KOIZUMI A DIT…


Six-cent fantassins japonais, quatre unités de marine et plusieurs avions de transport seront déployés dans le sud-est de l’Irak, pour une durée d’un an, à compter d’une date encore inconnue. La décision a été adoptée en Conseil des ministres le 9 décembre dernier et le plan devrait être approuvé par le Parlement. Le Premier ministre Koizumi Junichiro a pris la plus importante décision politique de sa carrière. 80 % de la population s’y oppose, certains membres de son parti, le PLD, ont rejoint les membres de l’opposition sous la bannière de l’hostilité à cette décision. Les politiciens partisans de l’envoi des troupes semblent plus inquiets de l’effet de cette décision sur les élections sénatoriales de juillet 2004, que de l’avis des soldats de l’armée d’autodéfense qui ont le sentiment d’être envoyés pour une mission qui n’est pas la leur. Le Premier ministre a beau répéter que les troupes japonaises “ne vont pas à la guerre”, il affirme également qu’une zone qui subit les attentats n’est pas considérée comme une zone en guerre, ou encore qu’il n’y aura pas d’actions armées de la part du Japon mais qu’il faudra bien se défendre en cas d’attaques terroristes. Les soldats seront équipés d’armes antichars et de lance-roquettes, mais “leur utilisation sera limitée par des lois spéciales votées en juillet”… Le gouvernement ne ferait-il pas tout son possible pour contourner les barrières qui l’empêchent de réaliser son dessein ? En matière de défense et de diplomatie internationale, le Japon n’entend plus se contenter de signer des chèques. M. Koizumi a même laissé courir le bruit d’une révision constitutionnelle pour 2005.

Philippe Pons, «Tokyo envoie des troupes “non combattantes” aux forces de la coalition», Le Monde, 10/12/2003
Philippe Pons, «Les premiers militaires japonais partent pour le Golfe», Le Monde, 28/12/2003.

J-SENSE
Alors que la visite du Premier ministre nippon, le 1er janvier dernier, au sanctuaire shinto de Yasukuni où sont enterrés (entre autres soldats) des criminels de guerre nippons, a soulevé comme d’habitude un tollé chez les voisins asiatiques, le J-sense, synonyme de culture pop japonaise, ravit les consommateurs asiatiques. Cette pop japonaise renvoie une image fantaisiste, d’ouverture aux différences et de dynamisme kawaï. Le “mignon” japonais pourrait bien un jour entrer dans notre dictionnaire, tant la tendance s’internationalise. Alors que ces dix dernières années ont vu chuter le PNB japonais, le “Produit National Cool”, expression de l’essayiste américain Douglas McGray, ne s’est jamais aussi bien porté. Les exportations de produits culturels ont été multipliées par trois, et les produits japonais sont devenus plus “tendance” que ceux made in America, y compris chez les Américains. Les entreprises occidentales désireuses de séduire le marché asiatique se mettent désormais au kawaï nippon, à grand renfort de figurines. C’est certain, le J-sense est le reflet d’un nouvel état d’esprit japonais, est en train de transformer son image à travers le monde.

Brice Pedroletti, «Le Japon, nouvelle référence du consommateur asiatique», Le Monde, 07/12/2003.
Philippe Pons, «”Cool Japan” : le Japon super-puissance de la pop», Le Monde, 07/12/2003.
VIGOUREUX CENTENAIRE
Le Yomiuri Shinbun est le premier quotidien japonais, avec14 millions d’exemplaires pour ses éditions du matin et du soir. Il fait parti d’un groupe de 82 entreprises, compte 6100 salariés dont 2500 journalistes, 26 imprimeries, 900 camions de livraisons qui desservent les 8600 distributeurs indépendants employant eux-même 100 000 personnes pour ce seul journal. Car au Japon, contrairement à la France, ce n’est pas la poste mais ces sociétés qui assurent 93 % de la distribution des abonnements. L’efficacité de ce réseau tiendrait une grande part dans le succès croissant du journal depuis les années 50. Une politique éditoriale visant le plus grand nombre et un abord facile aussi sans doute. Les offres de tarifs réduits pour des concerts ou des matchs de base-ball probablement. Ce journal populaire et assez conservateur, favorable à la révision de la Constitution rêvée par le gouvernement actuel, joue également sur une information de proximité. Les bonnes recettes n’ont pas de frontières…
Philippe Pons, «Le Yomiuri Shinbun chouchoute ses lecteurs », Le Monde, 05/12/2003.
Marianne Bié