PARDON DE TOUT COEUR

Début octobre, le Premier ministre japonais, KOIZUMI Junichiro s’est rendu à Pékin afin de présenter des excuses au nom du peuple japonais aux dirigeants chinois. L’endroit choisi était très lourd en symboles, il s’agit du pont Marco-Polo, près de Pékin où ont commencé les violentes offensives contre la Chine en 1937. “Nous ne devons plus jamais nous faire la guerre” a-t-il déclaré. “Excuses sincères” pour les 20 millions de victimes de guerre chinoises entre 1931 et 1945. Au mois d’août M. KOIZUMI n’avait toutefois pas oublié de rendre hommage aux victimes japonaises au sanctuaire Yasukuni à Tokyo, parmi lesquelles des criminels de guerre… Les Chinois avaient alors moyennement apprécié. Les Coréens qui ont également reçu les excuses du peuple japonais une semaine plus tard, ne se veulent pas dupes. “Le Japon ne doit pas seulement s’excuser, il doit solder les comptes de son histoire” commente MATSUI Yayuri, journaliste, relayant le sentiment coréen, “la réhabiliter dans les livres scolaires, ouvrir les yeux sur les femmes du réconfort et les travailleurs forçés”. Les Japonais eux-mêmes ne souhaitent pas que l’empereur Akihito se rende à Séoul pour le match d’ouverture du Mondial en juin 2002 par crainte d’ “une agression déshonorante”. Sur cette toile de fond du passé, se joue le présent et l’avenir. Le présent, au moment du repentir du Premier ministre, c’est le début des frappes américaines sur l’Afghanistan et le Japon qui souhaite obtenir une révision constitutionnelle pour participer aux opérations. La Chine de son côté redoute tout mouvement de militarisme du Japon. La visite de M. KOIZUMI en Chine avait alors pour but de rassurer sur les intentions japonaises. Bien que les deux empires se retrouvent alliés des Etats-Unis dans la géopolitique actuelle, Pékin surveille les initiatives japonaises, soupconnées de nourrir des “arrière-pensées”. La dernière initiative nippone s’est concrétisée le 18 octobre : le Japon vote la loi qui modifie le traité de San Franscico de 1951 et qui l’autorise dans certaines mesures (défense et support logistique), à être militairement présent sur le plan international.


(AFP), “Koizumi présente les excuses du Japon aux Chinois”, Le Figaro, 09/10/01.
P.H., “Les excuses sincères” de Tokyo à Pékin, Libération, 09/10/01.
(AFP), “La repentance du Japon”, Le point, 12/10/01.
Richard Werly, “Opération séduction en Asie du Premier ministre nippon”, Libération, 18/10/01.
Philippe Pons, “Le Japon est prêt à s’engager militairement”, Le Monde, 25/10/01.
NISSAN 15, RENAULT 44

Les participations croisées entre les deux constructeurs automobiles se feront plus vite que prévues. Au départ en 1999 quand Renault est venu à la rescousse de Nissan au bord de la faillite, la société était entrée à 36,8% dans le capital de la firme japonaise. En deux ans, Nissan a redressé la barre “80% de la tâche effectuée en 50% du temps” clame Carlos Ghosn, numéro 2 de Renault et président de Nissan. Grâce à ces excellents résultats (2,13 milliards d’euros de bénéfice net réalisés au premier semestre de l’exercice 2001-2002), l’alliance entre les deux groupes va s’accélérer: mi-2002, Nissan entrera à hauteur de 15% dans le capital français et Renault aura à terme en 2004, 44,4% de participation dans le groupe japonais (avec des actions au prix préférentiel de 400 yens -3,63 Euros- au lieu de 600). Le groupe japonais se servira des 2 milliards d’euros que Renault va lui donner en échange d’une montée de 36,8% à 44,4% dans son capital. “La mainmise des Français sur l’ensemble du groupe est totale” pense Bercy. Du côté japonais, après avoir vécu la prise du contrôle français comme une profonde humiliation, cet engagement permet de retrouver une certaine fierté, même s’ils sont conscients que cette participation symbolique ne dépassera probablement jamais les 15%. Nissan deviendra néanmoins le deuxième actionnaire de Renault après l’Etat (de 44,2%, la participation nationale passera à 37,6% de façon mécanique à cause de l’augmentation de capital de Nissan, et sera réduite à 25%, à terme).
Une société commune (Renault-Nissan BV), de droit néerlandais, détenue à parité par les deux groupes gèrera leurs intérêts. “Cette structure détiendra une option pour des actions préférentielles et une option de contrôle, dans le cas où un tiers tenterait une prise de participation hostile dans Renault ou Nissan” explique Louis Schweitzer, futur président de RNBV et numéro un de Renault. Ghosn, quant à lui, assurera la vice-présidence. Les événements s’accélèrent et les situations peuvent se retourner facilement: dans l’histoire Renault-Nissan, l’ironie réside dans le fait que Nissan, même encore en période de redressement, est devenue quatre fois plus rentable que Renault, qui subit actuellement un véritable “trou d’air”: l’action a perdu 40% de sa valeur depuis l’an dernier. Ce que fait Carlos Ghosn pour Nissan, il ne peut le faire pour Renault et en France, on regrette âprement son management.


Richard Werly, “Nissan et Renault renforcent leur alliance”, Libération, 19/10/01.
Philippe Pons, “Comment, en deux ans, Renault a redressé Nissan”, Le Monde, 27/10/01.
Grégoire Biseau, “Renault-Nissan, une famille à recomposer”, Libération, 30/10/01.
Grégoire Biseau, “Echange d’alliances entre Renault et Nissan”, Libération, 31/10/01.
Jennifer Pocart