Sport : Le bonheur, c’est simple comme deux tirs au but

Tandis que les supporters de l’équipe de France de football se rongent les ongles, prient et attendent avec inquiétude la prestation des Bleus lors de leurs quatre derniers matches de qualification pour le Mondial 2006, leurs homologues japonais savourent aujourd’hui la réussite des onze joueurs de l’équipe du Japon qui évolue, elle aussi, en bleu. Deux buts marqués, le 8 juin, par Yanagisawa Atsushi et Oguro Masashi face à la modeste mais redoutée Corée du Nord ont propulsé le Japon parmi l’élite mondiale, laquelle se rencontrera en Allemagne l’année prochaine. Les Japonais sont avec les Iraniens, et les Allemands qualifiés d’office, les premiers à obtenir leur billet pour la phase finale. Cette réussite n’a pas manqué de susciter la joie et la fierté d’une opinion publique à la recherche de quelques moments de bonheur au moment où la situation économique reste délicate et où la place du pays dans le concert des nations est contestée par des voisins – la Chine, la Corée du Nord, la Corée du Sud – peu enclins à lui faire de cadeaux. Quand on y songe, avoir battu la Corée du Nord sur la pelouse de Bangkok – terrain neutre choisi par la Fédération internationale après les incidents qui avaient émaillé à Pyongyang la rencontre entre la Corée du Nord et l’Iran – constitue une victoire importante à plus d’un titre pour le Japon. La menace des Nord-Coréens de procéder à un essai nucléaire grandeur nature avec des effets peut-être dévastateurs sur l’environnement régional a été balayée par deux buts, offrant aux Japonais une sorte de soulagement certes éphémère (car cela n’empêchera pas Pyongyang d’exécuter son test) mais en tous les cas bienvenu.
Grâce à ces deux buts, l’équipe du Japon s’est qualifiée pour la troisième fois consécutive pour une phase finale de Coupe du Monde. Après avoir remporté la Coupe d’Asie des nations en 2000 et 2004, le Japon figure désormais parmi les grandes nations du ballon rond, ce qui, il y a une quinzaine d’années, paraissait encore improbable. Voilà pourquoi tant de personnes attachent de l’importance au football dans l’Archipel. Même si ce sport a longtemps été pratiqué au niveau scolaire et dans les entreprises, il n’a vraiment connu son développement qu’à partir du milieu des années 1990 avec le lancement du premier championnat professionnel en 1993. En à peine une décennie d’apprentissage, qui rappelle d’une certaine façon les efforts accomplis par le Japon de l’ère Meiji désireux d’apprendre de l’Occident pour le rattraper, les footballeurs nippons ont atteint le niveau de leurs homologues européens et sud-américains. Plusieurs joueurs ont quitté le pays du Soleil-levant pour l’Europe ou l’Amérique latine. En Italie, en France ou en Grande-Bretagne, il n’est pas rare de voir évoluer Nakata, Ono et les autres. Leur expérience a permis de bâtir une équipe nationale solide qui entend bien rivaliser avec les meilleures formations de la planète.
D’aucuns espèrent que le fighting spirit qui anime les joueurs de l’équipe nationale se répendra au reste de la population, en particulier les jeunes, ses principaux supporters. D’une certaine façon, ils sont aujourd’hui exaucés. Si, derrière l’engouement des Japonais vis-à-vis de la qualification du Japon pour le Mondial 98 en France, certains avaient cru déceler une forme de “tristesse”, il ne fait aucun doute aujourd’hui que l’enthousiasme de l’opinion à chaque sortie de ses joueurs illustre une véritable ferveur et un changement d’attitude par rapport à leur identité nationale. En 1998, les supporters japonais osaient à peine crier “allez le Japon”. Aujourd’hui, ils reprennent en cœur l’hymne national et brandissent sans état d’âme le drapeau. C’est devenu en quelque sorte “naturel”. Des esprits chagrins y voient l’expression d’un réveil nationaliste, craignant que cette fierté retrouvée ne finisse un jour en catastrophe comme ce fut le cas il y a soixante ans. Tout est possible bien sûr. Mais il est tout de même difficile d’imaginer que le Japon se lance à nouveau dans une conquête militaire de l’Asie. Les manifestations de joie des Japonais devant les exploits de leurs footballeurs traduisent leur désir d’exister avec les autres. Ils savent que la victoire est le fruit de nombreux efforts et qu’elle mérite donc d’être savourée. Ils savent aussi que la qualification pour la phase finale n’est qu’une étape et que rien n’est gagné d’avance. Au football, tout est possible. Chacun a ses chances. Face à un missile nord-coréen doté d’une tête nucléaire, les Japonais n’en ont aucune. Mais sur un terrain de foot, ils ont prouvé leur force et leur détermination. Aussi, dans quelques mois, il ne faudra pas s’étonner de voir déambuler dans les rues de Munich ou de Hambourg des supporters japonais heureux d’être là et fiers de le montrer.
Claude Leblanc


 


 

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