Sous le soleil levant des yakuza

On dirait que plus un seul distributeur indépendant n’est digne de ce nom sans sortir ses films japonais. “Avanti” nous propose ainsi un mini-cycle de quatre films de yakuza, sous le titre global de “Gangsters du Soleil Levant”, dans un registre assez éclectique. Il s’agit cette fois de “vrais” films du genre, et non de parodies comme l’était Postman blues, de Sabu, sorti récemment sur les écrans français.
Ce petit hommage au genre se compose donc de quatre films réalisés par des cinéastes assez différents, dont le dénominateur commun reste le monde des yakuza. D’un côté, un vétéran comme Kudo Eiichi, avec Un yakuza contre la meute (Gunro no keifu, 1997), qui reprend avec un savoir-faire évident les thèmes ultra classiques du gangster solitaire et du justicier qui défend les pauvres contre les “mauvais” yakuza. De l’autre, deux cinéastes plus jeunes, entre petits maîtres du genre et auteurs d’ambition supérieure : Mochizuki Rokuro, avec Onibi, le démon (Onibi, 1997), considéré comme son meilleur film sur ce thème et Aoyama Shinji, avec Deux voyous (Chinpira/ Two punks, 1996), qui tente de renouveler un peu le genre en brossant le portrait de jeunes voyous dans un style néo-branché parfois un peu superficiel. Aoyama s’est fait un nom auprès d’une certaine critique pour ses qualités d’écriture et de “subversion” du yakuza-eiga. Enfin, Minbo, ou l’art subtil de l’extorsion (Minbo no onna, 1992), de Itami Juzo, est le fameux film qui montre l’univers des yakuza sous un jour peu reluisant, ce qui a valu à son auteur une agression sévère pendant le tournage, défrayant la chronique cinématographique et sociale, quelques années avant son suicide. Itami est un des rares à s’être attaqué frontalement au mythe des “yakuza chevaliers”, exploité pendant des années dans le cinéma japonais avec la bénédiction bienveillante des intéressés. La femme qui mène l’enquête et critique les gangsters n’étant évidemment autre que Miyamoto Nobuko, la propre épouse du réalisateur.

Ce programme intéressant, qui rompt avec l’image du cinéma japonais classique que l’on a en France, ne doit pourtant pas faire oublier que des centaines de films de yakuza “authentiques” dorment dans les tiroirs japonais, à commencer par ceux des maîtres du genre que sont Yamashita Kosaku, Gosha Kideo ou Fukasaku Kinji, parmi bien d’autres. Le succès de ce mini-panorama pourrait donc encourager les distri-buteurs passionnés de ce cinéma encore largement ignoré en France.

Max Tessier


Sortie nationale le 30 juin, distribution Avanti
onibi, le démon (onibi) de Mochizuki Rokuro, 1997, 1h41.
un yakuza contre la meute (gunro no keifu) de Kudo Eiichi, 1997, 2h18. deux voyous (chinpira / two punks) de Aoyama Shinji, 1996, 1h41.

minbo ou l’art subtil de l’extorsion (minbo no onna) de Itami Juzo, 1992, 2h03.

Avanti et OVNI proposent des invitations pour découvrir l’un de ces films. Tél.: 01 47 00 11 33