SUR LES CONFLITS


De passage à Paris le 13 janvier dernier, lors d’entretiens avec son homologue français Dominique de Villepin et le président de la République, le ministre des Affaires étrangères japonais KAWAGUCHI Yoriko a fait le point sur la position du Japon au sujet de la question irakienne ainsi que sur l’évolution de ses relations avec son proche voisin, la Corée du Nord. Le conflit avec l’Irak est à éviter, il s’agirait d’un ultime recours selon la position japonaise. Pour l’instant, l’aide est de nature logistique et politique (un destroyer hyper-sophistiqué croise dans l’océan indien). Si la guerre avait lieu, le Japon aurait certainement un rôle d’allié dans l’après conflit en déployant un support économique et humanitaire. Dans le contexte de la lutte antiterroriste, le Japon peut faire appel à ses forces armées, cependant le conflit avec l’Irak ne cadrant pas avec cette loi, le vote d’une nouvelle loi par la Diète serait alors obligatoire pour permettre au Japon d’agir. Parallèlement à cette situation, l’attitude de la Corée du Nord vient rappeler au Japon que la menace n’est pas une question de distance: en effet, le voisin coréen a émis le désir de reprendre les essais des missiles balistiques après avoir quitté le TNP (Traité de Non Prolifération nucléaire). Une réaction «ferme» et «rapide» s’impose devant ce «défi d’une extrême gravité» selon les mots de Jacques Chirac et sur ce point, Français et Japonais sont à l’unisson même si Washington, l’ONU et l’AIEA (agence internationale de l’énergie atomique) sont les seuls interlocuteurs de Pyongyang. KAWAGUCHI Yoriko, quant à elle, tempère un peu la situation déclarant que la menace coréenne au sujet des essais n’étant pas venue du gouvernement, elle s’en tient à la déclaration coréenne du respect du moratoire de 1998, qui a été signée le 17 septembre dernier entre le Japon et la Corée du Nord. Son souhait est que la communauté internationale puisse convaincre le gouvernement nord coréen d’arrêter son programme nucléaire, de revenir sur sa décision de se retirer du TNP et de respecter les règles du jeu international. Chine et Russie seraient de cet avis, les armes nucléaires sont à bannir dans la péninsule. En attendant que Pyongyang réagisse, Tokyo ne compte pas faire un pas de plus, ceux fait lors de la visite historique du premier ministre KOIZUMI Junichiro en septembre dernier ne s’étant soldés que par peu d’échos encourageants.

Alain Barluet, «Convergences de vues franco-nipponnes», Le Figaro, 14/01/03.
Erich Inciyan, «La question nord-coréenne doit être traitée avec prudence et calme», Le Monde , 15/01/03.
VERS LE BILAN FISCAL 2002
Après 1984, c’est la deuxième pire année depuis la seconde guerre mondiale en terme de faillites enregistrées au Japon. La différence principale est qu’en 2002 la moitié d’entre elles étaient cotées en bourse. De leur côté les banques font leur possible pour éviter que l’Etat prenne leur contrôle. Ainsi Mizuho (issue de la fusion de Dai-Ichi Kangyo, Fuji, IBJ au début 2002) qui est la première banque du Japon par ses actifs, anticipant ses pertes boursières, cherche à augmenter son capital d’environ 8 milliards d’euros et pour ce faire va émettre des actions préférentielles; actionnaires et clients, japonais et étrangers : tous les investisseurs sont sollicités. Sumitomo Mitsui Financial et UFJ Holdings font la même démarche en s’alliant avec des groupes américains respectivement Goldman Sachs et Merrill Lynch. En échange des ces actions au dividende fixé à 4,5% annuel, les Américains conseillent leurs homologues en stratégie financière. La faiblesse du dollar aidant, les banques d’affaire de ces groupes américains sont à l’affût afin de mettre la main sur tout ce que la crise nipponne offre à bas prix : le domaine immobilier, les secteurs financier et industriel. Lone Star s’offre la chaîne de golf Chisan et Ripplewood Holdings acquiert un groupe de parc de loisir. Dans ce contexte d’incertitudes, un conseil d’experts a repoussé le 20 janvier dernier les prévisions de croissance du pays de deux ans : les 1,5% de croissance attendus pour 2004-2005 ne sont pas à espérer avant 2006-2007. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, l’agence Fitch a déclassé le Japon dans sa notation aux vues de sa situation financière. Le ministre des finances, SHIOKAWA Masajuro souhaite toujours relancer les dépenses publiques, ce qui pose le problème de l’inflation et ainsi le rôle de la Banque centrale du Japon (BoJ). Son gouverneur dont le mandat expire en mars, ne veut pas modifier sa politique monétaire malgré les souhaits des ministres de l’économie et des finances. Créer de l’inflation n’est pas la solution aux yeux du gouverneur HAYAMI, le gouvernement cherche pour sa succession un homme qui irait dans son sens, celui de l’interventionnisme.

Brice Pedroletti, «Les Américains s’intéressent aux créances japonaises», Le Monde, 21/01/03.
Arnaud Rodier, «Les faillites au plus haut au Japon»,
Le Figaro économie, 21/01/03.
Brice Pedroletti, «Mizuho fait le pari d’une augmentation de capital géante», Le Monde, 24/01/03.
Brice Pedroletti, «Le gouvernement japonais s’oppose à la banque centrale», Le Monde, 28/01/03.
Arnaud Rodier, «Fitch dégrade les banques nipponnes», Le Figaro économie, 31/01/03.
Jennifer Pocart