L’Eclipse de HIRANO Keiichiro


Encore peu connu en France, HIRANO Keiichirô est un jeune auteur japonais qui aura 26 ans cette année. Écrivain d’un grand talent, passionné par le Moyen-Âge et la Grèce ancienne, par la théologie et l’histoire des idées, il est souvent qualifié de « jeune prodige » par les critiques de son pays, qui n’hésitent pas à le rapprocher de MISHIMA Yukio. L’Éclipse, son premier roman – qui l’a révélé – a été couronné de succès au Japon et a remporté le prix Akutagawa en 1999.
Le lecteur sera sans doute surpris en constatant que les événements qui forment le nœud de cet ouvrage se déroulent dans le sud de la France, et qui plus est au XVè siècle. L’auteur nous mène sur les pas d’un jeune frère de l’ordre des Dominicains (le narrateur) nommé Nicolas, qui décide de partir à la recherche de l’original d’un manuscrit fort rare à l’époque, le Corpus hermeticum de Marsile Ficin… Quittant Paris, il se dirige seul vers les Alpes afin de rallier Florence, ville où fut publié le manuscrit. Faisant étape à Lyon, il a le privilège de pouvoir rencontrer l’évêque de la ville. Si celui-ci l’encourage aimablement à mener à bien son voyage, il lui propose aussi de parfaire sa formation en s’arrêtant en cours de chemin dans un village isolé pour y rencontrer un personnage “fantasque”, un alchimiste. Curieux de tout et voulant approfondir ses recherches en métaphysique, Nicolas décide de se conformer à sa suggestion. Son séjour dans ce village le pousse, au contact des habitants et de leurs mœurs, à s’interroger concrètement sur les questions insolubles qui agitent son esprit : Dieu et le Malin, la foi et l’hérésie. Tandis qu’il s’attarde céans, il parvient à rencontrer l’alchimiste, Pierre Dufay, un homme érudit, mais impénétrable et d’une rigueur extrême, un homme qui dissimule aussi un terrible secret au fin fond d’une grotte.

C’est alors qu’une série de calamités s’abattent sur le village et le précipitent dans un chaos total. Le Malin roderait-il près de la communauté ?
Voila comment cet admirable roman, écrit dans une langue rare et archaïque, nous plonge dans les débats théologiques de son époque. L’érudition de l’auteur, qui a effectué plus de deux années de recherches pour écrire L’Éclipse, marquera l’admiration. Il conviendra aussi de féliciter Jean Campignon pour son excellent travail de traduction !

Clément Bonnier