A la force du poignet

Les beaux jours reviennent. On redresse enfin la tête pour dégager son cou jusqu’alors soigneusement emmitouflé, et, un coup d’il en l’air, on redécouvre ces innombrables futons exposés aux balcons et fenêtres de la ville. Parfois épargnés pendant l’hiver, les voilà à nouveau astreints au bain de soleil forcé. On les aurait presque oubliés, même s’il est vrai qu’il n’y a pas vraiment de saison pour aérer son futon.
Mais heureusement, la manie de leur taper dessus a la vie dure partout au Japon. Il suffit de tendre l’oreille pour savoir qu’ils sont là. Persuadées que les fouetter permet d’en faire fuir les éventuels tiques et autres vilaines bestioles, encore de nombreuses mères de famille s’en donnent à cur joie. Sur les coups de 2 ou 3 heures, après que le soleil ait bien tapé, au tour des ménagères: pan pan!
Et si cette onomatopée se limite à deux syllabes, la série de coups, quant à elle, peut parfois s’éterniser de longues minutes, sans relâche et toujours en force. Tout est dans le poignet. Le pire, c’est qu’il paraît que ça ne sert à rien, sinon à détériorer un peu plus l’état du futon.
C’est du moins ce qu’ont avancé certains spécialistes, affirmant que si petites bêtes il pouvait effectivement y avoir, celles-ci ne s’aventuraient pas en surface au moment de l’assaut et restaient cachées dans les chaudes profondeurs textiles du futon. Pas si bêtes, en somme.
Quand tous les persécuteurs de futon du Japon seront mis au parfum, on n’aura plus que nos yeux pour jouir d’un décor si pittoresque à défaut d’être esthétique.
Pierre Ferragut