Que vais-je bien pouvoir emporter a lire sur mon lieu de villegiature ?

Au moment où les amateurs de littérature japonaise s’apprêtent à partir en vacances, une question les obsède : “Que vais-je bien pouvoir emporter à lire sur mon lieu de villégiature ?” Il y a plusieurs réponses à ce cas de conscience selon le genre littéraire qu’ils apprécient puisque les éditeurs les ont gâtés au cours des dernières semaines en mettant à l’honneur le Japon dans des ouvrages très variés, lesquels illustrent la richesse de la production nippone. Comme à son habitude, l’éditeur Philippe Picquier propose quelques raretés dont l’épatant Fantômes et samouraïs : Hanshichi mène l’enquête à Edo de Okamoto Kido. Ce recueil d’une quinzaine de nouvelles policières écrites au début du XXème siècle nous transporte dans le Japon d’avant 1868 et nous donne au travers des enquêtes du célèbre détective Hanshichi moult détails sur la vie quotidienne menée à cette époque. Le style alerte de l’auteur, bien rendu par la traduction de Karine Chesneau, contribue à faire de cet ouvrage un compagnon agréable pour passer son temps à la plage ou dans son jardin. A l’instar d’un Conan Doyle dont il s’est sûrement inspiré, Okamoto nous fait pénétrer dans un univers où le fantastique n’est jamais très éloigné, donnant ainsi à chacune des énigmes son lot de rebondissements qui n’empêcheront pas le détective de triompher comme son homologue britannique Sherlock Holmes. Si l’idée de remonter le temps ne vous tente mais que vous êtes attaché au thriller, le roman du Français Guillaume Marbot intitulé Le Chimiste ne vous laissera pas indifférent. S’appuyant sur le souvenir de l’attentat au gaz sarin perpétré par la secte Aum en avril 1995, l’auteur imagine le parcours d’un jeune scientifique qui refuse la vie programmée par la société japonaise et qui rejoint les rangs d’un groupe religieux, la secte Sham. Soucieuse de réussir une soi-disant Refondation, cette dernière envisage une opération terroriste de grande ampleur dont le jeune chimiste sera la clé de voûte. Ce “roman de l’hyperterrorisme” comme le proclame son éditeur Flammarion vient nous rappeler que nous sommes pas à l’abri des dangers liés aux dérives sectaires dans nos sociétés. Un sujet grave narré de façon efficace par Guillaume Marbot. Ogawa Yôko, quant à elle, n’explore pas cette voie dans Tristes revanches ni dans La Petite pièce hexagonale. Il n’empêche qu’à l’issue de la lecture de ses deux ouvrages parus chez Actes Sud, le lecteur en sort troublé. Car l’auteure déjà accomplie sait jouer des mots pour amener celui qui la lit dans un milieu familier dont il ne sortira cependant pas indemne comme le montre La Petite pièce hexagonale, court récit écrit en 1994 et traduit toujours avec le même brio par Rose-Marie Makino-Fayolle. Le même éditeur fait paraître le roman du cinéaste Aoyama Shinji, Eurêka, inspiré de son film éponyme (2000) dans lequel il raconte le voyage des trois rescapés d’une sanglante prise d’otages en quête d’une guérison de leur âme meurtrie par tant de violence. Aoyama montre qu’il manie la plume avec autant d’aisance que la caméra, ce qui devrait vous inciter à la lecture de son roman faute de voir son film qui a disparu de l’affiche depuis bien longtemps. La collection Lettres japonaises d’Actes Sud s’est aussi enrichie d’un autre formidable titre Le Poisson-chat aux trois yeux de Okuizumi Hikaru. Dans un style condensé, le romancier se livre à une réflexion sur les liens familiaux qui rappelle par certains côtés les meilleurs films d’Ozu. On retrouve la même délicatesse dans le manga de Taniguchi Jirô, L’Orme du Caucase, que vient de publier Casterman. Une nouvelle fois, l’auteur du Journal de mon père (2000) donne une leçon à tous ceux qui pensent que la bande dessinée n’est pas un art à part entière en dressant avec une grande sensibilité une série de portraits d’individus confrontés à des moments difficiles. Nul doute que vous trouverez dans toutes ces œuvres un bon moyen pour occuper vos longues journées de farniente.
C. L .

Okamoto Kido, Fantômes et samouraïs : Hanshichi mène l’enquête à Edo, éd. Philippe Picquier, 21 ¤
Guillaume Marbot, Le Chimiste, éd. Flammarion, 18¤
Ogawa Yôko, Tristes revanches, éd. Actes Sud, 18,90 ¤
Ogawa Yôko, La Petite pièce hexagonale, éd. Actes Sud, 11,90 ¤
Aoyama Shinji, Eurêka, éd. Actes Sud, 22,90 ¤
Okuizumi Hikaru, Le Poisson-chat aux trois yeux, éd. Actes Sud, 16 ¤
Taniguchi Jirô, L’Orme du Caucase, éd. Casterman, 12,75 ¤

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