L’ARCHITECTURE JAPONAISE DANS TOUS SES ETATS


Le travail des architectes japonais est de plus en plus apprécié dans le monde. Cela s’explique en grande partie par leur sensibilité et leur désir de voir l’homme vivre en harmonie avec son environnement.
Lorsqu’on évoque l’architecture contemporaine dans une conversation, il n’est pas rare que vos interlocuteurs vous citent les noms d’architectes originaires du pays du Soleil-levant. Bien sûr, cela montre qu’ils possèdent une solide culture générale, mais cela illustre surtout la place importante que les Japonais occupent dans ce secteur depuis plusieurs décennies. Comme dans d’autres domaines, le Japon a su montrer au reste du monde son extraordinaire sens de l’adaptation et sa capacité à innover et à créer pour le plus grand plaisir de notre regard.
Les contraintes liées à un environnement particulier, une histoire chaotique ou encore le désir sans cesse répété d’expérimenter ont marqué au cours de son histoire l’architecture japonaise, laquelle a eu et continue à avoir une influence certaine sur la façon de construire dans d’autres pays. Construire sur un territoire soumis régulièrement aux caprices de la nature et sur une superficie limitée compte tenu du nombre limité de zones constructibles a donc obligé les architectes japonais à faire preuve d’imagination au cours des siècles écoulés pour permettre à leurs contemporains de disposer d’un toit susceptible de résister aux séismes et de leur permettre de vivre de la façon la plus confortable possible.
Les Occidentaux ont découvert les réalisations architecturales japonaises lors de l’ouverture du pays à la fin du XIXème siècle. De nombreux architectes américains et européens ont été inspirés par les techniques nippones à l’instar de certains peintres dont les œuvres ont été très marquées par leur étude des estampes japonaises. Le japonisme comme on l’a baptisé a donc eu des prolongements dans l’architecture. Les réalisations d’un Franck Lloyd Wright ont incontestablement subi une influence nippone. L’architecte américain a effectué son premier voyage dans l’Archipel en 1905, exposant, l’année suivante, à Chicago, sa collection d’estampes rapportées de son périple japonais. Il y retourne en 1919 et y séjourne plusieurs années afin d’y exercer son métier. Il construit notamment l’Imperial Hotel, à Tokyo, et en profite pour approfondir ses connaissances sur le Japon. Par la suite, on retrouve dans un grand nombre de ses réalisations une influence de ce qu’il a pu observer au Japon, notamment l’intégration à l’environnement, l’horizontalité et le plan ouvert.
De son côté, le Japon apprend les techniques de construction venues d’Occident. L’acier, le béton pour ne citer que ces nouveaux matériaux sont introduits dans l’Archipel au début du XXème siècle. Le terrible séisme du 1er septembre 1923, puis la guerre qui va réduire en cendre une grande partie des constructions du pays ont amené les architectes japonais à redessiner le profil des villes qui ont alors connu un brusque développement lié à l’industrialisation rapide et à un retour de la croissance économique. Des hommes comme Maekawa Kunio ont participé à cet effort considérable. Ce dernier a notamment élaboré des maisons préfabriquées en bois Premos, lesquelles répondaient au besoin urgent de logements dans ce pays complètement dévasté. Par la suite, il sera l’un des chefs de file de la nouvelle architecture japonaise avec Tange Kenzô qui s’intéresse à l’utilisation du béton brut. En 1964, ses deux gymnases du parc Yoyogi, à Tokyo, construits pour les Jeux olympiques, le font connaître au monde entier. La courbe de leurs toitures reposant sur des structures constituées de câbles d’acier tendu illustre la parfaite maîtrise de l’architecte japonais. Le Japon est alors sorti de la période d’après-guerre. Les chiffres de l’économie sont tous au vert et il devient plus facile pour les architectes de travailler sur des projets différents, en accordant plus d’attention aux relations entre le bâtiment et l’environnement comme pourront le faire Maki Fumihiko qui promeut l’idée de l’utilisation d’espace vide (ma) et surtout Andô Tadao selon lequel “l’homme peut renouer le contact avec les éléments naturels”. Leurs réalisations comme celles de beaucoup d’autres architectes japonais donnent la mesure du chemin accompli depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les Japonais ont compris que leur conception de l’espace donnait finalement la possibilité à l’homme de s’immerger davantage dans la nature sans s’y sentir totalement étranger.

Claude Leblanc

Tours gratte-ciel de la mairie de Tokyo réalisées en 1990 par Tange Kenzô.

La médiathèque de Sendai (en haut, à droite) construite, en 2001, par Itô Toyô.

Le Musée du XXIème siècle de Kanazawa (en bas) bâti, en 2005, par Sejima Kazuyo et Nishizawa Ryûe (SANAA).

 

Dans les kiosques

Fondée en 1924, Shinkenchiku [Nouvelle architecture] est la plus ancienne revue d’architecture du Japon. Né au lendemain du tremblement de terre de 1923 qui a dévasté Tokyo et sa région, ce magazine est une référence dans le domaine. Il permet de mieux appréhender l’évolution de l’école japonaise. Depuis 1956, le même éditeur publie The Japan Architect (JA), en langue anglaise, qui reprend en partie le contenu de Shinkenchiku. De son côté, le groupe Nikkei vient de fêter les trente ans de son mensuel Nikkei Architecture.
Moins théorique que le premier, ce magazine tout en japonais s’attache à rendre compte des grandes tendances de l’architecture contemporaine japonaises avec de très nombreuses illustrations.


 

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Rencontre avec : Igarashi Tarô, professeur à l’université du Tôhoku
Auteur de plusieurs ouvrages sur l’architecture japonaise, Igarashi Tarô en est un des observateurs les plus avisés.

Qu’est-ce qui caractérise, selon vous, l’architecture japonaise de l’architecture occidentale ?
I.
T. : Je crois qu’il existe de nombreux particularismes dans
l’architecture au Japon. Le premier est la petitesse de l’habitat
individuel. Les Japonais disposent d’un espace très réduit qui oblige
les architectes à faire preuve d’imagination pour s’adapter à cette
contrainte d’espace. En Occident, c’est une question que la plupart des
architectes ne se posent pas. Ils ont bien souvent la place qu’il faut
pour s’exprimer. Une autre caractéristique des architectes japonais,
c’est leur extrême ingéniosité à faire attention au plus petit détail
quels que soient les matériaux utilisés. C’est quelque chose que l’on
peut aussi bien remarquer dans les constructions traditionnelles en
bois que dans les bâtiments les plus modernes.

Un
nombre croissant d’architectes japonais remportent des concours
internationaux. Selon vous, qu’est-ce qui explique ce succès des
architectes nippons ?
I. T. : Les architectes japonais
travaillent souvent sur des projets de maisons individuelles à la
différence de leurs confrères occidentaux. Cela leur permet d’acquérir
de très bonnes compétences. Cela dit, on constate aujourd’hui que la
globalisation des échanges touche aussi l’architecture. De plus en plus
d’architectes participent à des concours internationaux, ce qui
favorise une meilleure connaissance de leurs travaux. Il est également
intéressant de noter que des architectes comme Itô Toyô ou le cabinet
SANAA composé de Sejima Kazuyo et Nishizawa Ryûe qui sont implantés à
Tokyo ne travaillent sur aucun grand projet au Japon. Ce n’est pas
l’envie qui leur manque. En dehors de quelques boutiques de mode, ils
sont obligés de chercher du travail dans d’autres pays.

Au Japon, le paysage urbain se renouvelle beaucoup plus vite qu’en Europe, par exemple. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
I.
T. : Cela s’explique par l’extrême vulnérabilité du Japon. Dans le
passé, les incendies, les séismes ou les guerres ont eu raison de la
plupart des constructions en bois. Je crois que les Japonais ont
intégré l’idée que tout est éphémère. A cela s’ajoute le fait que le
prix du terrain est bien plus élevé que le bâtiment qui s’y trouve. Dès
lors, on peut comprendre pourquoi les Japonais sont prêts à remettre en
question la plupart de leurs constructions.

D’après
vous, quelles sont les grandes tendances qui vont se développer dans
l’architecture japonaise au cours des années à venir ?
I.
T. : De jeunes architectes très talentueux comme ceux du cabinet SANAA
sont entrés en scène. Ils sont en mesure d’apporter de nouvelles idées
pour répondre à de nouveaux défis. Avec le vieillissement de la
population et le phénomène de dénatalité auxquels est confronté le
Japon, on peut se demander comment les architectes vont adapter leur
réflexion et leurs réalisations. Ce sont là des questions importantes
pour lesquelles les architectes doivent aussi apporter des solutions.

Quels sont vos architectes japonais préférés et pourquoi ?
I.
T. : Comme vous pouvez vous en douter, le cabinet SANAA figure parmi
mes chouchous notamment parce qu’il a su donner la place à de nouvelles
formes.

Les Japonais ont un rapport à
l’espace différent des Occidentaux. Quelles leçons les Occidentaux
peuvent-ils retirer de cette approche différente ?
I.
T. : Je pense qu’il y a beaucoup à apprendre de la façon dont les
Japonais exploitent le moindre espace et leur capacité à le rendre
vivable grâce à des trésors de trouvailles plus ingénieuses les unes
que les autres.
Propos recueillis par Claude Leblanc


Rencontre avec : Ban Shigeru, architecte
Vous avez acquis en partie votre notoriété grâce à votre engagement à la suite de catastrophes naturelles.
B.
S. : Lors de catastrophes naturelles, beaucoup de gens périssent à
cause de l’effondrement des bâtiments qu’ils occupent. C’est évidemment
quelque chose de terrible. Mais ce qui me préoccupe au premier chef, ce
sont les désastres naturelles comme les inondations par exemple. Nous
coupons beaucoup d’arbres dans les forêts, engendrant une déforestation
de plus en plus grande et facilitant les inondations. Nous détruisons
des forêts pour construire des maisons et nous nous mettons ainsi en
danger face à la nature. Les tremblements de terre ne sont pas
directement responsables de la mort des gens. Celle-ci est due à
l’effondrement des maisons ou des immeubles. Le bâtiment est ainsi au
cœur du problème..

Cet engagement citoyen
semble très important à vos yeux. Au Japon, on constate que la
population, en particulier, les jeunes sont de plus en plus soucieux de
participer à des activités de ce genre.
B. S. : C’est
vrai surtout depuis le tremblement de terre de Kobe en 1995. Les
problèmes rencontrés à cette époque ont amené les ONG à s’engager
davantage d’autant plus que les responsables politiques montraient une
certaine faiblesse. Il n’empêche que les mouvements de citoyens ou les
ONG japonais restent faibles. Il appartient donc aux individus de
montrer l’exemple en s’engageant dans diverses opérations. Une fois
lancées, elles suscitent l’adhésion et les différentes organisations
peuvent donner le meilleur d’elles-mêmes. C’est le sens de mes actions.
Je veux agir notamment en faveur de ceux qui ne peuvent être incérés
dans des projets à grande échelle, des populations réduites. Je prends
l’exemple des maisons en rondin de papier que j’ai montées pour les
Vietnamiens qui vivaient à Kobe lors du séisme en 1995. Cette idée de
fournir des rondins de papier vient du fait que les Nations unies
fournissent des toiles de plastique aux réfugiés qui les obligent à
abattre des arbres pour construire des abris. Nous avons ainsi
développé l’idée de fournir des rondins de papier afin de préserver les
forêts.

On dit de vous que vous êtes un “architecte engagé et expérimental”. L’utilisation de ces rondins de papier en est un exemple.
B.
S. : Je dirais plutôt que je suis pragmatique. Ce qui m’importe, c’est
d’utiliser au mieux les matériaux qui sont à ma disposition dans tel ou
tel lieu. Mon souci est de rendre heureux le plus grand nombre. C’est
pour cela que je travaille à la fois pour des clients riches et
d’autres qui sont plus démunis. Chacun d’entre eux a des besoins
spécifiques auxquels je tente d’apporter une réponse satisfaisante.
C’est une façon pour moi de me satisfaire également.

Propos recueillis par Claude Leblanc

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Lire le Japon 2006 : Spécial architecture
Espace Japon vous invite à découvrir une des facettes du Japon au travers des livres grâce à Lire le Japon 2006.

Si vous vous intéressez à la culture japonaise, vous aurez remarqué que
les éditeurs français sont de plus en plus nombreux à s’intéresser au
Japon et à publier des livres sur ce pays. Si les manga constituent
désormais le gros des ouvrages édités en France, ils ont incité les
maisons d’édition à explorer d’autres aspects de la vie japonaise.
Voilà pourquoi Espace Japon qui dispose en autres d’une bibliothèque de
plus de 25 000 ouvrages a voulu rendre compte de cet intérêt. Après une
longue pause de treize années, le centre culturel, qui abrite également
les locaux du journal OVNI, relance l’opération Lire le Japon dont
l’objectif principal est de permettre aux visiteurs de découvrir ce que
les éditeurs français ont choisi de leur donner à lire sur le Japon.
Cette année, le thème retenu est “architecture, maison & famille au
Japon”, une façon d’entrer dans l’intimité des Japonais au travers
d’ouvrages divers et variés abordant ce sujet très riche. Au cours des
dernières années, plusieurs éditeurs comme Phaidon, Taschen ou encore
Flammarion ont accordé une place non négligeable aux réalisations
architecturales japonaises, en consacrant soit des monographies, soit
des études plus généralistes sur l’architecture et les architectes
nippons. Si le PDG de Phaidon ne cache pas sa grande passion à l’égard
du Japon et de l’architecture japonaise, d’autres éditeurs n’ont pas
besoin de manifester leur attachement à la culture architecturale
nippone pour lui consacrer une partie de leur catalogue. Les Editions
du Moniteur ont ainsi fait paraître plusieurs ouvrages sur la question
au cours des dernières années. C’est cette diversité que Lire le Japon
entend montrer y compris dans le domaine de la littérature. En effet,
de nombreux romans sont parus, mettant en scène la famille, voire la
maison. En parcourant les livres exposés, mais aussi en venant assister
aux conférences données par les meilleurs spécialistes, le visiteur
pourra mieux appréhender le rapport que les Japonais entretiennent avec
leur habitat. Augustin Berque, professeur l’Ecole des Hautes Etudes en
Sciences Sociales (EHESS) viendra, le 18 octobre à 18h30, parler de “la
maison japonaise et la nature”, apportant ainsi un complément oral à ce
que les livres proposent sous forme de textes et d’images. Spécialiste
d’Andô Tadao, Yann Nussaumé devrait, quant à lui, aborder les questions
liées aux contraintes d’environnement au Japon. Ces interventions et
les livres exposés seront accompagnés d’une exposition de photographies
de Mathieu Oui (voir ci-dessous) et de la présentation d’une sélection
de magazines japonais consacrés à l’architecture dans l’Archipel.
Préparez-vous donc à partir à la découverte d’un des aspects les plus
intéressants de la culture du Japon.
C. L.

Lire Japon 2006
Architecture, maison & famille au Japon
du 13 octobre au 3 novembre 2006
Espace Japon
9, rue de la Fontaine au Roi 75011 Paris
Tél.: 01 47 00 11 33 – www.espacejapon.com
Du mardi au vendredi 13h-19h – Samedi 13h-18h.


“Japan Lines” de Mathieu Oui
Parallèlement à Lire le Japon 2006 qui se focalise sur l’architecture, Espace Japon expose les clichés de Mathieu Oui.

Lauréat du Prix Robert Guillain, reporter au Japon, en 2002, Mathieu
Oui a souvent manifesté son intérêt pour le Japon. Chef de rubrique
“formation” au magazine L’Etudiant depuis 1997, le jeune journaliste
est parti au Japon pour travailler sur Les universités à l’heure de la
mondialisation. Au cours de ce reportage, Mathieu Oui a promené son
regard sur les réalisations architecturales les plus diverses de
l’Archipel. Frappé par les lignes de ces constructions, il a décidé de
les immortaliser, en concentrant son objectif sur ces lignes. Le
résultat est aujourd’hui visible à Espace Japon où il expose une
sélection de ses meilleures photos intitulée Japan Lines. Le visiteur
sera touché par la grâce de ses clichés et par le soin apporté au jeu
de lumière. Qu’elles soient droites ou courbes, les lignes que nous
montre le photographe donnent parfois le vertige. Elles indiquent de
façon très claire la maîtrise des architectes japonais dans leur
utilisation des matériaux les plus divers. Un bon moyen aussi de
découvrir le Japon autrement. C.L.


Orléans fête l’architecture nippone

Rendez-vous apprécié des amateurs d’architecture, Archilab a choisi de
faire du Japon son principal invité lors de son édition 2006 qui se
déroule du 21 octobre au 23 décembre 2006.

En regardant la liste des architectes et des cabinets sélectionnés pour
participer à Archilab 2006, on ne peut être qu’impressionné par les
ambitions des organisateurs de cette manifestation. Outre les
expositions Kuma Kengo et Itô Toyô, Archilab s’intéressera aux travaux
et aux réalisations de Sejima Kazuyo, d’Ikeda Masahiro ou encore de Ban
Shigeru. Impossible de tous les citer, tant ils seront nombreux à être
mis en valeur. Le thème retenu est Faire son nid dans la ville, une
manière de montrer comment les architectes japonais réussissent à
utiliser un espace bien souvent limité. La principale qualité des ces
hommes et ces femmes, c’est qu’ils ne s’avouent jamais vaincus et
qu’ils réussissent un travail extraordinaire. Grâce à Archilab, vous
disposez d’un concentré de leurs réalisations que vous n’aurez sans
doute pas l’occasion de revoir.
Profitant de ce coup de projecteur sur l’architecture nippone, d’autres
acteurs culturels à Orléans, comme la salle de concerts L’Astrolabe,
consacreront une partie de leur programmation au Japon. A ne pas rater.
C. L.


www.archilab.org

www.lastrolabe.org


 

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