmands en énergie et les plus polluants. Les pouvoirs publics, pour leur part, font du nucléaire leur priorité, estimant que cette source d’énergie “propre” permettra au Japon de réduire sa dépendance vis-à-vis du pétrole. En 1974, le Parlement adopte les trois lois sur les ressources électriques (dengen sanpô), lesquelles posent le cadre juridique nécessaire à l’accélération du programme nucléaire civil du pays. A l’époque, l’électricité d’origine nucléaire représentait 2,7 % de la production. En 1978, sa part est passée à 10,8 %. Le nucléaire représente aujourd’hui 29 % de la production totale d’électricité au Japon. Malgré ses avantages, le nucléaire ne va pas sans poser de problèmes et l’opinion publique a manifesté à plusieurs reprises ses craintes à son égard. L’accident de la centrale de Three Mile Island aux Etats-Unis, en 1979, et surtout celui de Tchernobyl en 1986 ont beaucoup contribué à la mobilisation des Japonais en faveur du développement d’énergies alternatives d’autant qu’au cours des dix dernières années l’Archipel a connu plusieurs incidents graves dans des centrales nucléaires, notamment à Tokaimura, le 30 septembre 1999.
Tout en mettant l’accent sur son programme nucléaire, le gouvernement japonais a encouragé les entreprises et les individus à économiser l’énergie dans le but à la fois de réduire la facture énergétique mais aussi dans un souci de protection de l’environnement. Le réchauffement de la planète et ses conséquences climatiques et environnementales sont devenus, au cours de la décennie écoulée, un sujet de préoccupation important pour les autorités. Dans un environnement géopolitique renouvelé au sein duquel le Japon doit trouver sa place, la défense de l’environnement s’est imposée comme un thème important de la diplomatie japonaise. La conférence mondiale sur les changements climatiques qui a eu lieu en 1998 à Kyoto et à l’issue de laquelle les participants se sont entendus sur ce qu’on appelle le protocole de Kyoto proposant un calendrier de réduction des émissions de gaz à effet de serre en est l’illustration. A partir du milieu des années 1990, la protection de l’environnement devient aussi un argument de vente pour les industriels qui mettent de plus en plus l’accent sur le “côté écologique” de leurs produits. Il n’est pas étonnant de constater que ce sont les industriels japonais qui ont été les premiers à commercialiser les voitures hybrides dotées d’un moteur thermique associé à un moteur électrique. Toyota, qui a vendu quelque 60 000 voitures hybrides au Japon en 2004, investit également dans les automobiles à pile à combustible dont plusieurs modèles expérimentaux circulent actuellement sur les routes nippones. Les premières ventes ne sont prévues que pour 2010, mais le programme bénéficie du soutien actif des pouvoirs publics. Le Premier ministre Koizumi espère voir 5 millions de véhicules de ce type au Japon d’ici 2020.
En parallèle, le gouvernement japonais a décidé de miser gros sur les énergies nouvelles, en investissant plusieurs milliards de yens dans leur développement qu’elles soient photovoltaïque, éolienne, géothermique, hydraulique ou de biomasse. L’énergie solaire est le secteur sur lequel les Japonais ont fait le plus porter leurs efforts. Avec plus de 1,1 million de kW produits en 2004, le Japon est de loin le premier producteur mondial d’électricité d’origine solaire. Mais ses défenseurs savent que ses chances de conquérir un plus large public sont limitées. Le coût élevé des installations, en dépit des aides de l’Etat, explique en grande partie leurs réserves, alors que l’électricité produite grâce à la force du vent a un prix de revient beaucoup moins élevé. Il convient donc de promouvoir davantage l’énergie éolienne dans son pays qui se situe au neuvième rang mondial dans ce secteur avec un peu moins de 680 000 kW produits en 2004. Les pouvoirs publics se donnent dix ans pour amener le Japon au niveau des Européens qui ont, en la matière, une longueur d’avance. A terme, le gouvernement japonais souhaite porter la production à 3 millions de kW – l’équivalent de trois centrales nucléaires — et souhaite aménager la loi pour favoriser l’implantation d’éoliennes dans des zones protégées.
L’exposition universelle d’Aichi qui a fermé ses portes le 25 septembre a été l’occasion pour les pouvoirs publics et pour les industriels présents de montrer que le Japon était bel et bien entré dans l’ère écologique et que la page de la “débâcle environnementale” était définitivement tournée même s’il reste encore beaucoup à accomplir.
Claude Leblanc


Des éoliennes sur le territoire de Higashidori à Aomori

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RENCONTRE AVEC : IIDA Tetsunari, directeur de l’Institut pour les politiques énergétiques durables
Observateur
attentif de la politique énergétique nippone et de son impact sur
l’environnement, Iida Tetsunari, qui dirige un institut de recherche
(www.isep.or.jp) dont la mission est de favoriser l’émergence de
solutions durables, porte un jugement sévère sur sa mise en œuvre.

Dans
le passé, le Japon a connu de graves pollutions. Le gouvernement
japonais a pris de nombreuses mesures pour prévenir de nouveaux
problèmes. Pensez-vous que la politique de prévention est suffisante ?
I.
T. : Non. Je pense qu’elle est très insuffisante. Cela s’explique à la
fois par l’idéologie qui sous-tend le rapport aux questions
environnementales et le processus de décision du gouvernement. Cela
signifie que cela relève d’une organisation bureaucratique verticale.
Par ailleurs, l’essentiel des décisions est pris non pas au niveau de
l’Agence pour l’environnement qui a la compétence pour gérer les
questions environnementales, mais par le ministère de l’Economie et de
l’Industrie. Ce qui revient à dire que les réglementations en faveur de
l’environnement perdent toute leur substance. Les retards pris dans la
reconnaissance et la gestion de la maladie de Minamata illustrent bien
cette tendance. Les bureaucrates ont en commun d’accorder plus
d’importance à la protection d’un concept virtuel organisationnel qu’on
appelle “Etat” ou à la défense de leur propre organisation qu’à la
sécurité et à la vie quotidienne de la population. Quand les pouvoirs
publics sont pointés du doigt, ils passent plus de temps à combattre le
peuple et à nier la responsabilité de “l’Etat” qu’à s’inquiéter de la
situation parfois dangereuse pour la santé publique ou de la sécurité
de la population. La récente question du permis de construire du
surgénérateur Monju est un bon exemple puisque “l’Etat” s’est pourvu en
cassation pour l’obtenir. Voilà la raison fondamentale pour laquelle
les politiciens se retrouvent démunis alors qu’ils devraient réagir.
Reste que l’on peut également soulever l’exemple de nombreux
politiciens favorables aux thèses du développement qui, profitant de
l’influence politique des milieux industriels, ont fomenté avec les
bureaucrates un “complot” contre l’environnement. Dans cette situation
de centralisme bureaucratique, les scientifiques au service de l’Etat,
les industriels et les médias qui les entourent contribuent à bafouer
la démocratie. Dès lors, dans ces conditions, les bureaucrates qui
exercent une influence importante sur les questions environnementales
ne comprennent pas et s’opposent fortement à de nouvelles règles de
prévention ou de responsabilisation des pollueurs. Et ils ne partagent
presque pas les concepts universels d’intérêt général, de
responsabilité, de démocratie et de droits de l’homme.

Le
Japon a ratifié le protocole de Kyoto. Pensez-vous que la politique
menée par le gouvernement pour atteindre les objectifs définis soit la
bonne ?
I. T. : Non. En avril dernier, le gouvernement
a entériné un plan pour réaliser les objectifs du protocole de Kyoto.
Ce dernier a plusieurs défauts. Tout d’abord la politique énergétique
gérée par le ministère de l’Economie et de l’Industrie n’enregistre
aucun bouleversement majeur. Concrètement il avait été fixé, en 2002,
comme objectif minimal de faire en sorte que les énergies renouvelables
représentent d’ici 2010 3 % des ressources énergétiques et 1,35 % de la
production électrique. Aussi en ne revoyant pas à la hausse ces
objectifs, cela démontre qu’on ne tient pas compte de la volonté
générale de la société et que l’on fait du nucléaire l’axe principal de
notre politique énergétique. Et puis en dépit de ses échecs passés,
cette politique a été décidée avec les mêmes moyens. On peut aussi
noter que le gouvernement a remis à plus tard l’examen des dispositifs
qui réglementent directement nos actions sur le climat. Enfin
concernant la question de la forêt en tant que source d’absorption de
carbone que le Japon a été le seul à considérer comme un “bonus”,
l’industrie sylvicole a montré son incapacité à la gérer et on ne voit
pas comment la régénérer. Dès lors, on se trouve dans une situation où
même le “bonus” ne permet pas d’avancer.

Dans la plupart des pays développés, il existe des “partis verts”. D’après vous, pourquoi n’y en a-t-il pas au Japon ?
I.
T. : La possibilité de voir émerger un parti écologiste au Japon me
semble aujourd’hui plutôt difficile. Le système politique au Japon est
organisé autour d’un triangle composé du parti conservateur (le Parti
libéral démocrate qui vient de remporter une victoire écrasante aux
élections législatives du 11 septembre dernier), du monde des affaires
et des Etats-Unis. Les médias et les intellectuels l’ont reconnu comme
tel. La démocratie japonaise n’est donc qu’une fiction et la société
civile n’a guère le sentiment de participer à la vie politique. Aussi
dans cet environnement social, l’avènement d’un parti écologiste qui
remettrait en cause l’économie capitaliste inspirée des Etats-Unis est
exclu.

Quel est le principal défi écologique auquel le Japon va devoir faire face au cours des prochaines années ?
I.
T. : Je pense qu’il s’agit de la capacité de notre pays à modifier sa
politique énergétique. Mais il faut savoir qu’au Japon ce sont les
grandes entreprises de production électrique qui dominent la politique
énergétique et que les principales formations politiques du pays sont
sous l’influence de ces entreprises et de leurs filiales. Et comme par
ailleurs les bureaucrates du ministère de l’Economie et de l’Industrie
qui déterminent la politique énergétique ne voient pas d’un très bon
œil l’émergence d’une nouvelle politique énergétique soucieuse de
l’environnement, il faudra sans doute pas mal de temps avant que le
Japon parvienne à mettre en œuvre une politique énergétique qui tiendra
compte de l’environnement. A court terme, ça me semble difficile.

Propos recueillis par Claude Leblanc




中央政府の公害問題・環境問題への対策は、まったく不十分である。これは、本質的に日本政府の意思決定プロセスの問題と環境問題に対するイデオロギーに由来する。

「日本政府の意思決定プロセスの問題」とは、第1に、実質的な意思決定を縦割りの官僚組織が行っていることである。
第2に、それに加えて、環境保全を所管する環境省よりも、経済開発を所管する経済産業省(旧通商産業省)の方が圧倒的に力が強いために、ほとんどの環境規制は骨抜きになる。水俣病に対する本質的な原因の解明や対応が著しく遅れたのは、その好例といえる。
第3に、官僚は共通して、国民の生命や安全よりも、自分たちの組織や「国」と呼ばれる仮想的な組織概念を守ることに高い価値をおいている。そのため、行政
訴訟は、仮に国民の安全や健康が危険な状況にあったとしても、それを放置してすら、「国」の責任を拒否するために、徹底的に国民と争うのである。最近で
は、高速増殖実験炉もんじゅの設置許可を巡って、最高裁に「国」が上告したのが良い例である。
第4に、これに対して、政治家がまったくと言ってよいほど、無力であることも重大な原因である。無力どころか、古典的な開発主義の政治家も多く、業界の政治力を背景に、官僚と反環境主義で「共謀」している例も目立つ。
第5に、官僚中心の意思決定プロセスの周りを、御用学者や業界、メディアが取り巻き、正統性と民主主義を巧妙にカムフラージュしている。

さらに、「環境問題に対するイデオロギー」とは、以上のような構図の中で、環境問題に重大な影響を及ぼす経済官僚やその取り巻きの人々が、
(1)予防原則や汚染者負担原則といった新しい環境原則をまったく理解していないか、強く反対しているだけでなく、
(2)人権、民主主義、アカウンタビリティ、レスポンシビリティ、公共性といった、ユニバーサルな概念をほとんど共有していない。

2005年4月に、日本政府は「京都議定書達成計画」を決定した。その中で、小職は、環境省所管の中央環境審議会の委員として議論を横で見守っていた。

この京都議定書達成計画には、いくつかの根本的な欠陥がある。
第1に、温暖化政策の根幹となるべきエネルギー政策が経済産業省に「人質」に取られており、そのエネルギー政策が旧来型のまま、根本的に見直されることが
なかったこと、具体的には、再生可能エネルギーが2010年までに1次エネルギーの3%、電力ではわずかに1.35%という低い水準の目標が2002年に
決定しているが、その見直しが一切行われなかったことや、相変わらず原子力偏重のエネルギー政策となっており、社会的合意を無視していることなどを指摘で
きる。しかも、そのエネルギー政策は、過去から絶えず「失敗」(=政策目標の未達)しているにもかかわらず、従来どおりの手法で決定されたものであった。
第2に、炭素税や国内排出量規制と取り引きの仕組みなど、気候変動を直接規制する枠組みが見送られたこと。これも、経済産業省と産業界の強い反対を受けて、導入が見送られた。
第3に、日本だけに認められた「ボーナス」である森林吸収源に関しては、林業自体が経営的に失敗しており、まったく再生の見込みがないために、せっかくの「ボーナス」も活かせない状況にある。

日本での「緑の党」の可能性は、今のところ、相当に厳しい。これは、基本的に、戦後の日本の政治が、自民党保守層、財界、そしてアメリカ政治というトライアングルで組み立てられてきており、メディアや知識人も原則としてこの構図を構成している。
しかも、日本の民主主義は、いまだに形式(フィクション)でしかなく、市民社会も政治への参加感を持たない。
そうした社会環境で、緑の党のような、アメリカ資本主義経済を根本的に問い直す政治は、巧妙に排除されていくことになる。

やはり、エネルギー政策の転換ができるかどうかが最大のチャレンジだと考える。しかし、日本は、とくに巨大電力会社が日本のエネルギー政策を支配しており、自民党・民主党という与野党も電力会社およびその関連産業が支配している。
しかも、エネルギー政策を策定する経済産業省の官僚にも、新しいエコロジカルなエネルギー政策の発想は皆無で、民主主義のかけらもない。
したがって、エネルギー政策のエコロジカルな方向への転換は、できるとしても相当な時間を要し、日本では当面できる見通しはない。

日本の支配層は、国際政治的にも環境分野でも、国際的に大きな役割を果たすべきであり、また果たせると考えているが、それは
自分の能力を自己評価できていなナンセンスな願望にすぎない。
日本は、いまだに古典的な環境政策を引きずり、国内でも官庁同
士が股割き状態にあるうえ、国際的なスタンダードを作る能力に
致命的に欠けている。