HAKUCHI, de Tezuka Makoto: une drôle d’idiote!

En mars 2000 était présenté au festival du film asiatique de Deauville un ovni (mais si) du cinéma japonais, ce Hakuchi (ou L’Idiote), de Tezuka Makoto (curieusement internationalisé en “Macoto Tezka”!), qui n’est autre que le fils du très célèbre pionnier du cinéma d’animation japonais, Tezuka Osamu. Selon ses dires, Makoto rêvait depuis très longtemps d’adapter la nouvelle de Sakaguchi Ango, après avoir réalisé toutes sortes de courts métrages expérimentaux assez esthétisants (Moment, Prélude, Numanite, Narakue, etc), et un documentaire sur le tournage de Rhapsodie en août, de Kurosawa Akira, The secret of Kurosawa’s filmmaking (1991).
Makoto, qui a aujourd’hui quarante ans, ne manque pas d’ambitions, tant s’en faut, et se signale par ses recherches visuelles, parfois étonnantes, parfois répétitives et un peu vaines. Hakuchi (à ne pas confondre avec le chef d’oeuvre de Kurosawa d’après Dostoievski, tourné en 1951) est un mélange insolite du meilleur et du pire, entre fantastique visionnaire et exercice kitsch de haut vol. Tout y est soumis à une vision esthétique dictatoriale, qui perd souvent son sujet dans des méandres et des maelstroms d’effets visuels à donner le vertige, comme le show de Ginga, profusion ahurissante d’effets spéciaux numériques qui laisse baba.
Hakuchi est une fable de science-fiction qui oppose deux Japon, dans un pays où la guerre ne serait jamais finie. D’un côté, Media Station, chaîne médiatique auprès de laquelle celles de Berlusconi ressemblent à l’ex-ORTF, et où règne la reine de la vulgarité tape à l’oeil, Ginga (Hashimoto Reika), au milieu d’une cour échappée d’un rêve de mégalomane jamais rassasié. De l’autre, des taudis (un peu trop jolis) où vivent des prostituées, des hors-la-loi, mais d’où se détache le couple Kogarashi (Kusakari Masao) et sa femme Sayo (Koda Miyako), l’idiote en question. Et, au cœur de la Media Station, un jeune assistant, Isawa (Asano Tadanobu) s’oppose à la dictature perverse de Ginga, qui cherche par tous les moyens avouables ou non à le dominer. Il tombera évidemment amoureux de l’anti-Ginga, Sayo, symbole de la pureté et de l’innocence, façon Dostoievski, et la sauvera d’une attaque dévastatrice d’un ennemi pas très défini. Toute cette histoire naïve et très manichéenne n’est “sauvée” que par la virtuosité un peu gratuite, mais parfois assez époustouflante de la mise en scène affolée de Tezuka, qui conjuguerait le clip le plus fou avec des citations de Kubrick ou de Ridley Scott. Le problème est, une fois de plus, que le film, basé sur une courte nouvelle de Sakaguchi, déroule ses fastes baroques sur 2h30, et qu’il aurait pu être grandement amélioré par au moins 20 minutes de coupes, ce que semble avoir refusé le réalisateur. Donc, à voir si vous êtes en manque d’émotions fortes et de trip hallucinogène.
Si cela ne vous tente pas, vous pouvez toujours aller voir la troisième mouture de Pokemon (de Yuyama Kunihiko), qui sort le même jour, et surtout, si ce n’est déjà fait, le Kairo de Kurosawa Kiyoshi, où les fantômes d’un purgatoire surpeuplé se répandent chez les vivants à travers le Net, déclenchant des catastrophes épouvantables. A moins que vous ne préfériez affronter le nec plus ultra hollywoodien de l’attaque de Pearl Harbor vu par Michael Bay (sorti le 6 juin). Il parait que les Japonais ont droit à une version légèrement remaniée, pour ne pas choquer le public local. Les Américains auraient-ils gagné la bataille de Pearl Harbor (déjà filmée dans le Tora, Tora, Tora, de Richard Fleischer en 1967, rappelons-le au passage)? Tout est possible au cinéma!
Quant à ceux qui seront au Japon cet été, ils auront la chance de voir le nouveau film “animé” de Miyazaki Hayao, Sen to Chihiro no kamikakushi (en anglais: “Spirited away”), l’histoire d’une petite fille de dix ans, qui évolue dans un autre monde, où des dieux et des esprits se réunissent pour se reposer! Gageons que cela sera le plus gros box office de l’année au Japon, en attendant sa venue en France, pas avant plusieurs mois.
Sore ja mata,
Max Tessier

Sorties:

Hakuchi (L’innocente), de Tezuka Makoto (1999), avec Asano Tadanobu, Koda Miyako, Hashimoto Reika. 2h30. Sortie le 13 juin 2001.

Pokemon 3, de Yuyama Kunihiko (animation). Sortie de 13 juin.

Kairo, de Kurosawa Kiyoshi (Sorti le 23 mai, après sa présentation à Cannes).

 

 


 

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