DEUX ASPECTS DU CINEMA JAPONAIS ACTUEL

DARK WATER, de NAKATA Hideo, et UNE ADOLESCENTE, de OKUDA Eiji

Les hasards de la distribution, comme on dit, nous proposent deux nouvelles sorties de films japonais: DARK WATER (Honogurai mizu no soko kara) (1), de Nakata Hideo, l’auteur des RING, et UNE ADOLESCENTE (Shôjo), de l’acteur-réalisateur Okuda Eiji. Deux films aux antipodes l’un de l’autre, qui témoignent de la nouvelle diversité du cinéma japonais actuel.
DARK WATER, de nouveau inspiré d’une nouvelle de Suzuki Kôji, est une variation aquatique sur les thèmes suggérés par la série des RING: une jeune femme divorcée emménage avec sa petite fille dans un appartement d’un vieil immeuble assez glauque (et l’on s’étonne qu’elle ne s’étonne pas de l’absence totale de locataires, hormis le gardien…). Bientôt, elle s’aperçoit qu’une tache d’humidité au plafond s’élargit et laisse passer des infiltrations d’eau de plus en plus inquiétantes. Le temps est d’ailleurs très humide, et la pluie envahit tout. Personne ne vient réparer la fuite, et l’appartement ressemble bientôt à celui de The Hole, le fameux film de Tsai Ming Liang. Par ailleurs, la mère (Kuroki Hitomi) découvre qu’une petite fille de l’âge de la sienne a disparu dans le même immeuble il y a quelques années. Le cauchemar ne fait que commencer…
Nakata Hideo, son opérateur Hayashi Junichiro, et son compositeur Kawai Kenji, ont le don indéniable de créer une atmosphère d’angoisse, en utilisant cette fois l’eau (et ses connotations maternelles) comme catalyseur. Il s’agit, comme RING, d’un fantastique moderne et urbain, inquiétant à souhait, mais l’effet de répétition commence à pointer le bout de son nez, et les ambitions du film sont limitées au seul désir d’horrifier, ce qui n’est déjà pas si mal. En attendant la prochaine variation (et l’inévitable remake américain!), les fans de RING y retrouveront la patte (mouillée) de Nakata, excellent réalisateur et technicien.
De son côté, l’acteur Okuda Eiji, protagoniste de plusieurs films de Kumai Kei, Kumashiro Tatsumi, ou Mochizuki Rokuro, entre autres, est passé derrière la caméra avec UNE ADOLES-CENTE, exercice en érotisme contemporain, qui lui a valu le Grand Prix du Festival de Paris en 2002, ainsi que le prix d’interprétation féminine pour la très jeune (et ravissante) Ozawa Mayu. Transformé en “policier des chiens” dans une petite ville japonaise où l’on s’ennuie, Okuda, la cinquantaine bien portée, est abordé par une très jeune nymphette, qui lui propose des relations sexuelles pour de l’argent. Bien entendu, le flic canin, qui est d’abord un homme, va être “mordu” par la jeune fille, au point de créer un scandale, sur fond de tatouages complémentaires d’oiseaux. Okuda, adaptant une nouvelle de Renjô Mikihiko, se lance dans la peinture d’une passion érotique bousculant les mœurs et toute une famille, où il révèle les obsessions plus ou moins cachées des Japonais et des nymphettes “kawai”. Une histoire étonnante, qui pèche cependant par le défaut récurrent des films japonais actuels, la longueur (2h12). Trop de scènes allongées (le frère taré) ou inutiles au récit, comme cette rencontre bizarre avec un fan de Jimmy Hendrix, par exemple. Mais l’originalité de l’histoire, et la fraîcheur de l’interprétation de Ozawa Mayu face au séduisant Tomokawa, finissent par emporter l’adhésion. Meilleur, en tout cas, que bien des nouveaux films japonais surestimés distribués en France.
Et, le tsunami permanent aidant, rendez-vous au prochain numéro pour les sorties de LA FORET SANS NOM, de Aoyama Shinji (19 mars), et du remarquable FEMMES EN MIROIR, du vétéran Yoshida Kiju (26 mars).
Sore ja, mata,
Max Tessier


Une adolescente
Dark Water(1) Une fois de plus, le distributeur ne daigne pas donner le titre original, qu’il faut aller glaner aux sources japonaises, et sort le film sous son titre anglais: il n’y a donc pas de traduction française à Dark Water?…Sorties:
DARK WATER
(Honogurai mizu no soko kara), de Nakata Hideo (2002).1h37. Avec Kuroki Hitomi (la mère), Kanno Rio (Ikuko, la fille).UNE ADOLESCENTE
(Shôjo), de Okuda Eiji, (2001), 2h12. Avec Okuda Eiji (Tomokawa, le flic), Ozawa Mayu (Yoko), Shoji Akira (le frère de Yoko), Natsuki Mari (la mère), Murota Hideo (le grand-père).
Sortie en France: 19 mars 2003.