HISTOIRE D’UN FACETIEUX PETIT PLIEUR DE PAPIER DE BANLIEUE

C’est un ami, Eric Joisel, qui vient de nous quitter. Une amitié de longue date remontant au début de la création d’Espace Japon lorsque, très informellement mais très régulièrement, Eric était venu nous rejoindre pour organiser en 1987, avec KIMURA Usataro, sa 1ère exposition d’origami “LA MENAGERIE DE PAPIER”. Auparavant, après s’être initié au dessin, à la sculpture et à la poterie, il avait, cinq ans durant, bien que ne lisant pas un seul mot de japonais, déchiffré, dévoré les ouvrages de Maître Yoshizawa Akira.
Dans les années qui suivirent, sa constance n’avait jamais failli: en 1989, ce fut “L’ETANG DE PAPIER”, puis, en 1991, “LA MER DE PAPIER” et plus récemment, en 2009, avec SATO Naomiki, pour nous faire découvrir ses chefs d’œuvre de la série du Seigneur des anneaux. Non seulement ces événements furent l’occasion de nous présenter ses dernières créations mais dans le cadre de chaque exposition, Eric s’était toujours efforcé à initier les visiteurs aux bases du pliage traditionnel en vulgarisant l’origami auprès de plusieurs milliers de Parisiens. Ces expositions étant gratuites, je me souviens qu’en 1989 nous avions disposé à l’entrée une tire-lire pour que chaque visiteur vienne y déposer symboliquement 1 centime de franc afin d’évaluer le nombre de visiteurs. Quelle ne fut pas notre surprise au bout de cinq semaines, d’en compter près de deux mille!
Parti de l’origami traditionnel, Eric, le petit plieur de papier de banlieue, comme il aimait bien se qualifier, est resté en dehors de toutes les chapelles qui hantent le monde origamiste parvenant ainsi à créer de ses dix doigts un monde où il donnait naissance à des personnages totalement originaux: “J’essaie d’apporter un souffle de vie au papier…Comme un bon morceau de jazz, chacune de mes pièces est unique et la plupart sont en 3D. Avec de nombreuses courbes, j’essaie d’apporter du volume à mes oeuvres pour qu’en sorte elles deviennent vivantes”.
Si l’origami est l’art du pliage du papier en trois dimensions, Eric a su en ajouter une quatrième: celle de la générosité. Comme tout bon pédagogue, doté d’une patience à toute épreuve, Eric, chaleureux, passionné, parvenait à insuffler les bases de la géométrie sans que les bambins ne s’en rendent compte et à réactiver les neurones engourdis des plus âgés.
C’est en 1999, qu’Eric Joisel, avait été invité à Tokyo par le grand maître Yoshizawa Akira pour son exposition dans le grand magasin Matsuya à Ginza. A son retour, il m’avait confié cette anecdote. Un soir,  fatigué par le décalage horaire et les interminables réunions, Eric avait décidé de s’échapper du formalisme ambiant. Désireux de découvrir la capitale et ses habitants, il était parti seul à l’aventure et, l’appétit aidant, était entré au hasard dans un kaiten sushi proche de son hôtel. Sur le tapis roulant, entre deux assiettes, Eric avait commencé malicieusement par poser un pliage. Tous les clients voisins, quelque peu médusés avaient apprécié ce petit clin d’œil et l’avaient finalement invité. Une histoire touchante et sans parole illustrant bien son caractère et une bonne humeur à toute épreuve.
Au fil des ans, la créativité  d’Eric Joisel a été reconnue par différentes grandes marques parmi lesquelles les parfums Cartier, France Telecom, et de nombreuses villes, centres culturels, librairies ont fait appel à son ingéniosité. Si ses pièces uniques comme l’escargot, le pangolin et son hérisson (primé en 1996 par la Nippon Origami Association) font preuve d’une saisissante créativité, son “Orchestre de jazz”, et ses “Barbarians”, de véritables sculptures, seraient dignes de figurer dans un de nos musées nationaux.
Si, hélas, la France ne reconnaît pas encore l’origami comme un art à part entière, le talent créateur d’Eric Joisel est maintenant reconnu internationalement et quelques heures après sa disparition, le 10 octobre, la toile foisonnait de témoignages émouvants parmi lesquels celui d’Argil:

« Bien sûr qu’on s’y attendait
Des crabes j’en ai plié plein
L’un d’eux plus dur que le papier
A eu la peau du pangolin»

Bernard Béraud


 

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