Découverte de l’Archipel

Il y a un peu plus de 120 ans, un jeune bourgeois fortuné de Reims, Hugues Krafft, débarquait à Yokohama et s’installait au Japon pour six mois. Muni d’un appareil photographique à prise instantanée, il entreprit de fixer les aspects les plus traditionnels d’une civilisation en train de se transformer et de s’ouvrir à l’Occident. Côtoyant sur les routes anciennes tout un petit peuple de paysans, de pêcheurs, de colporteurs, admirant les lutteurs de sumo, les acteurs de kabuki, le jeune Krafft a su saisir de nombreux instants importants dans l’histoire du Japon, au moment où celui-ci se lançait dans un vaste mouvement de modernisation. Cette découverte de l’Archipel nous est aujourd’hui rapportée dans l’ouvrage formidable de Suzanne Esmein, Hugues Krafft au Japon de Meiji (éd. Hermann, 2003) dans lequel on retrouve une soixantaine de clichés réalisés par Hugues Krafft lors de son périple nippon. Suzanne Esmein nous raconte les aventures du jeune homme dans ce Japon en pleine effervescence, cédant ensuite la place aux photographies que l’on prend plaisir à regarder et regarder encore. Car il y a dans ces instants capturés par l’objectif de Krafft des regards dont on a du mal à se détacher. Il y a des personnages tout droit sortis des films de Kurosawa comme ce porteur de bagages (p. 57) rencontré à Nikkô (au nord de Tokyo) dont le seul regard traduit la difficulté de la tâche. Que dire du marchand de paniers ambulant (p. 40) et sa silhouette ramassée. Ses yeux fuyants expriment le poids de son existence et les années de labeur qui l’ont amené à sillonner les routes de l’Archipel. Suzanne Esmein décrit chaque image avec une grande précision, détaillant les vêtements ou les objets présents sur les clichés. L’ouvrage se conclut par le texte d’une conférence prononcée par Hugues Krafft en 1884 où il décrit notamment Yokohama, “la clé réelle du Japon et le point central du mouvement commercial avec l’étranger”, mais dont les représentations photographiques présentes dans l’ouvrage sont bien décevantes.
Un autre ouvrage permet de pénétrer un Japon méconnu loin des grandes métropoles hypermédiatisées. Il s’agit de Maisons traditionnelles du Japon d’Amy Sylvester Katoh (éd. Flammarion, 2004), sorte de parcours initiatique à l’ornementation et au sens du décor des Japonais. Les photographies superbes sont l’occasion de pénétrer dans des demeures où règne cette harmonie si chère au Japon. On y apprend que la sobriété est un principe très répandu et que l’on peut transformer l’atmosphère d’une pièce grâce à une simple calligraphie ou à un tissu tendu. Un beau livre qui mérite de figurer dans votre bibliothèque à côté, pourquoi pas, de l’Eloge de l’ombre de Tanizaki Junichiro (éd. POF, 1996).
Claude Leblanc

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