LE PAYS DES SAMOURAIS


Après kamikaze, il semble que samouraï soit le nouveau mot à la mode… D’ailleurs, pour nous autres Occidentaux qui les considérons comme des archétypes de la culture japonaise, ils ne sont guère dissemblables. Alors que les produits culturels japonais sont de plus en plus à la mode, un vocabulaire japonais aux allures exotiques se diffuse dans notre lexique quotidien, éloignant ces nouvelles acquisitions de leur sens réel, au moment où ils cristallisent des images, des référents à une culture que l’on s’obstine à vouloir tellement “autre”.
Ainsi, quoi de plus zen qu’un samouraï ? Comment devenir un samouraï ? Suffit-il de lire l’abondante littérature à ce sujet, de se délecter des films, séries et mangas dont ils sont le héros, ou de se procurer, pour ceux qui en ont les moyens, une armure d’époque pour se la jouer Tom Cruise lors d’un jeu de rôle ?… Il serait nécessaire de préciser une chose : non, les Japonais ne sont pas tous des samouraï. Non, ils ne les glorifient pas systématiquement. Non, les soldats des forces d’autodéfense ne sont pas des “samouraï” (sic. “Des samouraïs en Irak”, Le Point, 29/01/2004). Oui, le samouraï est cependant une grande figure de l’imaginaire national. Mais qu’est ce que c’est, au juste, un samouraï ?
Le samouraï était avant tout un vassal, au service d’un propriétaire terrien. Il n’était pas un homme sans faille, respecté de tous. Au cours de l’histoire, il a connu des hauts et des bas, il a été raillé, dénigré, méprisé pour sa fierté et sa brutalité. C’est pendant la période pacifiée du règne des Tokugawa que l’idéal de la “voie du guerrier”, le bushido, se fixe en des codes, en une maîtrise qui allie connaissance et action et qui fait naître une esthétique de la vie et de la mort.
C’est seulement vers la fin du XIXe siècle que les auteurs de la révolution de Meiji ont récupéré le personnage du samouraï (événement à la suite duquel ils ont d’ailleurs perdu tout pouvoir) et les valeurs qui lui étaient attachées, pour en faire la figure type de l’identité japonaise. Diffusant les valeurs des guerriers dans les écoles et les armées, le nouveau gouvernement comptait ainsi s’allier le soutien d’un peuple et affirmer une identité singulière par rapport à l’Occident qui avait forcé les frontières de ce qui devint le “Pays des Dieux”. Ainsi, les Japonais préfèrent généralement le terme de “bushi” à celui de “samouraï” connoté de nationalisme et rappelant les appétits de conquêtes japonaises sur le continent asiatique.
Le bushi était finalement un homme comme nous autres, qui même s’il cultivait un sens unique de la vie et de la mort, connaissait les déchirements et les paradoxes… Et pareille à la vision que nous avons du Japon aujourd’hui, c’est sans doute parce qu’il est à la fois “autre” et “même”, que le samouraï suscite un tel engouement.

Philippe Pons, “Le samouraï, une figure mythique devenue symbole national”, Le Monde, 14/01/2004.

NAGOYA CONTRE DEARBORN
En 2003, alors que la consommation reste faible et l’endettement public lourd, le Japon a enregistré une croissance de près de 2,5 %, due principalement aux exportations, notamment vers le continent asiatique et les Etats-Unis. L’industrie automobile est en partie responsable de cette embellie : en 2003, Toyota est passé au deuxième rang mondial des constructeurs automobiles, doublant le concurrent Ford et se plaçant juste derrière General Motors. Non que l’écart des ventes ait été si important, mais la performance est sans précédent.
D’autre part, l’ancienne fabrique de métiers à tisser de Nagoya fut félicitée pour la solidité de ses moteurs dans le classement international JD Power. Toyota n’est cependant pas le seul à avoir augmenté ses ventes à l’étranger : Nissan, désigné constructeur automobile le plus rentable du monde, et Honda se placent bien, même si ce dernier a vu ses ventes baisser au Japon. Alors que le Japon reste leur marché principal, Toyota couvre maintenant 11 % du marché américain. Certains considèrent que le recul de Ford et la progression de Toyota s’inscrivent dans une tendance à long terme, tandis que pour d’autres, le marché automobile est trop fluctuant pour que l’on puisse en tirer des conclusions.

Stéphane Lauer, “Toyota numéro deux mondial de l’automobile devant Ford en 2003”, Le Monde, 27/01/2004
Charles Gautier, “Toyota confirme son deuxième rang mondial des constructeurs”, Le Figaro, 27/01/2004.
Marianne Bié