LE LUXE NE CONNAIT PAS LA CRISE


Malgré une crise financière de plus de dix ans au Japon, le marché du luxe ne s’y est jamais aussi bien porté. On pourrait penser qu’alors que les temps sont incertains, l’attitude des Japonais est de se rassurer en dépensant dans le chic ultime en s’appropriant coûte que coûte cette élitiste mode française, en sorte de conjurer la mauvaise passe économique du pays, de la nier d’un revers de bracelet Chanel ou de l’oublier en déambulant sur Omotesando, où la taille des vitrines est proportionnelle à l’indécence des prix qui sont près de 40% supérieurs aux prix français. Pour Hermès, son premier marché est le Japon où il réalise pas loin du tiers de ses ventes. Cette grande maison a doublé son chiffre d’affaire en cinq ans. Même succès pour Chanel ou encore le groupe LVMH qui caracole en tête grâce au mythique Vuitton: il paraît qu’un habitant sur six au Japon possède au moins un article Louis Vuitton. Etait-ce autant de Tamagochis en France à leur grande époque ?…Les projets de nouvelles et imposantes boutiques pour nos prestigieuses enseignes se concrétisent de plus en plus car l’accès à l’immobilier a été facilité par la crise. Cette implantation dans l’archipel permet à ces grands noms français de se diversifier, leurs immeubles accueillent des expositions, des artistes maroquiniers, des musées etc…Leur reste à trouver des stratégies pour s’installer dans la durée, car les lunes de miel n’ont qu’un temps, dit-on.

Eric Chol, «Japon, le paradoxe du luxe», L’Express, 27/02/03.
TANT VA LA CRUCHE A L’EAU…
… qu’à la fin elle se casse. C’est la réflexion qui vient à l’esprit quand on observe le comportement de la Corée du Nord vis-à-vis de ses partenaires internationaux, la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis, pour les citer du plus au moins proches. Le monde est tellement préoccupé par l’annonce du probable conflit américano-irakien qu’il est très difficile de se faire remarquer en ce moment dans le monde diplomatique, il s’agit d’en faire des tonnes: la Corée du Nord a visé juste. C’est le jour de l’investiture du nouveau président sud-coréen, Roh Moo-hyun que Pyongyang a choisi de procéder à un essai de missile qui s’est abîmé en mer du Japon. Colin Powell, le secrétaire d’Etat américain était présent pour l’événement de l’investiture, ce qui ôte tout doute quand au caractère provocant de cet acte et du choix de la date. Malgré le vœu pieux de la ministre japonaise des Affaires étrangères, KAWAGUCHI Yoriko qui souhaitait que la Corée du Nord revienne sur sa décision de se retirer du TNP (Traité de Non Prolifération nucléaire), il n’en est rien et ce tir en annonce apparemment d’autres. Le but ? Le chantage : attirer l’attention des Américains et échanger l’arrêt des nuisances contre une aide économique conséquente et une reconnaissance diplomatique. Le leader communiste Kim-Jong-il manœuvre au mieux dans le contexte international actuel, conscient que «ni la Corée du Sud, ni le Japon, ni les Etats-Unis ne peuvent prendre le risque d’une guerre en Corée, qui serait par trop coûteuse sur le plan humain et économique. Kim-Jong-il le sait et en tire avantage», analyse un diplomate sud-coréen. Et afin de calmer le jeu, Colin Powell a minimisé l’acte en déclarant qu’il «n’avait pas trouvé» ce tir «particulièrement surprenant, choquant ou dérangeant». Il a précisé que le programme d’aide alimentaire à la Corée du Nord reprendrait incessamment.

Philippe Grangereau, « Nouvelle provocation de la Corée du Nord», Libération, 26/02/03.
LES DONS DU JAPON
Un an après la conférence de Tokyo pour la reconstruction de l’Afghanistan, c’est de nouveau la capitale nippone qui a accueilli les 22 et 23 février derniers la conférence sur la «consolidation de la paix en Afghanistan». 30 pays et 10 organisations internationales y ont participé. Le président afghan Hamid Karzaï a pu récolter plus de 50 millions de dollars pour la reconstruction du pays ravagé par 23 ans de guerre. Le Japon qui est réputé pour sa générosité financière sur le plan de l’aide internationale (environ 10 milliards de dollars par an sont distribués, notamment en Afrique) a fait don de 35 millions de dollars, si ça semble peu, c’est trois fois plus que le don américain. Le président afghan va consacrer cette somme au programme de désarmement qui a été élaboré par les gouvernements afghan et japonais. Programme qui coûte trois fois la somme d’aide réunie et qui durera moins de 2 ans. La mission a un enjeu de taille : «…désarmer les factions armées » et «…ramener les hommes en ville, loin des armes. En réduisant le rôle des factions, nous allons pouvoir professionnaliser notre armée» explique Hamid Karzaï.
Le Japon s’investit sur le plan humanitaire et logistique dans les conflits internationaux (Timor oriental, Cambodge…), ne pouvant absolument pas user de sa force militaire. La démarche n’en demeure pas moins intéressée sur le plan du partenariat économique. Ces pays en (re)construction sont des marchés potentiels très importants pour le Japon. Après la phase d’assistance et d’aide au développement (reconstruction d’école, créations d’hôpitaux, financements d’infrastructures), ces pays comme l’Afghanistan, seront dans l’avenir des interlocuteurs économiques de taille pour le Japon. Tel est le pari qui est fait.
Michel Teman, « Le Japon, champion du don en Afghanistan», Libération, 25/02/03.
Jennifer Pocart
Jennifer Pocart