Choses vues (1) : comme un petit air de changement

On relève toujours une foule de petites choses qui a changé entre deux voyages au Japon. Je les note ; elles concernent les trains, les femmes et les grands magasins.
Les trains sont équipés d’écrans qui passent de la publicité, des informations ou des recommandations. Il y a beaucoup plus d’indications et d’annonces bilingues (anglais-japonais), limitées autrefois aux lignes desservant l’aéroport (pour les annonces), et aux panneaux de directions dans les gares. Au-dessus des machines à billets, les cartes tarifées sont maintenant bilingues dans toutes les grandes gares. L’affichage lumineux sur les quais est devenu bilingue également.
On voit désormais des gens manger dans les gares ou dans les trains, ce qui ne se faisait pas jadis. On continue, en revanche, de prendre le train après avoir trop bu : j’ai revu les rituels salary men ivres d’une soirée entre collègues, manquer tomber sur la voie ou effondrés par terre, accroupis, la tête sur un banc. Personne ne s’en soucie. Il doit pourtant y avoir des accidents. Les Japonais ont conservé l’habitude de s’endormir recroquevillés sur eux-mêmes sans appui pour leur tête qui tend à pencher vers l’épaule du voisin.
Il y a maintenant sur certaines lignes des voitures réservées aux femmes les jours de semaine, dans la journée. Beaucoup d’affiches, d’autocollants ou de messages à finalités éducatives (pour les sacs à dos, le respect des sièges prioritaires). Toutes les lignes demandent aux passagers d’éteindre leurs portables ou de le mettre en mode “bonnes manières” (vibreur).
Dans les trains, silencieusement, les femmes jouent, plus encore que par le passé, avec leurs portables : elles consultent ou envoient leurs mails. Les portables sont de très petite taille, mais la quantité de babioles, bricoles, bibelots, peluches ou figurines multicolores qu’on leur accroche fait qu’ils prennent (je pense) autant de place que les nôtres dans les sacs à mains.
Les Japonaises sont toujours plus sophistiquées. La cigarette doit encore être considérée comme sensuelle ou provocatrice, parce qu’elles se sont mises à fumer. La couleur à la mode, pour les cheveux, n’est plus le châtain clair virant au blond jaune, mais le brun, le châtain foncé. Les enfants rient plus fort et les couples se tiennent plus serrés. Les femmes portaient il y a dix ans des collants avec leurs shorts en plein été ; par une fraîche journée de novembre, elles sont toujours jambes nues.
Le personnel des grands magasins, affairé, reste beaucoup plus nombreux qu’en France et surgit toujours opportunément. On n’a pas à minauder pour attirer le regard obligeant d’une vendeuse (ou d’un vendeur, dans les magasins d’électronique : la division professionnelle est moins perméable qu’en France dans ces métiers). Toutefois, les jeunes femmes des ascenseurs ont disparu. On les trouve encore dans les ascenseurs à manettes du vieux Mitsukoshi. Un enregistrement annonce les étages et ce qu’on y trouve. Ç’en est donc fini des courbettes chapeautées. Mais l’enregistrement a conservé leurs voix. A cet enregistrement en japonais se superpose – de manière assez peu ordonnée – une annonce en anglais et en chinois vantant les produits du grand magasin.
La plupart des panneaux qui se trouvent à l’entrée de ces depâto (grands magasins) sont maintenant bilingues, anglais-japonais. Les vendeurs n’ont plus l’air paniqué quand on leur demande de répéter quelque chose ; ils font appel à un mot d’anglais, smoothly.

Guibourg Delamotte