LA SAGA DES SCANDALES !



A quelques semaines des élections législatives, l’ambiance est plutôt électrique parmi les politiques ! Un projet de réforme des retraites a été proposé à la Diète, malgré son impopularité au sein même de la majorité, de l’opposition et de la population qui semble avoir de toute façon perdu confiance dans le système de retraite. C’est à tel point que près de la moitié des Japonais ne cotisent plus depuis plusieurs années. Sans compter que 40 % des actifs, notamment les freeters (ceux qui vivent de petits boulots) – qui n’entrent ni dans la catégorie des actifs ni dans celle des chômeurs – ne cotisent pas non plus. Voilà donc lancée une grande campagne de publicité, faisant figurer une jeune actrice enjoignant les actifs de “payer maintenant pour ne pas prendre le risque de ne pas être payé plus tard”… afin de soutenir un projet qui prévoit non seulement l’augmentation des cotisations, mais la réduction des indemnités versées, et qui repousse l’âge de la retraite à 70 ans (au lieu de 65) à partir d’avril 2007 (+ 8 % d’indemnités par année supplémentaires !).
Mais comment espérer convaincre, quand on découvre que l’actrice elle-même ne paie pas ses cotisations… et que – coup de théâtre ! – 110 politiciens, dont 90 députés, confessent avoir eux aussi “oublié” de payer depuis des années ! C’est ainsi que tombent les têtes depuis plusieurs semaines, que le porte-parole du gouvernement, bras droit du Premier ministre Koizumi a démissionné, ainsi que le chef de l’opposition et plusieurs autres responsables. Koizumi lui-même, dont le cas présente des ambiguïtés, a avoué devant l’Assemblée ce qu’il avait nié à la presse : il n’a pas non plus payé ses propres cotisations depuis 6 ans ! Refusant de démissionner mais voyant sans doute la nécessité de redorer son blason déjà entâché par le rapt de 3 civils japonais en Irak en mai dernier … “Super Koizumi” décide un voyage inopiné en Corée du Nord. Sa mission ne fut qu’en partie accomplie et ce voyage éclair a été jugé déshonorant au sein même de son parti. Et que dire de cette nouvelle découverte : ses cotisations auraient été réglées par une petite entreprise de construction de Yokohama liée au Parti libéral démocrate (PLD), dont il aurait ensuite défendu les intérêts lorsqu’il était député ! Malgré ce manque de crédibilité, il est probable que le PLD obtienne la majorité début juillet prochain, un fort taux d’abstention étant prévu et l’opposition semblant trop divisée pour représenter une réelle menace. Et puis l’économie semblant véritablement se refaire une santé, tout glisse sur ce “Premier ministre Tefal”, ainsi que le surnomme un diplomate!

Philippe Pons, “Au Japon, le scandale des retraites provoque des démissions en cascade”, Le Monde, 20/05/2004.
Régis Arnaud, “Koizumi ou l’art de passer entre les gouttes”, Le Monde, 21/05/04.
LE BLUES DE LA PRINCESSE

Ce n’est pas sans exprimer ses regrets que le prince héritier Naruhito, appelé à être le 126e empereur du Japon, s’est rendu seul aux mariages du prince héritier Frederik de Danemark à Copenhague et à celui du prince espagnol Felipe. En effet, cela fait six mois que sa femme, Masako, s’est mise en retrait de la vie publique et qu’elle se repose dans une maison privée de la préfecture de Nagano, pour cause d’épuisement physique et mental. Le prince a déclenché une véritable polémique, dénonçant dernièrement les vains efforts de Masako pour s’adapter à une vie impériale archaïque. L’adaptation a aussi été difficile pour les deux autres roturières de la famille, les femmes de l’empereur actuel et de son frère, qui ont également traversé des périodes de dépression. Le bouleversement est d’autant plus grand quand la promise est une jeune diplomate, diplômée de Harvard et de Oxford, vivant à New York et promise à une brillante carrière au ministère des Affaires étrangères nippon. Masako doit désormais changer plusieurs fois par jour de kimonos, demander la permission 15 jours à l’avance pour sortir en ville, renoncer ou presque aux voyages à l’étranger, parler à voix basse la langue ancienne de la cour et si possible, donner au plus vite à l’empire un frère à la petite Aïko. Autant de codes régis par l’Agence de la maison impériale, dans laquelle 1100 fonctionnaires s’activent à faire respecter le protocole. Il se pourrait cependant que l’Agence n’ait bientôt d’autre choix que de s’ouvrir un peu, et de prendre en compte la réalité sociale actuelle, si elle ne veut pas faire étouffer les femmes de son palais et sombrer la plus vieille monarchie héréditaire de droit divin. Après tout, la loi selon laquelle le trône ne doit revenir qu’à un homme ne date au Japon que du XIXe siècle !
Michel Temman, “Masako, Tokyo Blues”, Libération, 21/05/2004.
Marianne Bié