Le “testament du soir” de Shindo Kaneto

Les hasards de la distribution nous offrent l’occasion de voir l’un des derniers films de Shindo Kaneto (86 ans), Le Testament du soir (gogo no yuigonjo) qu’il tourna en 1995. Il est vrai que l’on avait longtemps perdu la trace du fameux auteur de L’Ile nue (1960), qui défraya aussi la chronique avec son percutant Onibaba (1965). Pourtant, Shindo n’a pratiquement jamais cessé de tourner, s’orientant de plus en plus vers la production à petit budget, quasi-familiale, avec sa société, la Kindaï Eiga Kyokai, actuellement dirigée par son fils Jiro.

 Sugimura Haruko dans Le Testament du soir (1995)

Le Testament du soir est un film quasi géronto-phile, axé sur la vieillesse et la mort dans un Japon qui fait plutôt la part belle à sa jeunesse dorée. Malgré une mise en scène qu’on jugera assez plate, Shindo parvient à nous émouvoir grâce à l’interprétation de trois actrices: Otowa Nobuko, bien sûr, sa compagne et épouse qui interpréta presque tous ses films, mais surtout Sugimura Haruko, grande actrice des films d’Ozu ou Naruse, et l’étonnante Asagiri Kyoko. Le film devient d’autant plus émouvant (et morbide) que Otowa Nobuko est morte peu après le tournage du film, et que Sugimura l’a suivie en 1997. A travers la ren-contre de ces trois femmes aux destins diffé-rents, Shindo propose une vision de la mort qui peut aller jusqu’au Shinju (double suicide) inattendu du couple Ushikumi, qui s’abîme dans la mer. La distanciation apparait alors sous la forme d’une journaliste (incarnée par l’excellente Baisho Mitsu-ko, héroine de plusieurs films d’Imamura), qui annonce le suicide du vieux couple aux deux sur-vivantes.
On retrouve dans le Testa-ment du soir les préoccupations “basiques” de Shindo sur la vie, le sexe et la mort, notam-ment lors de la séquence du cérémonial rituel “païen” où un couple se dirige vers l’acte sexuel au son des tambours et des chants. Thèmes que Shindo traitera de nouveau dans son dernier film, Ikitai (Je veux vivre, 1997, avec Mikuni Rentaro), sorte de variation sur la Ballade de Narayama, sur le ton cru qu’il affectionne depuis Onibaba, et qui confine parfois à la vulgarité dans ses plus mauvais films, notam-ment ceux de la période 1970-1980. Une curiosité donc, à voir dans la perspective de l’uvre de l’auteur, l’un des plus prolifiques et inégaux de sa génération, ou à programmer pour un débat sur la vieillesse et la mort au cinéma…
Sore ja mata,

Max Tessier


 

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