Coupe du monde de rugby



DES JAPONAIS QUI NE MANQUENT PAS D’AMBITION
Comme de nombreuses autres disciplines sportives, le rugby a été introduit dans l’Archipel au moment où le pays s’ouvrait au reste du monde. C’est un professeur anglais, Edward B. Clarke, qui en a enseigné les règles en 1899 à des étudiants de la toute jeune université de Keiô à Tokyo. Quelques mois plus tard, ces mêmes rugbymen amateurs affrontèrent lors d’un match mémorable les membres britaniques du Yokohama Cricket & Athletic Club. La partie s’acheva sur une défaite des Japonais 5 à 35, mais elle n’empêcha pas le rugby de susciter un certain engouement parmi les étudiants japonais à une époque où la Grande-Bretagne figurait parmi les modèles à suivre. Sport masculin par excellence, le rugby a séduit les grandes universités du pays qui formaient alors la future élite nationale. C’est ainsi que les universités publiques et privées ont créé au cours des premières années du XXème siècle des clubs, lesquels se sont regroupés au sein d’une fédération nationale en 1926. Quatre ans plus tard, une sélection des meilleurs joueurs japonais rencontra une équipe du Canada pour le premier match international du Japon. Mais le ballon ovale fut rapidement remisé au placard par les autorités qui, engagées dans la Seconde Guerre mondiale, ne pouvaient pas tolérer que ce sport “ennemi” soit pratiqué sur le sol japonais. Voilà pourquoi le développement du rugby a été coupé dans son élan et a eu bien du mal à retrouver le même dynamisme après la guerre malgré les efforts des forces d’occupation pour promouvoir les disciplines occidentales. Les universités retrouvèrent leurs clubs et des entreprises se dotèrent d’équipes. Toutefois cela n’a pas permis au rugby nippon de décoller alors que dans le même temps le football voyait son nombre de licenciés s’envoler. Les bons résultats enregistrés par les footballeurs japonais depuis la mise en place de la J League professionnelle en 1993 a néanmoins incité les dirigeants de la fédération de rugby à suivre le même exemple. La création d’un championnat semi-professionnel, la Top League, en 2003, qui regroupe désormais 14 équipes, le recours à des entraîneurs étrangers comme le Français Jean-Pierre Elissalde (2005-2006) ou le Néo-Zélandais John Kirwan (depuis le début 2007) et le renfort de quelques joueurs étrangers au sein de la sélection nationale comme l’ex-Tongien Luatangi Samurai Vatuvei ou le Néo-Zélandais Philip O’Reilly marquent la volonté des dirigeants de se doter d’une grande équipe. Le Japon qui participe à la Coupe de monde depuis sa création en 1987 s’est d’ailleurs fixé un objectif très clair, celui d’atteindre les quarts de finale lors du prochain mondial en 2011. Placé sous la responsabilité de Kunda Masahiro, le projet ATQ (Advance To the Quarterfinal) est une priorité qui, s’il aboutit, devrait permettre au rugby de retrouver son dynamisme originel.
Claude Leblanc

Photo : L’ancien Tongien Luatangi Samurai Vatuvei (à droite), deuxième ligne de l’équipe du Japon, lors du match face aux Asian Barbarians le 10 août à Tokyo.

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Entretien : MIDORO SHÔICHI, LE M. RUGBY DE L’ASAHI SHIMBUN
Ancien
joueur de rugby, Midoro Shôichi est entré à l’Asahi Shimbun en 1988. Il
est en charge du rugby depuis 1993 et publie une chronique Ballon ovale
(en français dans le texte) sur le site Internet du quotidien.


On assiste à une internationalisation du rugby au Japon. Quel est votre sentiment à cet égard ?
M.
S. : L’actuel sélectionneur de l’équipe nationale est le Néo-Zélandais
John Kirwan. L’entrâineur des avants est aussi néo-zélandais.
L’entraîneur des lignes arrières et le préparateur physique sont
Australiens. Parmi les trente joueurs sélectionnés pour participer à la
Coupe du monde 2007, on compte quatre Néo-Zélandais, un Tongien ainsi
que deux joueurs originaires des Tonga qui ont été naturalisés. De ce
point de vue, on peut dire que le rugby japonais s’est
internationalisé. D’un autre côté, John Kirwan a plusieurs fois
protesté contre le traitement désavantageux réservé à la sélection
japonaise dans le programme de la Coupe du monde par rapport à des pays
comme l’Australie. Par ailleurs, la Fédération internationale a refusé
d’accepter la participation de trois autres joueurs étrangers dans
l’effectif de l’équipe du Japon. On peut aussi ajouter que l’on ne sait
pas que le Japon a posé sa candidature à l’organisation de la Coupe de
monde 2011 . Si l’on regarde les choses non plus à
partir du terrain mais en s’intéressant à ce qui se passe derière les
épaisses portes de la Fédération internationale implantée en Europe, on
constate que le statut international du Japon n’a guère évolué.

La
Fédération japonaise de rugby a lancé le projet ATQ (Advance To the
Quarterfinal) qui vise à construire une équipe du Japon capable de
figurer parmi les huit meilleures nations. Quel est votre avis à ce
propos ?
M. S. : Jusqu’à présent, il n’y avait pas de
vision à long terme dans le rugby japonais. La progression se faisait
d’un Coupe du monde à l’autre. Avec le projet ATQ, c’est différent.
C’est la première fois que le rugby japonais se dote d’un programme à
long terme. De ce point de vue, je pense que c’est une très bonne
chose. Par ailleurs, ce projet comme son nom l’indique pose un objectif
clair, celui d’atteindre les quarts de finale. Comparé à de nombreux
projets sans objectifs clairs qui avaient été proposés par le passé par
un encadrement amateur, je pense que le projet ATQ est suffisamment
rare pour retenir l’attention. Quant à la question de savoir s’il
donnera des résultats, il convient de rester prudent et d’observer sur
la durée. Car ce n’est pas seulement en se réunissant un fois par mois
pendant plusieurs jours que le rugby japonais progressera. Il est aussi
illusoire d’attendre trop des joueurs qui auront passé quelques mois
dans des clubs étrangers. L’important, c’est que ce projet soit
appliqué sur la durée et qu’il soit prolongé au-delà de la prochaine
saison. Ce n’est pas gagné. En tout cas, le projet ATQ est un grand
défi pour le rugby nippon.

Pourriez-vous nous parler du court passage de Jean-Pierre Elissalde à la tête de l’équipe du Japon ?
M.
S. : Jean-Pierre Elissalde s’est occupé de la sélection japonaise de
2005 à 2006. Ce fut une expérience courte et douloureuse pour lui comme
pour le rugby japonais. Mais il a des excuses. C’était la première fois
qu’un entraîneur étranger prenait la tête de l’équipe nationale. Le
plus triste pour lui, c’est qu’il s’est trompé en voulant faire de
l’équipe du Japon l’équivalent des “Bleus” français. Le Japon avec sa
culture et son expérience rugbystiques différentes ne pouvait pas se
transformer une équipe de France bis par la seule présence d’un
entraîneur français. Malgré cela, l’encadrement et les médias ont
continué à exiger “la touche française”. Il n’a pas non plus été aidé
par la Fédération. Il avait par exemple à sa disposition un interprète
incompétent qui ne comprenait rien à rien. Son expérience malheureuse a
néanmoins été utile, car elle a mis en évidence de nombreux
dysfonctionnements qui ont pu être corrigés notamment depuis l’arrivée
de John Kirwan à la tête de l’équipe du Japon.

Propos recueillis par Claude Leblanc


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A Paris

Si certains Japonais de Paris se complaisent à visiter les monuments de
la capitale ou encore à faire du bricolage le dimance, il y en a
d’autres qui préfèrent les joies du sport. Parmi eux, il y a les
amateurs de base-ball, les plus nombreux, organisés en plusieurs
équipes. Il y a bien sûr quelques fondus de foot mais il ne faut pas
oublier, surtout pas, les rugbymen du Paris Japanese Rugby FC (PJRFC).
Créé en avril 2002 par quatre copains amoureux du ballon ovale, le
PJRFC est désormais une solide équipe qui se réunit chaque dimanche à
14h sur le champ d’entraînement du Parc de Bagatelle autour du
capitaine Yamada et organise régulièrement des matchs contre des
formations souvent bien plus anciennes et expérimentées. Mais cela ne
leur fait pas peur. Le plaisir de jouer, de passer de bons moments
ensemble et parfois de s’imposer comme lors de leur première victoire
face au Stade Français en juin 2006, tout cela contribue à entretenir
l’ambiance festive au sein de ce club pas tout à fait comme les autres.
Et lorsque quelques vedettes du rugby nippon comme Ohata Daisuke
viennent renforcer l’équipe le temps d’un entraînement, on peut lire
sur le visage de tous les joueurs le plaisir de partager ces quelques
instants. Allez le PJRFC ! C. L.

Pour en savoir plus : http://pjrfc.free.fr/


Dans les kiosques
Publiées
pourtant par la même maison d’édition Base-ball Magazine spécialiste de
la presse sportive, les deux publications Rugby Magazine et Rugby
Clinic ne s’adressent pas au même public. La première a été lancée en
1972 à destination des amateurs qui préfèrent observer le jeu plutôt
que s’amuser à faire des plaquages sur un terrain gras. Aussi le
magazine propose dans chaque numéro des analyses très précises de
certaines phases de jeu afin de leur permettre de mieux les comprendre
lorsqu’ils regardent un match. Par ailleurs, Rugby Magazine suit de
très près l’actualité de l’équipe du Japon et ses efforts pour figurer
parmi l’élite mondiale. De son côté, Rugby Clinic a une approche
beaucoup plus technique du ballon ovale. Le mensuel est avant tout
destiné aux joueurs et aux entraîneurs qui peuvent ainsi découvrir des
conseils très pratiques pour améliorer leur jeu et s’imposer face à
leurs adversaires.