Tsunami et économie : de nouveaux défis

PRÉVENTION FACE AU CHOC
La conférence de l’ONU qui s’est tenue du 18 au 21 janvier dernier à Kobe a eu une valeur doublement symbolique. Non seulement elle se tenait dans la ville qui, il y a exactement dix ans, a connu l’un des séismes les plus destructeurs de l’histoire nippone, mais son thème était plus d’actualité que jamais. Il s’agissait de réfléchir aux moyens de mieux prévenir les risques de séismes, de tsunami, de cyclones, d’éruption volcaniques et autres désastres. Son programme a dû cependant être remodelé pour répondre aux exigences de l’actualité.
Cette conférence prévue de longue date ne devait rassembler que quelques centaines de spécialistes ; elle a en réalité accueilli 3000 à 4000 représentants nationaux et experts. Dès le premier jour, le Japon a proposé la mise en place d’un centre mondial des dangers liés à l’eau et d’une banque de données des leçons tirées des catastrophes. Car si les catastrophes naturelles sont inévitables, un bon système d’information permettant d’alerter des populations ayant auparavant été informées de ce qu’elles doivent faire dans ce cas pourraient en minimiser les conséquences.
En matière d’expérience, le Japon est un spécialiste, et il semble qu’il veuille en faire profiter ses voisins asiatiques. Le terme tsunami, que le monde entier a eu dernièrement l’occasion d’ajouter à son lexique, est cité dans les archives depuis le VIIème siècle et gravé dans les mémoires depuis la nuit des temps. Bien avant la conférence, le Japon a débloqué une aide conséquente qui le place au deuxième rang des plus “généreux donateurs”. Huit cents soldats des forces d’autodéfense ont également été envoyés en mission humanitaire et un quartier général a été installé en Thaïlande, afin de coordonner les opérations des Nations Unies et de l’armée américaine sur place. Il semblerait que le Japon ait l’intention de redorer son blason auprès de ses voisins, et montre à nouveau sa volonté d’affirmer sa position sur la scène internationale. Alors que les soldats japonais foulent un continent sur lequel ils n’avaient pas mis les pieds depuis 1945, le directeur de l’Agence de défense voit la nécessité de calmer les doutes des pays asiatiques, quant aux intentions pacifistes de son plan quinquennal de défense visant à moderniser son appareil militaire.

• Un système d’alerte aux raz de marée devra être créé, d’ici un an, dans l’océan Indien, Philippe Pons, Le Monde, 21/01/2005.
• L’ONU se mobilise à Kobe pour la prévention des séismes, Régis Arnaud, Le Figaro, 19/01/2005.
• Alerte et information sont des “garanties de survie”, Philippe Pons, Le Monde, 18/01/2005.
ÇA S’EN VA ET ÇA REVIENT
Au Japon aussi, les regards des industriels se tournent vers la Chine. Cette dernière est devenue le premier fournisseur et le premier client de l’Archipel. Les délocalisations et les investissements directs ont fortement augmenté ces dernières années et les entreprises japonaises emploient aujourd’hui 800 000 salariés chinois. Reste que la relation entre les deux pays est loin d’être au niveau de son partenariat économique. A la liste des inquiétudes partagées par les investisseurs étrangers en Chine en général, l’histoire des deux pays est telle que des difficultés supplémentaires entravent la bonne marche des Japonais sur le continent. Les firmes japonaises implantées en Chine doivent faire face au boycottage de leurs produits, aux embrouilles bureaucratiques, aux conflits avec des employés multipliant les plaintes, à la contre-façon et au “pillage de leur savoir faire”. A tel point que les fabricants de produits électroniques de dernière génération considèrent qu’il est risqué de produire en Chine, et ont actuellement pour projet la “relocalisation” au Japon.
Au delà du continent asiatique, il semble que les rapports qu’entretiennent la France et le Japon contreviennent au célèbre adage : “loin des yeux, loin du cœur”. Les efforts pour garder vivace cette flamme semblent cependant aussi grands que la distance kilométrique séparant les deux pays. Alors que 450 entreprises nippones sont déjà installées en France, l’Agence pour les Investissements Internationaux au Japon sort le grand jeu face aux industriels nippons : présence française accrue sur les Salons Professionnels, récompenses attribuées aux firmes japonaises particulièrement dynamiques en France, visite des équipes françaises au Keidanren (le Medef japonais) dont plusieurs membres ont été décorés de la Légion d’Honneur… Tout, tout pour donner de la France la meilleure des images. Et quoi de plus beau que le chant du coq sous le soleil levant ?

Marianne Bié

• Quand le Japon “relocalise” ses entreprises, Philippe Pons, Le Monde, 26/11/2004.
• France-Japon : opération séduction, Guillaume Grallet, L’Express, 13/12/2004.

Marianne Bié