LORSQUE LE CREDIT NE MENE PAS AUX PARADIS QUE L’ON CROIT…


L’inspecteur Honma Shunsuke est d’abord surpris puis impatienté par ce petit cousin par alliance qui lui rend visite un beau jour, alors qu’il est en arrêt de travail et veut profiter de son jeune fils. Un petit cousin, Kurisaka Kazuya, dont le parcours sans histoire a procuré beaucoup de satisfaction à ses parents, jusqu’à ce qu’il choisisse la mauvaise femme pour fiancée. Et c’est à son sujet qu’il dérange Honma, lui qui n’a pas daigné se manifester à la mort de sa tante Chizuko.
De toute évidence, la jeune femme, Sekine Shoko, a préféré la fuite aux explications embarrassantes quand son futur mari a, par hasard, découvert qu’elle était criblée de dettes. Sans bien savoir pourquoi, Honma accepte de se charger de l’affaire. Une jeune femme capricieuse présente de prime abord peu d’intérêt pour lui. Pourtant, plus il avance dans son enquête, plus l’ombre s’accumule autour de son personnage.
Pourquoi cette jeune femme a-t-elle falsifié son CV ? Pourquoi a-t-elle laissé si peu de traces derrière elle, si peu de souvenirs d’enfance ? Comment le mystère a-t-il pu s’infiltrer dans la vie d’une jeune personne soigneuse qui promettait d’être une maîtresse de maison et une épouse irréprochable ? Pourquoi avoir accepté la proposition de son fiancé qui offrait ses services de banquier pour lui procurer une carte de crédit, si son intention était de le maintenir dans l’ignorance de son état de faillite personnelle – ce qu’elle souhaitait manifestement puisqu’elle a pris la fuite? Mais la honte, seule, l’a-t-elle conduite à vouloir disparaître?
Shoko est orpheline. Son employeur est sans nouvelle d’elle ; sa logeuse non plus. L’avocat qui s’est chargé de sa mise en faillite ne l’a pas vue depuis la mort de sa mère, quand elle a touché l’assurance-vie de cette dernière, deux ans plus tôt. Et brusquement, Honma a une intuition. Il présente une photo de Sekine Shoko qu’il recherche à l’avocat qui est formel : ce n’est pas à cette femme qu’il a eu affaire. Et peu à peu les indices prennent une cohérence. Ce passé de “noceuse” contrastait tant avec l’apparence et le caractère de la fiancée de Kazuya…
Quel lien existe-t-il entre ces deux femmes, Shinjo Kyoko et Sekine Shoko et, question plus inquiétante, qu’est devenue la vraie Shoko dont un ami d’enfance assiste Honma dans son enquête? Plusieurs scénarios se profilent : les deux jeunes femmes ont pu passer un accord, ou, hypothèse plus dramatique, Kyoko a pu tuer la mère de Shoko pour supprimer cette dernière après son héritage?

Guibourg Delamotte



SORTIES:
– (1) Une carte pour l’enfer,
MIYABE Miyuki, traduit par
Chiharu Tanaka et Aude Fieschi
Ed. Picquier poche, 9,59

Miyabe Miyuki, récompensée en 1992 pour cet ouvrage par un prestigieux prix, le prix Yamamoto, maintient un réjouissant suspens jusqu’à la dernière ligne d’Une carte pour l’Enfer. Précise dans son récit, elle laisse néanmoins une ample place à l’imagination du lecteur qui se fait un plaisir de compléter par lui-même, scrupuleusement guidé par l’auteur, les quelques notes qui n’appelaient pas de sa part de réponse rigoureuse sous peine de sombrer dans le morbide. Une authentique œuvre littéraire…