MORI PASSE LA MAIN


Après une longue agonie politique, pour reprendre l’expression de Richard Werly dans Libération, le premier ministre MORI Yoshiro a démissionné de ses fonctions vendredi 6 avril afin que puisse se «rétablir la confiance publique dans la politique». Le nouveau cabinet sera dirigé par KOIZUMI Junichiro, 59 ans, ancien ministre de la Santé (1988 et 1996) et des Postes (1992). Une fois n’est pas coutume, le nouveau premier ministre n’a pas été désigné par ses pairs à l’issue de tractations secrètes entre clans rivaux. Député atypique et réputé réformiste, Mr Koizumi a été élu par la base du PLD à l’occasion d’élections primaires internes sur un programme : «Transformons le Parti libéral-démocrate pour transformer le Japon». Sa popularité lui permettra-t-elle de passer à l’acte? Et surtout «lui donnera-t-elle les moyens de s’attaquer à une crise économique qui entre dans sa onzième année, et devant laquelle le PLD a eu jusqu’ici comme premier souci de protéger ses clientèles, quitte à accumuler une dette publique qui dépasse aujoud’hui 130% du PIB?», comme s’interroge Jean-Marie Bouissou dans Libération. Là est bien sûr toute la question, la gageure même puisque Mr Koizumi n’a que 3 mois devant lui pour incarner ce changement et s’attaquer à redresser les finances de l’Etat. Une défaite du PLD aux prochaines élections sénatoriales sonneraient en effet sans doute le glas de son gouvernement.

Richard Werly, “Au Japon, la sortie sans gloire de Mori”, Libération, 08/04/01.
Bruno Birolli, “Mori, le Premier ministre limogé sans regret”, Le Nouvel Observateur, 12-18/04/01.
Yves Bougon, “Le triomphe de Junichiro Koizumi”, Le Figaro, 25/04/01.
Richard Werly, “Koizumi, un réformiste à la tête du Japon”, Libération, 25/04/01.
Erich Inciyan, “Le futur premier ministre japonais veut incarner le «changement»”, Le Monde, 25/04/01.
Jean-Marie Bouissou, “Quelle thérapie pour le Japon?”, Libération, 26/04/01.
LE REVISIONNISME GAGNE DU TERRAIN
A chaque sortie de nouveaux manuels scolaires le scénario se reproduit inlassablement : des éditeurs révisionnistes tentent de faire passer leur version de l’histoire de la seconde guerre mondiale aux élèves nippons, les pays voisins (Corée du Sud et du Nord, Chine et Taïwan) et quelques intellectuels progressistes japonais s’insurgent, les manuels sont amendés, mais véhiculent cependant une version pour le moins édulcorée de l’attitude du Japon pendant la guerre. L’un des manuels incriminés cette année qualifie ainsi la prise sanglante de Nankin d’«incident» et souligne par contre à l’envi la «vaillance» des soldats japonais. «Chaque nation a le droit d’interpréter l’histoire de sa propre manière et de la transmettre comme elle l’entend à ses enfants», proclame l’un de ces auteurs. Nombreux également sont les manuels qui ne mentionnent pas le sort des dizaines de milliers de «femmes de réconfort». Cette année l’affaire intervient d’ailleurs en même temps que l’annonce du rejet en appel de la condamnation du Japon, prononcée en 1998, qui avait accordée une indemnisation à une dizaine d’esclaves sexuelles pour l’armée japonaise pendant la guerre. Elle intervient d’autre part alors qu’une bande dessinée révisionniste, «Senso-ron» de KOBAYASHI Yoshinori, fait un tabac. Certes la publication d’un tel ouvrage n’a rien de nouveau au Japon, mais son véritable succès populaire est plus inquiétant. L’influence d’un lobby d’enseignants et d’écrivains nationalistes gagne en effet du terrain depuis quelques années, et les thèses révisionnistes touchent un auditoire de plus en plus large. Sans doute est-ce parce que «les Japonais continuent de se considérer globalement comme des victimes de la guerre», pour reprendre les termes de Laurence Caillet, interviewée par Le Figaro.

Richard Werly, “Manuels d’histoire révisionnistes au Japon”, Libération, 06/04/01.
Richard Werly, “Bulles révisionnistes au Japon”, Libération, 14-15/04/01.
Brice Pedroletti, “Un manuel d’histoire «nationaliste» divise les intellectuels au Japon”, Le Monde, 17/04/01.
Michaël Prazan, “Le révisionnisme nippon réaménage l’histoire”, Le Figaro, 24/04/01.
“Un peuple qui se croit victime”, Le Figaro, 24/04/01.
«HEUREUSE NOUVELLE»?
A condition de faire attention à bien mettre des guillemets partout, on peut annoncer la bonne nouvelle : Masako, l’épouse du prince héritier Naruhito, «serait peut-être enceinte». L’Agence de la Maison Impériale rappelle en effet que la fièvre médiatique provoquée par l’annonce, il y a deux ans, de cette même nouvelle, avait beaucoup stressé la princesse, et avait peut-être eu une part de responsabilité dans sa fausse couche quelques semaines plus tard. La pression doit être bel et bien colossale car le couple est marié depuis près de 8 ans, qu’aucun enfant de sang impérial n’est né depuis 1965, que si l’enfant était un garçon il serait deuxième dans la lignée de succession après son père (qui est le fils ainé de l’empereur Akihito), que les Japonais attendent désespérément une occasion de se réjouir, et que leur joie pourrait se transformer en un retour à la consommation…

Clotilde Leroy

“Masako, la princesse japonaise «peut-être enceinte»”, Libération, 17/04/01.
Erich Inciyan, “La grossesse de la princesse Masako réjouit le peuple nippon”, Le Monde, 24/04/01.