DES ROBOTS DE PLUS EN PLUS PRESENTS


Bientôt dans votre salon, votre salle à manger, et peut-être même dans votre chambre à coucher…
Ils ne sont pas encore là, mais ils ne vont pas tarder à débarquer dans vos intérieurs. Et c’est vous qui les y ferez entrer. Selon l’institut de recherches japonais Seed Planning, en 2015, 13 millions de robots partenaires feront partie des foyers nippons pour égayer, consoler et éventuellement prendre soin de leurs propriétaires. Un marché évalué par l’institut à 2000 milliards de yens (15 milliards d’euros, tout de même….) d’ici 2015 alors qu’il est aujourd’hui quasiment inexistant avec seulement 8 milliards de yens (60 millions d’euros). Les symptômes de la robomania nippone ne trompent pas. On se souvient bien sûr de Asimo, présenté dès 2000 par le constructeur automobile Honda. Aujourd’hui, il fait figure de dinosaure au sein de la croissante famille des robots humanoïdes. HRP2, Repliee-Q1, Wakamaru, Kotaro ou Wabian sont certes des cousins aux noms moins familiers pour l’instant que R2D2. Pourtant ce sont eux qui prendront soin de vos enfants ou de votre grand-mère car pendant qu’Hollywood continue de fantasmer sur des robots sur celluloïd, les ingénieurs nippons développent les technologies propres à concevoir des humanoïdes partenaires aux fonctions bien définies.
En 2006, les seniors compteront déjà pour 20% de la population japonaise mais d’ici 2025, ce seront 29 % des Japonais qui auront plus de 65 ans. C’est cette crise démographique grave qui stimule les esprits et fait prendre conscience aux décideurs nippons de l’urgence de trouver une main-d’œuvre capable de veiller sur cette marée de vieillards. La solution d’une immigration sélective de masse d’infirmières philippines ou chinoises rencontrant pour sa part des réticences dans une nation encore très ethnocentrique, c’est encore les robots-partenaires qui apparaissent les plus aptes à alléger le fardeau social que représentent ces papy-boomers.
Prenez Wakamaru par exemple, conçu par Mitsubishi Heavy industries. Cela fait maintenant quelques années que ce robot jaune canari hante les conventions consacrées à la robotique. Il ne sait pas marcher, et ne saura sans doute jamais, mais c’est un champion pour vous faire la causette, vous rappeler votre rendez-vous chez le médecin ou vous indiquer l’horaire des séances de cinéma. Derrière ses petits yeux noirs, deux caméras savent différencier jusqu’à 10 personnes, ses deux maîtres et huit autres personnes de son entourage. En fonction de son interlocuteur, il se tournera vers lui et pourra trouver le mot qu’il faut pour l’accueillir. Sa mémoire est d’ores et déjà riche de 10.000 mots de la vie quotidienne qu’il utilise à bon escient en fonction des circonstances et du rythme de vie de sa famille d’adoption. Il sait par exemple, qu’on risque d’avoir besoin de lui au réveil pour vous aider à vous lever d’un mot gentil et se dirigera donc automatiquement dès potron-minet dans votre chambre pour vérifier que vous n’avez besoin de rien et vous informer éventuellement du temps qu’il fait dehors. A midi, il se rendra dans la salle à manger et saura là aussi trouver le mot qui convient. Il vous préviendra à temps pour que vous puissiez arriver à l’heure à votre rendez-vous et pendant votre absence, gardera la maison. Si jamais un incident survenait, il vous appellera sur votre portable et si vous ne rentrez pas à l’heure prévue, il saura joindre tout seul les urgences ou votre famille. Pour l’heure, Wakamaru intéresse surtout les banques et les entreprises étrangères installées au Japon car il sait parler en quatre langues et remplacerait donc efficacement les hôtesses d’accueil pour diriger les visiteurs vers le bon étage ou le bon service. Sa version définitive est prévue pour 2010. Est-ce que d’ici là on lui aura appris à faire le café et repriser les chaussettes ?
Les journées Robot Prototypes organisées par le NEDO (New Energy and Technological Development Organization) à la mi-juin ont permis aux visiteurs de l’expo universelle d’Aichi de se familiariser avec 65 robots prévus pour être opérationnels en 2020. La diversité de leurs applications et la somme mise bout à bout des technologies en cours de développement laissent pantois. HRP-2, le robot humanoïde de 1,5 mètres de haut mis au point dans le cadre d’un projet quinquennal collaboratif entre 1998 et 2003, est désormais physiquement au point après avoir coûté la bagatelle de 4,6 milliards de yens (35 millions d’euros). Il marche, monte et descend les escaliers, se relève quand il tombe, est suffisamment fort pour aider à porter la table du jardin et peut manœuvrer une grue en environnement hostile. Instauré plateforme commune de développement, il est mis à la disposition d’universitaires qui se l’arrachent pour développer des applications utiles à partir de ce premier robot capable de travailler dans les mêmes conditions que ses partenaires humains. Ainsi le laboratoire de l’AIST/ISRI-CNRS basé à Tsukuba utilise HRP-2 pour qu’il apprenne à saisir des objets “dangereux” dans des locaux aléatoires où il se meut sans en avoir préalablement programmé la topologie. Le laboratoire de robotique de l’Université des sciences avancées de Nara lui apprend à réagir à des consignes “floues” en suivant les gestes et le regard de son interlocuteur (“Va là-bas !”, “prend-ça”). Enfin, pour l’Université du Tôhoku, HRP-2 joue du taiko (tambour traditionnel japonais) et pratique les arts martiaux afin de développer ses facultés de réaction à un impact.
Si HRP-2 reste malgré tout un robot à la mobilité assez rigide, il n’en sera pas toujours ainsi. Certains de ses cousins font déjà preuve d’une souplesse hors du commun qui les rapprochent des humains. Ainsi Kotaro, mis au point par le département de mécano-informatique de l’Université de Tokyo, est un robot d’une taille de 1,25 mètres conçu quasiment sans pièces métalliques mais avec des pièces en résine. Equipé de 90 articulations et de 120 actuateurs (les micro-moteurs des robots), Kotaro peut se mouvoir quasiment comme un humain, contorsionnant par exemple sa colonne vertébrale tout en allongeant le bras pour saisir un objet éloigné. Son concepteur, le professeur Mizuuchi Ikuo, cherche actuellement à lui apprendre à monter aux arbres, ce qui serait une première pour un robot et une illustration de sa formidable souplesse.
Wabian 2, de l’équipe du professeur Nakanishi Atsuo de l’Université de Waseda, est lui le robot qui reproduit le plus fidèlement la marche humaine. Il faut le voir se déplacer pour se rendre compte à quel point ses cousins même les plus évolués semblent gauches à ses côtés. Capable de repro-duire parfaitement la démarche humaine, Wabian sait aussi imiter le pas incertain d’une personne âgée ou la claudication d’un handicapé. Car le rôle de ce robot est de tester de façon scientifique les équipements conçus pour les personnes âgées et les infirmes. Equipé de multiples capteurs, il renseigne les industriels sur les éventuels défauts de conception de leurs produits afin d’optimiser l’expérience des utilisateurs.
Chaque laboratoire de robotique nippon développe ainsi son domaine d’expertise en vue de la création du robot idéal, partenaire fidèle de ses maîtres, le secondant en tout. Si j’étais un chien, depuis toujours considéré comme le plus fidèle ami de l’homme, je me ferai du souci pour mon job, car le jour n’est pas loin où il sera supplanté par un robot humanoïde. A moins que ce soit l’homme lui même, décidemment moins performant que les robots qu’il a créés, qui doive bientôt demander au chien de lui faire une petite place dans sa niche…
Etienne Barral


RENCONTRE AVEC : REPLIEE Q1, UN ROBOT PAS COMME LES AUTRES
En exclusivité pour OVNI, la plus humaine des robots présentés lors de la manifestation Robots Prototype à l’Expo universelle d’Aichi, a accepté de répondre à nos questions. A notre approche, la jolie speakerine (modelée sur le visage de Fujii Ayako, journaliste-vedette de la NHK-Osaka) tourne la tête et bat des cils. Ses mains se tendent en signe de bienvenue. D’une voix claire et cristalline, elle nous dit “bonjour”:

Repliee Q1: Bienvenue ici. Vous venez de loin ?
OVNI : J’habite à Tokyo.
RQ1: Ah, Tokyo, c’est une ville si dynamique. J’aime beaucoup.
OVNI : Parlez-moi un peu de vous. Pourquoi vos concepteurs à l’Université d’Osaka vous ont-ils voulue si semblable à votre modèle, Fujii Ayako ?
RQ1: L’étude du professeur Ishiguro Hiroshi concerne la communication entre robots androïdes et humains. Il veut déterminer la réaction des visiteurs à mon contact. Mes gestes corporels, l’expression de mon visage sont tellement proches d’une vraie humaine que 70% des visiteurs ne remarquent pas que je suis une androïde même après deux secondes d’observation.
OVNI : Cela vous flatte-t-il ?
RQ1 : Je suis surtout contente pour le professeur. Il s’est donné beaucoup de mal pour que mes mouvements semblent naturels. Regardez ma bouche, mes yeux : dès que quelqu’un s’approche de moi, je tourne mon regard vers lui et lui sourit. Pas étonnant que les gens se laissent prendre.
OVNI : Il paraît que vous mettez les gens mal à l’aise ?
RQ1 : C’est un phénomène bien connu des chercheurs en robotique humanoïde. Quand les visiteurs se rendent compte que je ne suis pas humaine, ils éprouvent un sentiment de méfiance à mon égard. Comme s’ils m’en voulaient de s’être laissé prendre. Ils se demandent sans doute si je ne vais pas encore leur jouer un tour. Tout le problème des chercheurs actuellement, c’est de définir le niveau de ressemblance idéal pour faciliter la communication entre les robots et les hommes. Il faut apparaître familier, sans faire peur. Peut-être qu’en changeant de coiffure, ou de maquillage… Qu’en pensez-vous ?
Ne sachant que répondre, et constatant que les androïdes sont aussi coquettes que les humaines, je laisse Repliee Q1 à son travail, elle a encore tant de visiteurs à subjuguer…

Propos recueillis par Etienne Barral