Saku Saku

Il y a les piscines couvertes, les patinoires, les cours de tennis, les terrains de base-ball, les terrains de foot et autres stades couverts. On a pris l’habitude de pouvoir pratiquer son sport favori à l’abri des caprices du climat. Personne ne trouve déplacé de piquer une tête et de faire quelques longueurs de bassins pour entretenir la forme ou rien que pour le plaisir un beau matin d’hiver alors que le mercure n’oscille que rarement au dessus de cinq degrés. Au Japon, on est allé plus loin. En 1993, on a inauguré dans la préfecture de Chiba, à l’Est de Tokyo, la plus grande piste de ski artificielle couverte au monde. Près de 500 mètres de long pour une largeur de 100 mètres et autant de dénivelée (la taille de Godzilla!). Son nom : SSAWS (Spring-Summer-Autumn-Winter-Snow). De la neige toute l’année. Quand on connaît la cohue qui règne sur les vraies pistes de l’Archipel pendant la saison des sports d’hiver, pistes dont la neige laisse par ailleurs parfois à désirer, on aurait pu croire que cette initiative allait faire long feu. Il n’en fut rien. Après un tapage médiatique bien orchestré et une affluence plus qu’honorable au cours des premières années, la lassitude a eu raison de l’appétit de ski des Japonais. En septembre 2002, la piste de ski artificielle la plus chiante du monde est définitivement fermée au public, et un an après débutent les travaux de démolition. Pas vraiment de regret pour tous ces Nippons qui savent bien que de toute façon rien ne vaut une vraie piste avec un vrai décor et de la vraie neige. Car la montagne ce n’est pas que le ski, c’est aussi le plaisir de randonnées rythmées au seul son de ses pas qui pénètrent l’épais tapis blanc, feutré et craquant à la fois : saku saku.
Pierre Ferragut