Economie : la voiture au chevet du japon

Tandis que les statistiques économiques continuent d’inquiéter les Japonais mais aussi le reste de la planète attentive au moindre signe de reprise, certains secteurs de l’industrie nippone montrent que le Japon n’a pas abdiqué et qu’ils demeurent les garants de la créativité japonaise. Certains d’entre vous penseront à citer l’électronique ou l’informatique car de nombreuses firmes de l’Archipel y brillent. Ils auront raison. Cependant il est un domaine dans lequel le Japon a pris une véritable avance, c’est l’automobile. Symbole de puissance, la production d’automobiles a permis à de nombreux pays de s’imposer sur la scène internationale. L’introduction par Ford, dont on célèbre le centième anniversaire cette année, de la Ford T, premier modèle produit à la chaîne, a été le signal de départ de la montée en puissance de l’industrie américaine et de son emprise sur le reste du monde. En 1950, alors que le Japon renaissait difficilement de ses cendres, les dirigeants de Toyota estimaient que leur pays n’était pas en mesure de devenir un centre de production automobile, encou-rageant même le départ volontaire de 1 600 membres de leur personnel. Quelques mois plus tard, ces mêmes responsables ont introduit de nouvelles règles de gestion qui ont permis à Toyota de faire décoller sa production. Les termes kanban et keiretsu vont ainsi entrer dans le vocabulaire mondial, devenant synonymes de la force industrielle du Japon dans les années 1970 et 1980. Tout au long de cette période, les constructeurs japonais ont redoublé d’efforts pour conserver leur suprématie en accordant une place importance à la qualité de leur production, mais aussi et surtout à l’innovation technologique de façon à répondre aux besoins des consommateurs de plus en plus exigeants. En dépit de la baisse des ventes liée à une conjoncture économique défavorable, les producteurs japonais poursuivent leurs efforts de recherche, investissant des sommes importantes dans de nouvelles technologies.
Souvent désignées comme un des principaux responsables de la pollution de l’air, les voitures se doivent aujourd’hui de moins polluer. Le Japon, qui s’est engagé politiquement au travers du protocole de Kyoto à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, a donc lancé un vaste programme de recherche dans le secteur automobile afin de produire des véhicules de moins en moins polluants. Toyota, encore elle, est l’entreprise qui a fait le plus d’effort en la matière. La commercialisation d’un modèle hybride au Japon et son relatif succès ont poussé ses concurrents à suivre la même voie. Mazda, petit dernier en la matière, travaille actuellement sur un moteur rotatif à l’hydrogène dont le principal intérêt est de faire disparaître les émissions de gaz à effet de serre. Le constructeur, malgré un environnement économique défavorable, a choisi de poursuivre ses recherches et d’augmenter de 3,6 % ses dépenses en R&D pour l’année 2003-2004. Toyota, de son côté, continue sur sa lancée et consacrera quelque 690 milliards de yens [5 milliards d’euros] à la recherche pendant la même période. Honda a également fait de la lutte contre la pollution une priorité et multiplie les investissements pour obtenir les meilleurs résultats. Si les constructeurs japonais maintiennent leur avance dans ce domaine, cela signifie que l’ensemble de l’industrie du pays en bénéficiera, explique-t-on parmi les économistes. Il va sans dire que cela ne suffira sans doute pas à sauver l’économie nippone de la crise, mais l’industrie automobile donne le la aux autres secteurs afin qu’ils se tournent vers l’avenir au lieu de chercher dans les succès passés les solutions pour s’en sortir. Si la préservation de l’environnement est une priorité pour beaucoup, la sécurité en est une autre qui exige également de nombreuses recherches. Là encore, les constructeurs japonais travaillent sur de nouvelles technologies. Celles-ci assureront un réel avenir au Japon. Voilà qui devrait mettre du baume au cœur des Japonais qui, depuis quelques temps, avaient la mauvaise habitude de broyer du noir. Certes les ennuis ne sont pas terminés, mais le potentiel est là. Il ne reste plus qu’à bien l’utiliser. C’est peut-être ce qu’il y a de plus difficile à faire.
Claude Leblanc