CANNES A L’HEURE JAPONAISE

Il est désormais entendu que le cinéma japonais a “droit de cité” à Cannes, et qu’il est donc rarissime qu’il ne soit pas représenté dans les différentes sections du festival, pour le meilleur ou pour le pire…
Face à l’assaut des autres cinémas asiatiques, et notamment coréen, le cinéma japonais ou du moins l’image qu’on s’en fait ici, se défend encore bien. Même si les “chouchous” habituels de Cannes (Kurosawa Kiyoshi, ou Aoyama Shinji, par exemple) étaient absents, deux films figuraient dans une compétition un peu hasardeuse, où peu de très bons films surnagaient : le dernier opus du jeune Kore-Eda Hirokazu, Daremo shiranai (Nobody knows/Personne ne sait), et le nouvel animé du déjà vétéran Oshii Mamoru, Innocence, sorte de séquelle “indépendante” à son fameux film-culte Ghost in the shell (1995), d’une richesse visuelle fascinante, mais péchant par un excès de dialogues un peu trop “philosophiques” pour le public d’ados auquel il est d’abord destiné… A l’opposé du prisme stylistique, Daremo shiranai, partant d’un fait divers réel, qui conte le sort de quatre enfants livrés à eux-mêmes après le départ de leur mère, mêle fiction et docu-mentaire avec une émotion réelle. Mais une fois de plus, Kore-Eda ne sait pas maîtriser la durée de son film (2h20), refusant en fait tout recours au montage, à la façon d’un Suwa Nobuhiro. Ce qui ne l’a pas empêché de séduire une grande partie de la critique, et du jury, lequel lui a finalement accordé un (improbable) Prix d’interprétation masculine, pour le jeune et beau, mais non-professionnel, Yagira Yûya. Prix du naturel !
Même remarque pour le film qui ouvrait la Quinzaine des réalisateurs, Cha no aji (La saveur du thé), troisième opus de Ishii Katsuhito, comédie poético-loufoque originale avec Asano Tadanobu, mais qui part un peu dans tous les sens, et ne tient pas non plus ses 2h23 ! Plus sobre, et surtout beaucoup plus court (71’), Ano tonneru (Le Tunnel), second film de Manda Kunitoshi, découvert à la Semaine de la Critique avec Unloved (2001), est un essai mi-convaincant de fantastique poétique à tout petit budget, produit par la nouvelle société de production du revenant Sento Takenori, Rumble Fish. Enfin, un film d’école de cinéma, Wonderful Harusame, de Aoyama Ayumi, était présenté dans le programme de la Cinéfondation.
Comme d’habitude, le nippocinéphile boulimique pouvait se gaver de bien d’autres films nippons au Marché du Film, où l’on pouvait découvrir entre autres le dernier opus de Tsukamoto Shinya, Vital, un film en trois sketches sur divers aspects du sexe à Tokyo ; Tokyo Noir, de Ishioka Masato et Kumazawa Naoto ; ou un très beau film hors du temps, autour du Kabuki, Musume Dôjôji, de la réalisatrice Takayama Yukiko. Mais aussi les habituelles bizarreries “très japonaises”, comme les deux derniers films de Miike Takashi, One missed call et Zebraman, alors que Gozu (2003), top du top du délire miikesque, doit sortir en France…le 14 juillet !
Même si une impression de confusion générale ressort des sélections diverses, le cinéma japonais demeure une des pierres angulaires du festival de Cannes, encore une fois très branché sur l’Asie, même s’il mélange un peu tous les genres.
Sore ja , mata,
Max Tessier

Innocence de Oshii Mamoru