REVOLUTION OU INTOXICATION?

Comme l’écrit Richard Werly pour Libération “Le vrai pouvoir au Japon n’émane ni du Parlement ni du Premier ministre et encore moins du palais impérial. Les vraies décisions, ce sont les bureaucrates qui les prennent”. Autant dire que la réforme administrative qui vient d’être lancée par le gouvernement Mori devrait faire grincer bien des dents, puisque son objectif est précisément de rétablir l’ascendant des hommes politiques sur les bureaucrates. Au programme de cette réforme ambitieuse : la suppression de 100 000 postes de fonctionnaires sur 540 000 dans les 10 prochaines années, la réduction du nombre de ministères de 23 à 13 (c’est chose faite depuis le 8 janvier), la revalorisation du rôle des élus locaux et nationaux… Tout ceci devrait non seule-ment permettre de redonner l’initiative aux hommes politiques, mais aussi de restituer son rôle d’arbitre à l’administration, ce qui devrait par la même occasion aider à la mise en application des réformes économiques. Bref, une véritable révolution… en théorie. Certains esprits dubitatifs pensent en effet que les problèmes viennent essentiellement du système politique et que tant que le Premier ministre ne sera pas élu directement par les électeurs, rien ne changera aux cuisines habituelles. La démission le 23 janvier dernier du ministre de l’économie, NUKAGA Fukushiro, impliqué dans une affaire de corruption, tendrait à leur donner raison. A suivre…

Philippe Pons, “Le Japon réforme son administration et réduit son gouvernement”, Le Monde, 08/01/01.
Richard Werly, “Japon : feu sur la toute-puis-sante bureaucratie”, Libération, 06-07/01/01.
“Le ministre japonais de l’économie a démissionné”, Le Monde, 24/01/01.

LUNE DE MIEL

La première Yaris “made in France” est sortie comme prévu de l’usine Toyota de Valenciennes mercredi 31 janvier. Cette sortie a été fêtée “en famille” entre le personnel de l’usine et OKUDA Hiroshi, le président du constructeur japonais venu tout exprès du Japon. Apparemment en effet se joue une véritable lune de miel entre les ouvriers français qui se disent “heureux”, et la direction japonaise qui parle à l’envi de “confiance mutuelle”. Et il en va de même entre la population de Valenciennes, son maire et les Japonais fraîchement débarqués dans la région. Toyota a en effet embauché 1030 personnes (à présent “team members”), parmi lesquels 93% viennent de la région, et s’apprête à en embaucher 400 autres d’ici mai 2001, plus encore 500 avant 2003. Dans une région aussi touchée par la crise économique, ce n’est pas négligeable. Certains pensent cependant que cet enthousiasme n’est dû qu’à la jeunesse du projet, et que “quand la cadence sera vraiment lancée, et qu’on se lèvera tous à 5h30 du matin, on verra à ce moment-là si on est toujours content d’aller bosser chez Toyota”. A suivre…

Florentin Collomp, “Le “toyotisme” en version française”, Le Journal du Dimanche, 07/01/01.
Pierre Avril, “L’implacable mécanique de Toyota”, Le Figaro, 25/01/01.
Cédric Mathiot, “Onnaing, cheval de Troie de Toyota”, Libération, 01/02/01.
Alix de Vogüe, “ Toyota vise 5% du marché européen”, Le Figaro, 01/02/01.
S. Lauer et J-P. Dufour, “Toyota annonce un nouvel investissement dans l’usine de Valenciennes”, Le Monde, 01/02/01.
L’I-MODE ARRIVE

Le portable multimédia à la mode japonaise, ou i-mode, devrait arriver en Europe cet automne grâce à une alliance entre NTT DoCoMo, la firme japonaise qui l’a développé, et deux firmes européennes. Le i-mode permet notamment de consulter ses e-mails, de surfer sur des pages web aménagées, telles que celles de l’Asahi Shimbun, ou tout simplement de jouer à des quizz pour passer le temps. Comme en plus c’est relativement bon marché (un utilisateur dépense en moyenne 200F par mois pour l’accés aux services interactifs), il n’est pas étonnant qu’il fasse un tabac au Japon, avec 20 millions d’abonnés depuis son lancement en février 1999. Dès le mois de mai prochain, les futurs téléphones portables, de troisième génération (ou 3D), devraient de plus permettre de programmer certains équipements électroménagers à distance, télécharger de la musique, recevoir des images vidéo à haut débit ou vérifier ses comptes à une vitesse 60 fois supérieur à celle des i-mode. Pour l’instant, comme le déclare un chercheur de NTT DoCoMo, “Au Japon, la conversation téléphonique n’est plus qu’un aspect parmi d’autres de l’utilisation du terminal. C’est le seul pays dans ce cas”. Apparemment, plus pour longtemps…

Clotilde Leroy

“NTT DoCoMo fait équipe avec KPN Mobile et TIM”, Le Figaro, 19/01/01.
Richard Werly, “Japon : le mobile à l’i-mode de chez eux”, Libération, 23/01/01.
Richard Werly, “Les Japonais parés pour le succés”, Libération, 31/01/01.