Art: A la decouverte de OKAMOTO Taro

Depuis mon arrivée à l’université de Senshû, je me demande bien ce qui peut se cacher derrière la colline. À bout de curiosité, je grimpe au sommet de la tour principale et découvre alors une sorte de sculpture géante, tentaculaire, avec des silhouettes accrochées qui tournoient autour d’un tronc immense. Je crois rêver. Pour en avoir le cœur net, je fais le tour du quartier… et échoue au musée de Okamoto Taro. Devant la violence des couleurs imprégnant la toile, la modernité des courbes et la volonté affichée de déranger, je sens confusément l’influence d’un Picasso, d’un Dali ou d’un Max Ernst. Quant aux calligraphies, elles reflètent une vision tellement personnelle des mots, que je me demande s’il ne s’agit pas de l’invention d’un nouveau langage. Intriguée, je dévalise la librairie.
Je découvre alors que, né en 1911 dans une famille d’artistes, Okamoto Taro a participé dès l’âge de vingt ans – lors d’un long séjour en Europe – au mouvement “Abstraction Création” puis à la révolution surréaliste. En 1936, influencé par le néo-concrétisme, il peint “le bras blessé”, qui lui vaut une reconnaissance internationale. Après la guerre, de retour dans l’Archipel, il publie de nombreux livres exprimant sa vision très personnelle (et controversée) de l’art, tout en continuant à créer des œuvres percutantes, telles que la Tour du Soleil à Osaka.
Sa philosophie, qui a inspiré maintes générations d’artistes japonais, me frappe alors sous trois angles: le refus catégorique d’une beauté universelle, le goût du risque et l’obsession de la dualité. Taro a puisé dans le surréalisme la volonté de ne pas procurer un simple plaisir esthétique mais de provoquer un choc, un inconfort moral dévoilant les mécanismes de l’inconscient. Dans cette perspective, la beauté ne peut être que synonyme d’enfermement. Farouchement opposé à la tendance japonaise qui consiste à rechercher (selon lui) le compromis, le confort et la sécurité, il affirme que l’on ne peut grandir sans prendre de risques, sans connaître une sorte de mort symbolique. Son obstination à ne pas vendre ses œuvres illustre bien ce désir d’indépendance à l’égard du jugement d’autrui. Enfin, il souligne que, de l’opposition des contraires, de l’exacerbation des contradictions jaillit une étincelle, une intuition, d’où l’expression “L’art est explosion”.
Forte de mes connaissances, je passe alors à l’enquête. “Connaissez-vous Okamoto Taro?” constitue ma première question. Si en France je fais face à un blanc déroutant, dans l’Archipel, les passants débordent d’inspiration : “il est de Kawasaki”, “il a créé la Tour du Soleil”, “c’est un philosophe”, “il ressemble à une tortue” … De quoi me convaincre que Okamoto Taro a su toucher ses contemporains tant par ses œuvres que par sa forte personnalité, et introduire un petit bout d’art dans leur vie quotidienne.
Cléa PATIN*

*Cléa PATIN, 24 ans, a découvert le Japon au moment de l’exposition Osaka 90 sur le thème de la fleur. Diplômée en sciences politiques, elle a par deux fois eu l’occasion d’étudier dans l’Archipel, d’abord à l’université de Waseda puis à l’université de Senshu.


La tour du soleil (taiyô no tô)

Livres:
Taro Okamoto, le baladin des antipodes de Taro Okamoto, Patrick Waldberg (1992). Éditions de la Différence (Collection L’Apparence) 


 

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