Stupeur et tremblements

SÉISMES
Samedi 23 octobre, la région de Niigata, province rurale à 250 km au nord-ouest de Tokyo, a fait connaître au Japon le plus fort tremblement de terre depuis celui de Kobe en 1995. Une première secousse d’une magnitude de 6,8 à 7,2 sur l’échelle de Richter le samedi, suivie de 6 autres et de 370 répliques. La dernière a eu lieu le lundi 25 octobre au matin. Le bilan est de 37 morts, plus de 3100 blessés, 9400 maisons effondrées, 2580 routes crevassées, 85000 habitants réfugiés dans des foyers. Son épicentre était situé à Ojiya, dans la vallée de la Shinanogawa, qui n’avait pas connu de secousses depuis deux siècles. Le 13 octobre dernier, la commission de recherche sur les séismes estimait que le risque était inférieur à 2% dans cette région pour les trente prochaines années, alors que le séisme du 25 septembre dernier à Hokkaido avait été plus ou moins “prédit” par les chercheurs de l’université de Californie 9 mois auparavant, en juillet 2003. Les recherches se poursuivent dans les différents centres sur une méthode de décryptage de signes annonciateurs, mais l’inquiétude de la population est d’autant plus forte qu’un système qui avait conquis la confiance de tous vient de montrer son insuffisance : lors de la première secousse, le système de détection des secousses installé tous les 20 km sur les voies de chemin de fer n’a pas eu le temps de réagir comme il était prévu, et le TGV japonais, le Shinkansen, qui se trouvait lancé juste au dessus de l’épicentre a déraillé, heureusement sans entrer en collision avec le train venant en face. C’était le premier accident depuis son lancement en 1964. En moyenne 3 séismes perceptibles ou non par l’homme font trembler le Japon chaque jour, et le pays enregistre près d’un quart des séismes de magnitude supérieure à 6 sur l’échelle de Richter qui se produisent dans le monde. Alors que la région de Niigata dégage les décombres et que l’on spécule sur le « Big One » qui devrait atteindre Tokyo un jour, on craint que les typhons et les séismes qui se sont abattus depuis l’été sur le Japon aient des conséquences sur le PNB. Pour le trimestre juillet-septembre, la production industrielle a déjà baissé de 0,8%. Les entreprises situées dans les régions touchées connaissent des problèmes d’approvisionnement et voient leurs stocks augmenter. Les pertes sèches dues aux dégâts des infrastructures et des parcelles agricoles s’élèvent à des milliards d’euros et le budget 2004-2005 pour les catastrophes naturelles est déjà largement dépassé…

Arnaud Rodier, Le Japon panse ses plaies, Le Figaro économie, 3/11/2004.
Philippe Pons, Au Japon, le séisme Chuetsu a fait au moins 24 morts et 2000 blessés, Le Monde, 26/10/2004.
Fabrice Nodé-Langlois, Un pays à cheval sur un carrefour géologique à haut risque, Le Figaro, 25/10/2004.

FIN DU VOYAGE
Dimanche 31 octobre, la famille du jeune Kôda Shôsei, 24 ans, décapité par ses ravisseurs en Irak, a présenté publiquement ses excuses pour «les embarras provoqués par son fils». Au début de cette même semaine, la famille avait découvert les images de son fils sur un enregistrement diffusé à la télévision, demandant le retrait des troupes japonaises en échange de sa tête… Contrairement aux 3 otages libérés au printemps dernier, ce jeune-homme n’était ni volontaire, ni employé humanitaire, ni journaliste free-lance. Par ce voyage, il semblait vouloir mener une quête de soi, et «voir de ses propres yeux». On a dit de lui qu’il faisait partie de ces jeunes qui cherchent à se frayer leur propre chemin, entre le schéma ordinaire de la société et la marginalité, sans cependant être tout à fait conscient de la violence et de la réalité des conflits qui ont lieu en dehors du pays. D’autres au contraire, dont une bonne partie de la presse japonaise notamment, n’ont pas épargné la famille Kôda, l’accusant d’avoir mal élevé leur fils et d’avoir encouragé son irresponsabilité. Cette prise de position des médias aurait été provoquée par le gouvernement. L’écrivain et Prix Nobel de littérature Ôe Kenzaburô lui-même a fustigé «la démission des intellectuels et des journalistes japonais». Il semble que la demande du gouvernement faite en janvier dernier aux journalistes des quotidiens Asahi, Mainichi et à la chaîne télévisée publique NHK, de freiner leur couverture du conflit pour ne pas mettre les troupes japonaises en danger ait été entendue. Pourtant, il semblerait que la population soit actuellement à 63% opposée à la poursuite des actions japonaises en Irak, même si la jeunesse semble de plus en plus désirer une position prépondérante pour son pays, notamment en Asie face à la Chine et à la Corée du Nord.
Philippe Pons, La famille du jeune Japonais décapité présente ses excuses, Le Monde, 2/11/2004.
Philippe Pons, Shosei Koda, 24 ans, jeune routard japonais, Le Monde, 31/10/2004.
Michel Temman, Irak, une presse japonaise aux ordres, Libération, 11/08/2004
Marianne Bié

 

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